Voyez ci-après, p. 90, son arrivée en cour
de Grancey1, premier aumônier de M. le duc d'Orléans, médiocre prêtre*, mais fort brave et fort bon homme3, fut tué à deux pus derrière lui4 : sur quoi le comte de Roucy disoit que ce pauvre abbé mourroit de joie, s'il pouvoit savoir qu'il a été tué5. Villiers6 et la Bretonnière7, maré-
1. Hardouin de Rouxel, oncle de M. de Médavy : tome VIII, p. 360.
2. A en croire Madame (recueil Brunet, tome 1, p. 335), il avait un « petit sérail » et dos bâtards. Aussi Monsieur ne put-il obtenir pour lui révèché de Séez (Gazettes du P. Léonard, ms. Fr. 10265, fol. 15 v°, 4 mai 168*2). Cependant il travaillait activement et fructueusement à la conversion des protestants, comme on le voit dans notre tome VI, p. 429, note 8, et dans la Gazette de 1685, p. 720. Le Mercure de novembre 1694 a publié, p. 159-163, le discours qu'il prononça en présentant le cœur de Mlle de Valois au Val-de-Grâce.
3. Mercure de janvier 1703, p. 147. Il s'était si fort distingué au siège de Namur, en 1692, que le Roi lui fit l'bonneur, inouï jusque-là, de l'admettre à sa table, comme le racontera notre auteur. Il avait aussi assisté au bombardement de Dieppe en 1694, et, lorsque l'abbé de Pomponne apprit qu'il était au siège de Turin, il écrivit à Dubois (10 juillet 1706) : « M. l'abbé de Grancey doit être bien aise de se trouver au milieu de la guerre, dans l'ennui que lui causoit la profonde paix de notre profession. »
4. Dangcau, p. 209; Sourches, p. 171. Il subit l'amputation de la cuisse, et mourut le lendemain aux Jésuites de Pignerol, où on l'inhuma. Quoique ses multiples bénéfices produisissent une soixantaine de mille livres, ses gages mêmes du Palais-Royal étaient saisis depuis 1705 : Arch. nat., arrêts du Conseil, E 1933, fol. 160. La sœur et le frère de l'abbé s'empressèrent de réclamer leur part de sa dépouille.
5. Le même mot est rapporté en 1721 dans les Correspondants de la marquise de Balleroy, tome II, p. 299-300. Le portrait que nous avons déjà eu du comte de Roucy (tome III, p. 193-194) finit par cette phrase : « Son grand mérite étoient ses inepties, qu'on répétoit, et qui néanmoins se trouvoient quelquefois exprimer quelque chose. »
6. Etienne Bérault de Villiers-le-Morhier, avec qui notre auteur a fait route à l'armée du Rhin, en 1696 (tome III, p. 119-120), venait d'être promu maréchal de camp et avait servi à Luzzara, à Verue et à Cassano. Il ne fut pas tué dans la bataille, comme on le crut d'abord (Danç/eau, p. 205; Sourches, p. 175), mais, tombé aux mains de l'ennemi, fut échangé en juin 1707 (Danyeau, p. 401), et ne mourut qu'en mai 1709, de maladie. La terre dont il portait le nom est sur l'Eure, proche de Nogent-le-Roi.
7. Gilles de Botterel, comte de la Bretonnière, mousquetaire en
chaux de camp, Bonnelles, fils de Bullion, colonel d'infanterie1, Kercado, mestre de camp du Dauphin-étranger2, très bon sujet, et à qui j'avois vendu ma compagnie, lui jeune cornette dans le même régiment3, et assez d'officiers y furent aussi tués, et Mursay, lieutenant général, mourut de Mort
1671, puis capitaine de cavalerie, a fait les campagnes de Turenne et les suivantes, jusqu'à la paix de Nimègue, dans le régiment du Plessis, puis celles de 1684 et 1688 dans le régiment d'Enghien, et a été nommé, le 20 décembre 4688, lieutenant-colonel du régiment du marquis de Saint-Simon Monbléru*. En cette qualité, il a fait les campagnes de 1690 à 1693 en Flandre, a reçu le gouvernement de Dinan à cette dernière date, a eu une commission de mestre de camp en 1694, et le grade de brigadier en 1704. Il ne fut pas plus tué que Villiers devant Turin, et n'était pas marécbal de camp, puisqu'il n'eut ce grade qu'en 1709, pour servir jusqu'à la paix en Espagne et en Roussillon {Chronologie militaire, tome VI, p. 603-604). La double erreur vient encore de Dangeau; au contraire, le Mercure annonça qu'il était prisonnier (volume d'octobre, p. 349-352).
