L'initiale d'où remplace un d
Procédé entre les maréchaux de Lorge et de Joyeuse, raccommodé par les marquis d'Huxellesetde Vaubecourt.
pour forcer. Le lendemain, on se reposa encore. Le surlendemain, on laissa tout plié dans le camp, et on marcha aux ennemis en colonne renversée. On n'avoit pas fait beaucoup de chemin à travers de grands abatis d'arbres, qu'on sut que les ennemis avoient repassé le Rhin et rompu et retiré leur pont, de sorte que l'armée s'en retourna au camp aussi triste qu'elle en étoit partie gaillarde1. Trois jours après, les ordres arrivèrent en ce même camp pour la séparation des troupes. Ils portoient que Tallard iroit aux Deux-Ponts2, le maréchal de Joyeuse dans le Hundsrûck, et le maréchal de Lorge3 où il jugeroit à propos, avec une destination de troupes et d'officiers généraux pour chacun des trois.
Le maréchal de Joyeuse sut d'abord la sienne, et n'en dit mot. Soit oubli ou autre raison, le maréchal de Lorge ne lui en parla point; mais, le jour de la séparation, il lui écrivit le matin par un page qu'il le prioit de partir dans deux heures, etc. Joyeuse, piqué, répondit verbalement qu'il n'étoit préparé à rien et qu'il ne pouvoit partir, puis s'alla promener. Le maréchal de Lorge, inquiet de cette réponse, s'en alloit chez lui, lorsqu'il le rencontra se promenant, et qui ne détourna point son cheval pour aller à lui. L'autre le joignit. L'abord fut très-froid, les propos furent de même : excuses de l'un, plaintes de l'autre , et fermeté à ne point partir. Ils se quittèrent de la sorte. Le maréchal de Lorge, inquiet de plus en plus, avoit des ordres précis , et la matinée s'avançoit. Il eut
1. L'arrivée si prompte du maréchal de Lorge avait épouvanté les ennemis. Dès le 22, ils commencèrent à faire repasser leurs équipages; le 23, à minuit, toute leur armée était rentrée dans l'île, et, le 24, Hagenbach fut évacué. Mais l'intendant de la Grange eut soin d'insinuer que, si l'on n'avait perdu un jour, l'armée allemande eût pu être détruite. En somme, la campagne n'avait pas eu de résultats, et le maréchal ne put guère se défendre que par des excuses trop vagues.
2. Ville et duché du Palatinat du Rhin, sur l'Erlbach, appartenant à une des branches de la maison Palatine; à dix lieues 0. N. de Landau.