‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 110 sur 351 · Village situé à l'E. de Spire et à mi-chemin de Wiesloch · texte numérisé non relu

Village situé à l'E. de Spire et à mi-chemin de Wiesloch

3. Wiesloch (Saint-Simon écrit Weisloch) est situé au sud de Heidelbcrg, à la hauteur de Spire.

4. C'était un des Messinois établis en France et soutenus par le Roi. Il avait obtenu un régiment de dragons en octobre 1688, était passé brigadier en 1693, et touchait une pension de six mille livres.

5. Les Messinois s'étant révoltés en 1671 contre la domination espagnole, Louis XIV avait envoyé à leur secours un corps d'armée qui put se soutenir quelques années. Mais, en dernier lieu, la Feuillade, nommé vice-roi et chef de l'armée navale, eut ordre d'évacuer le territoire sicilien (1678). Il fit une retraite fort habile, qui lui donna beaucoup de réputation. Un certain nombre de familles messinoises, compromises

son mérite et sa valeur, et surtout de M. le maréchal de Lorge, à qui il s'étoit fort attaché, et à M. de la Rochefoucauld1.

Le marquis du Châtelet2 passa le ruisseau avec la brigade de Mérinville3, qu'il commandoit en son absence, et chassa les ennemis des hauteurs, aidé de quelques compagnies de gendarmerie. Il n'y eut que les troupes qui fermoient les deux ailes de la droite, par où on avoit marché, qui eurent part à ce petit combat, dont le reste étoit trop éloigné4. Le maréchal de Lorge, qui voyoit tout près des coteaux fourrés, dont il ne connoissoit ni les revers, ni ce qui y pouvoit être de troupes, fit retirer les siennes, garda le ruisseau, et y campa dans la plaine, son quartier général à Roth. Il y demeura huit jours3, avec beaucoup de précaution, jusqu'à ce que les magasins de farine à Philipsbourg se trouvant épuisés et les fourrages mangés dans tout ce petit pays, puis ramena son armée en deçà du Rhin6.

pour la France, s'expatrièrent à la suite de l'armée qui abandonnait leur ville aux représailles de l'Espagne.

1. Dangeau (tome I, p. 103) raconte en effet que ce duc, qui s'était aussi attaché un autre Messinois, le duc Fornaro, obtint du Roi, en 1685, le retour du comte d'Averne, qui avait été relégué à Angoulême.

2. Antoine-Charles, marquis du Châtelet de Clémont, fils d'un maréchal de Lorraine, étant entré au service de la France, avait eu un régiment de cavalerie en 1689. Il devint brigadier en 1696, maréchal de camp en 1702, lieutenant général en 1704, gouverneur de Vincennes en 1710, et mourut en septembre 1720.

3. Gaspard des Monstiers, comte de Mérinville, ancien chevalier de Malte et mestre de camp de cavalerie, avait été fait gouverneur de Narbonne en 1689, brigadier en 1693. Il mourut le 29 décembre 1724, âgé de soixante-seize ans.

4. Ainsi que le dit Saint-Simon, le combat n'eut pas d'importance; cependant nous reproduirons dans l'appendice n° III, comme contrôle de ce récit, la relation du maréchal de Lorge. Comparez le Journal de Dangeau, tome V, p. 35, la Gazette, p. 333, et la Gazette d'Amsterdam, p. 222.

5. On ne resta que quatre jours à Roth, comme le prouve la lettre écrite par M. de Lorge, le 29 juin, qu'on trouvera dans l'appendice n° III.

6. L'irrégularité de cette phrase est le résultat d'une correction in-

Belle marche du maréchal de

Lorgc devant

le prince Louis

de Bade.

Il fit la plus belle marche du monde. Il décampa de Roth, à onze heures du matin, à grand bruit de guerre, sur neuf colonnes, qui firent la caracole1 en partant, en présence des ennemis, qui occupoient l'autre côté du ruisseau et campoient sur le revers des hauteurs qui étoient derrière où le petit combat s'étoit donné. Toutes ces colonnes passèrent un bois avec tant de justesse que*, dans la plaine de Schwetzingen3, où elles se mirent en bataille aussitôt, chaque brigade s'y trouva dans son ordre et dans sa place. On défila ensuite, avec grand ordre et promptitude, sur un pont et par un gué d'un gros ruisseau, les troupes en bataille jusqu'à ce que ce fût à chacune à passer. Le maréchal de Joyeuse se tint au pont pour maintenir l'ordre et diligenter tout, et le maréchal de Lorge à son arrière-garde. Tout fut passé en deux heures, parce que les vivres, l'artillerie et les gros et menus bagages avoient pris les devants. On crut quelque temps que cette marche seroit inquiétée; mais on sut après que le prince Louis de Bade, qui commandoit l'armée impériale, ne l'avoit osé et avoit dit tout haut aux siens que cette marche étoit trop bien ordonnée pour qu'il la pût attaquer

avec succès

complète de Saint-Simon, qui, devant ramena, a effacé il, qu'il avait d'abord écrit, et y a substitué puis, sans corriger trouvant en trouvèrent ou trouvassent.

1. Caracole était le mouvement d'une troupe faisant demi-tour à droite ou à gauche, pour se présenter plusieurs fois à l'examen de celui qui la passait en revue, ou pour déconcerter l'ennemi et le laisser incertain du sens de l'attaque. Furetière dit que caracole est moins usité que le masculin caracol; l'Académie n'a que cette dernière forme dans sa première édition (1694) ; dans les deux éditions suivantes, elle donne caracole et caracol ; à partir de la quatrième (1762), caracole seulement.

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