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7. Lettres, tomes IV, p, 178 et 223, V, p. 2, et IX, p. 216-247. Mme de
Rien qu'en exposant sommairement le pour et le contre, l'éloge à côté de la satire, le lecteur pourra juger par lui-même si, toute balance faite, il n'y a pas lieu de maintenir quelques-uns des traits vigoureux que Saint-Simon s'est plu à accumuler, et de reconnaître cependant des mérites incontestables, des services réels.
Voici, tout d'abord, le panégyrique que, suivant l'usage, l'avocat général Portail prononça pour sa dernière harangue, le G mai 1707, lorsque M. le Pcletier fut installé premier président1 :
« Un génie supérieur, une droiture inflexible, une application infatigable, une érudition profonde du droit public du Royaume l'avoient conduit par degrés jusques à la suprême magistrature. L'étendue de ses connoissanecs égaloit celle de son esprit. Aussi grand par ses sentiments qu'élevé par sa dignité, la noblesse de son âme répondoit à celle de sa naissance; au-dessus de l'intérêt, qu'il ne voulut jamais connoitre, prodigue des biens, qu'il ne vouloit mériter que pour les répandre, il n'étoit avare que du temps consacré aux fonctions de la justice. Vengeur sévère de la règle et de la discipline, ennemi redoutable de cet esprit d'artifice et de chicane qui n'osoit plus se montrer devant lui, il ne put jamais ni souffrir ni dissimuler le désordre. Censeur intrépide dans ces jours solennels où les remontrances salutaires devroient être regardées comme le plus rude châtiment que la justice puisse exercer contre le magistrat, il ne craignit jamais de déplaire à ceux qu'il se croyoit obligé d'avertir et d'instruire. Le torrent de l'exemple, la loi de la coutume, les préjugés de l'usage, tous ces prétextes aussi communs que frivoles n'ont jamais rien pu contre l'austérité de ses mœurs. Content de retracer par sa conduite aux yeux des juges l'image presque effacée de l'ancienne magistrature, et de susciter encore en ce siècle un exemple si rare de la noble et majestueuse simplicité de nos pères, quel généreux mépris ne faisoit-il point paroître pour ces hommes nouveaux aussi dangereux par l'excès de leur luxe qu'inconnus par l'obscurité de leur nom! Quelle fermeté, quelle promptitude à soulager les foibles qui réclamoient son autorité ! Sensible aux misères, il possédoit l'amour et la confiance, sûrs garants de la fidélité des peuples.
« Attaché par goût et par estime à ces restes précieux de la plus pure magistrature, empressé à prévenir ses plus justes désirs et à exciter les grâces du Prince en faveur de ces noms vénérables qu'il est de l'intérêt public et de la dignité de la Compagnie de perpétuer dans le gouvernement de la justice, grand par ses actions, plus grand encore par les motifs qui le faisoient agir, amateur du bien public, zélé pro-
Sévigné insiste surtout sur le désintéressement du premier président et sur les mesures prises par lui pour que ses domestiques ne fussent point exposés aux tentations. 11 y a un autre cas de désintéressement dans le Journal de Dangcau, tome I, p. 418, et j'ai cité l'anecdote du legs du président de la Barroire (tome IV, p. 28, note 1). 1. Arch. nat., minutes du Parlement, XlB 8891.
tccteur de nos saintes libertés, estimé de son Prince, utile à sa patrie, précieux à la justice, chaque jour d'une si belle vie sembloit marqué par un nouveau trait de grandeur.
