Copie dans le me. Fr. 14 178, fol. 117 v° et 315 v
;>. Avec une autre lettre adressée au duc du Maine et apostillée par ce prince : Michel Chamillart, tome II, p. 96-99 et 154-158.
Apostilles du Roi.
« A 7 heures.
« Les lettres de mon neveu et de Bcssons ne disent rien de nouveau. 11 leur paroist de grandes difficultés mais nous les savons ils sont instruis de mes intentions il n'y a qu'a les confirmer et leur dire que sil croie ce que je désire impossible quils ne l'entreprenne pas et quil me mandent diligeam* les raisons quils auront pour que je voie ce quil y aura a faire.
« Largent qui sera a suitte de larmée doit oster a mon neveu la crainte den pouvoir manquer dans la marche.
« Nous sommes tous a plaindre et dans un estât violent mais il ne faut point sabattre et faire de nostre mieux. »
Chamillart au Roi.
« La lettre de Mgr le duc Dorleans a V. Mté que ie reçois par le retour de Leclerc, ne linstruira pas plus quelle la esté par la dernière, ce que Ion deveroit scavoir présentement, cest le nombre de trouppes dont larmée sera composée il ni a aucunes lettres qui en parlent, mais toutes des difficultés presque insurmontables, et d'argent mesme d'assurer dadvanee le mois de novembre iadvouë a V. M.
que ceux qui engagent Mgr le duc Dorleans descrire sur cet article, nont guère envie de retourner en Italie, ils doivent avoir plus de cent mil escus dadvanee en partent de Suse pour paier larmée, il seroit a désirer quelle fust asses nombreuse pour que ce fonds ne durast pas longtemps.
« La lettre de M. de Besons que ienvoie a V. Mté nest pas plus instructive que les autres.
« Si ie naves qua passer en Italie au lieu de ce que iai a faire, ie croires aller en paradis.
« Chamillart.
« Ce 14 oct. 170G. »
Deux circonstances incidentes, le procès contre les Brissac et les Villeroy nécessitant un séjour à Rouen, en 1705, et amenant des relations passagères entre Saint-Simon et les familles notables de cette ville, particulièrement de son parlement, et, d'autre part, le commerce intime qu'il avait soin de nouer avec chaque nouveau contrôleur général des finances et d'entretenir tout le temps que celui-ci restait au pouvoir, ces deux circonstances, dis-je, font que, seul entre les contemporains, notre auteur a été en mesure de dire ce que fut Boisguilbert, précurseur des économistes égaré en plein siècle de Louis XIV, quelles étaient ses théories, et quels plans de réforme de l'impôt il présenta successivement à Pontchartrain, Chamillart et Desmaretz, quels accords ou quelles antinomies il y avait entre ses propositions et le système de la Dime royale préconisé à la même époque, mais sans plus de succès, par le maréchal de Vauban, comment enfin tous deux furent frappés en même temps par les ministres de Louis XIV. A part un petit nombre d'erreurs de détail ou d'appréciation, le récit de Saint-Simon est exact; on doit d'autant plus s'en féliciter que, jusqu'ici, ses Mémoires ont été l'unique base de tout ce que nos historiens ont écrit sur Boisguilbert. N'est-ce point chose étrange, et honorable aussi pour l'orgueilleux avocat des derniers privilèges de l'aristocratie féodale, qu'il se soit chargé de rendre justice à l'homme qui venait hardiment défendre la cause du peuple, tandis que l'auteur du Dictionnaire philosophique n'a manqué aucune occasion de le bafouer dédaigneusement, de le défigurer, de lui refuser tout mérite, toute valeur2?
Pour rectifier les quelques erreurs de Saint-Simon, un heureux hasard — il y a de cela trente-cinq ans, temps où je ne pouvais penser à entreprendre le commentaire des Mémoires, — m'a mis en présence de tout le dossier où les commis du Contrôle général avaient jadis réuni ce qui leur restait de la correspondance de Boisguilbert avec les ministres3. J'en fis alors un mémoire pour l'Académie des sciences morales et politiques, qui venait d'indiquer Boisguilbert comme sujet d'un de ses concours*. Ce mémoire n'a pas été imprimé; j'en ai