1. Jean-Claude de Bullion, marquis de Bonnelles, né le 5 novembre 1678, lieutenant de Roi au pays Chartrain depuis 1692, mousquetaire, puis capitaine au régiment de Cavalerie du comte de Toulouse, brigadier depuis 1705, pour sa belle conduite dans l'affaire de mai où pérît Vaubecourt {Gazette, p. 296), commandait depuis 1702, non pas un régiment d'infanterie, mais le Royal-Roussillon, où notre auteur avait débuté. Il fut tué, non pas à la bataille, mais la surveille, auprès de Pianezza, conduisant le convoi qui fut pris par les ennemis : ci-dessus, p. 48, note 3. Selon le Mercure (septembre, p. 365, et octobre, p. 181-197), il était attaché au comte de Toulouse, très expert en plans et en fortifications, et se comportait fort bien en Italie.
2. Claude-Hyacinthe le Sénéchal, marquis de Carcado, de la branche aînée, et cousin du chevalier mort de ses blessures quelques jours auparavant (p. 36), avait vingt-sept ans {Dangeau, p. 212; Mercure d'octobre, p. 109-112, et de novembre, p. 331-335; Mémoires militaires, ]). 659). Il commandait le régiment de cavalerie Dauphin-étranger depuis 1699, l'ayant payé quatre-vingt-quinze mille livres, avait été fait brigadier en 1704, et était désigné pour le grade de maréchal de camp.
3. Tout ce qui précède, depuis Kercado, a été ajouté en interligne et sur la marge. — Notre auteur n'a pas parlé de ce Carcado lorsqu'il s'est lui-même débarrassé de sa compagnie de cavalerie pour acheter un régiment gris, en 1693, tome I, p. 282-284.
tt II y a eu contusion avec le régiment de notre auteur dans notre tome II, p. 153, note 3.
de Mms.iy sos blessures prisonnier à Turin1. On n'y perdit pas plus
de quinze cents hommes, mais beaucoup de blessés et de ses blessures; . • . , l
fadaises prisonniers*. Mursay etoit frère de Mme de Caylus, aussi
sur lui disgracié de corps et d'esprit que sa sœur avoit l'un et àMmede l'autre charmant; il étoit donc fils de Villette, lieutenant Maintenon. général de mer, cousin germain de Mme de Maintenon '% et tous sous sa protection la plus particulière5. Celui|-ci] étoit brave, et point mauvais officier6, mais gauche, bête, inepte au dernier point7. Il avoit avec nous, en Allemagne8, un jeune valet qui le suivoit toujours, qu'il appeloit
4. Le 6 novembre : Dangeau,y>. 205 et 250-251. Selon les Mémoires de Sourches, p. 471, 180 et 217, Mursay avait été « légèrement mordu au pouce » dans la bataille, et il mourut du pourpre. Mme de Maintenon annonça cette mort à la princesse des Ursins, qui répondit par les condoléances de rigueur, particulièrement pour la sœur, Mme de Caylus. Le Mercure du mois publia un article, p. 327-330.
2. Les correspondants de la Gazette d'Amsterdam (Extr. lxxvii, lxxxii et lxxxiv) firent monter les pertes de l'armée française à 42 670 hommes, ou même, plus tard, à 33 000 hpmmes, en comprenant les déserteurs et soldats débandés ; mais les pertes de matériel surtout furent énormes : deux cent cinquante pièces de canon, dont cent quatorze de batterie, cent huit mortiers, sept mille huit cents bombes, quarante-huit mille boulets, quatre-vingt-six mille quintaux de poudre, les pontons, bagages et campements, les chevaux de treize régiments de dragons, quatre mille pistoles en espèces, quarante étendards et drapeaux, trois paires de timbales, quatre portraits du Roi.