« Il vit encore, ce digne magistrat, et il vivra toujours pour sa propre gloire; mais il n'a plus voulu former que des vœux pour le salut de la République. Accoutumé à rendre aux autres une justice exacte, il a cru devoir se rendre à lui-même une justice sévère ; attentif à prévenir les approches de l'âge et de la foiblesse, on l'a vu rassembler en un moment toutes ses forces pour prononcer seul, dans le secret de son cœur, ce dernier arrêt de condamnation, beaucoup moins rigoureux pour lui, qui se retrouve, que pour la patrie, qui craignoit de le perdre. Persuadé qu'on a toujours assez vécu lorsqu'on a toujours vécu pour la justice, il n'a plus songé qu'à assurer par une retraite honorable la gloire de ses actions passées. Il ne s'arrache aux affaires du dehors que pour se rendre tout entier à lui-même ; mais en vain voudroit-il se cacher aux yeux du public qu'il fuit : il ne se dérobera point à ses louanges et à ses regards. Le même éclat de gloire qui l'environnoit au milieu de la dignité dont il étoit revêtu le suivra dans cette retraite qu'il a choisie. C'est là que, dans le loisir d'un repos toujours utile, éloigné de l'embarras du siècle, ne tenant plus aux hommes que par l'estime qu'ils conserveront pour sa vertu, il bornera tous ses désirs à jouir en paix d'un bien si durable, et à transmettre à ses successeurs, dans les siècles à venir, ce noble, ce précieux héritage de tant d'illustres aïeux. »
A côté de cet éloge officiel, qui vise surtout le magistrat, mais qui n'est point banal, voici maintenant les portraits satiriques du temps, où Harlay est très librement dépeint, et l'on y remarquera plus d'une concordance avec Saint-Simon.
Le premier est tiré des Caractères de 1703 dont l'exemplaire unique appartient au Musée britannique, et que j'ai publiés il y a peu de temps1 :
« M. de Harlay, premier président, n'a ni taille ni mine avantageuses. C'est un véritable Tartufle en tout sens. Il a beaucoup d'esprit et remplit aussi bien, pour la capacité, la charge de premier président qu'il faisoit auparavant celle de procureur général, excepté qu'il est trop formaliste et désole tout le barreau par les assiduités incommodes qu'il exige de ceux qui le composent. Pendant les dernières années de la vie du défunt chancelier, il affectoit (comme les cardinaux qui aspirent à la tiare) d'être toujours moribond, dans la pensée de pouvoir occuper cette dignité : ses harangues publiques ne rouloient que sur ses indispositions; mais, depuis que M. de Pontchartrain a été choisi à son exclusion, il se porte fort bien. Il fait régulièrement sa cour au Roi, dont il a obtenu des bienfaits considérables, et, entre autres, la charge de conseiller d'État ordinaire pour son fils,
1. Un recueil inédit de portraits et caractères, publié en 1897, p. 48.
qui n'en est nullement capable. Son humeur et sa mine pédantesque lui ont attiré plusieurs petits chagrins à la cour et dans son hôtel, dont il se console étant dans les bonnes grâces du souverain. »
On a remarqué, à la seconde ligne, ces mots : « C'est un véritable Tartufle en tout sens. » Or, Mme Dunoycr, dans une de ses Lettres historiques et galantes1, raconte que le premier président passait effectivement pour être l'original du Tartuffe de Molière, et pour avoir, en représailles, provoqué les rigueurs du Parlement contre la fameuse comédie. Dans le même endroit, Mme Dunoyer disait, comme notre auteur, qui la copie si souvent2 : « J'aime cette manière de parler laconique qui dit beaucoup en peu de paroles; on dit que toutes celles de M. du Harlay3 sont des sentences qu'on recueillera pour les donner quelque jour au public. »
N'est-ce pas évidemment Harlay que la Bruyère a visé en ces termes4 : « Un air réformé, une modestie outrée, la singularité de l'habit, une ample calotte... »? N'est-ce pas lui aussi que Boiieau a désigné sous le sobriquet de « faux Caton » dans la XIe satire, en souvenir de laquelle notre auteur a parlé d'un « extérieur de Caton le censeur5 »? Même expression d'ailleurs dans une note des Mémoires de SourchesG. Mme Dunoyer insiste encore et précise 7 : « C'est un homme d'esprit, mais qui s'est fait une espèce d'esprit à sa mode et un style particulier qui le rend original. Il est dévot par-dessus le marché, ou soidisant, et, avec sa petite houppe au menton, ses grandes courbettes et son air d'humilité, il est devenu premier président, et est très capable de remplir ce poste. On l'appelle Harlequin, c'est-à dire Harlay Ve, et l'on prétend trouver là une équivoque assez plaisante à cause du sérieux comique de ce magistrat qui, sans jamais avoir ri et sans changer de ton, dit les choses du monde les plus plaisantes. »
Vingt-cinq ou trente ans plus tôt, en 1671, Guy Patin était plus réservés : « Homme de grand sens, fort exact, sévère, mais un peu trop mélancolique . »
Bien entendu, les Chansonniers ne se sont pas privés de donner leur note dans le concert9 : c'est un mécréant, débauché de plus d'une