pour ils, dans le manuscrit
3. Saint-Simon avait écrit d'abord m*, puis il a biffé la finale l.
4. Jacques de Thiard, marquis de Bissy, guidon des gendarmes d'Anjou en 1670, mestre de camp de cavalerie en 1677, brigadier en 1693, gouverneur d'Auxonne en 1701, maréchal de camp en 1702, lieutenant général en 1704, se retira en 1707, et mourut le 29 janvier 1744, à quatre-vingt-seize ans.
Notre brigade échut à Norheim1, sur le bord de la Nahc, fort près d'Ebernbourg4, noyés dans le fourrage. J'y demeurai jusqu'au 16 octobre3, que le maréchal de Joyeuse me donna congé de fort bonne grâce, et je m'en allai à Paris, par Metz, où je vis M. de Sève4, qui y étoit premier président du Parlement. C'étoit un des plus intègres et des plus éclairés magistrats, qui avoit été fort des amis de mon père.
Avant de rentrer dans Paris, il faut réparer un oubli. Lorsque nous étions au camp de Gau-Bôckelheim, la Bretesche 5 fut chargé d'aller reconnoître quelque chose vers
1. Village proche de Krcuznach. Son vin est renommé. — Dans le manuscrit : « Naurum, sur le bord de la Naw, fort près d'Ébrebourg. »
2. Ebernburg, petite ville et château situés à moins d'une lieue S. 0. de Kreuznach, et célèbres par le séjour qu'y firent Franz de Sickingen, Mélanchthon, Bucer et Ulrich de Hùtten.
3. Saint-Simon avait écrit directement au ministre, pour lui demander de régler favorablement la mise en quartiers d'hiver de son régiment. Barbezieux lui répondit le 14 septembre 1694 : « Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 4 de ce mois. Lorsque le Boi travaillera au quartier d'hiver, je ferai volontiers souvenir S. M. d'en donner un bon au régiment que vous commandez, et il ne tiendra pas à moi que vous n'ayez lieu d'être content. A l'égard des congés que vous demandez pour les officiers dudit régiment, pour aller aux eaux de Barèges, le Boi a trouvé bon de les leur accorder, et vous les trouverez ci-joints. » (Dépôt de la guerre, vol. 1249, fol. 148.) Les quartiers d'hiver ne furent réglés qu'au milieu du mois d'octobre. « Le Roi, dit Dangcau (tome V, p. 94), à la date du 17 de ce mois, avoit ordonné que tous les colonels demeurassent à leurs garnisons cet hiver et n'en pussent partir sans congé; il a jugé à propos présentement de leur permettre à tous de revenir travailler à leurs affaires. »
4. Guillaume de Sève, fils d'un maître des requêtes, avait été successivement conseiller au Châtelct et au Grand Conseil, puis maître des requêtes (1665), intendant à Montauban (1669) et à Bordeaux (U>7W2); il faisait les fonctions de premier président du parlement de Metz depuis 1681, et celles d'intendant des Trois-Évêchés depuis 1691. 11 mourut à Metz, le 13 avril 1696, âgé de cinquante-huit ans.
5. Esprit de Jousseaume, marquis de la Bretesche, né en 1638, mousquetaire en 1657, capitaine de cavalerie en 1658, colonel de dragons en 1675, gouverneur et lieutenant général de Poitiers en 1678,
Rheinfels1. G'étoit un gentilhomme qui avoit perdu une jambe à la guerre, qui avoit été partisan distingué, qui avoit acquis une capacité plus étendue2, très-galand homme d'ailleurs, et en qui le maréchal de Lorge se fioit fort. Il étoit un des lieutenants généraux de son armée, et, nonobstant ce grade, il ne voulut prendre avec lui que deux cents3 hommes de pied et cent cinquante dragons. Arrivé à la nuit, après une grande traite, à un village4 à quatre lieues de Rheinfels, il s'y arrêta, posta son infanterie, tint quelques dragons à cheval dehors, et le reste attacha ses chevaux à une haie devant la grange, où la Bretesche se mit à manger un morceau avec les officiers. Comme ils étoient à table, la lune, qui étoit belle, ^obscurcit tout d'un coup, et voilà un orage affreux d'éclairs, de tonnerre et de pluie. Aussitôt la Bretesche, craignant quelque surprise par ce mauvais temps, fait monter les dragons à cheval, y monte lui-même, et, dans cet instant, entend une grosse décharge qui justifie sa précaution. Il donne ses ordres à celui qui commandoit les dragons, et s'en va à son infanterie et la dispose ; il revient tout de suite à ses dragons, n'y en trouve plus que deux ou trois, avec un seul capitaine, et nuls autres. Au désespoir de cet abandon, il retourne à son infanterie, charge les ennemis, profite de l'obscurité et du désordre où il les met, les pousse et les chasse du village, quoique trois fois plus
devenu brigadier en 1683, maréchal de camp en 1688, lieutenant général en 1693. Il mourut le 27 juillet 1706. Il avait eu le gouvernement de Hombourg, avec la lieutenance générale de ce gouvernement et de la Lorraine allemande, en novembre 1680, et possédait le commandement général de toute cette frontière depuis le 18 décembre 1685.
1. Ancienne forteresse située sur une île du Rhin, à deux lieues et demie au-dessus de Bacharach, près de Saint-Goar.
2. Voyez les Mémoires du marquis de Sourches, tome I, p. 368, note 1 . Le fait d'armes le plus célèbre de la Bretesche était la prise de Lewé, où il fit passer la cavalerie et les dragons sur les glaces, en 1675.
i». Il n'avait que cent grenadiers avec les dragons. 4. Ce village s'appelle Erbach.
forts que lui, et est légèrement blessé au bras et à la cuisse; et, parce que le jour alloit poindre, se retire en bon ordre à Ébcrnbourg. En chemin, il rencontra une des troupes de dragons qui l'avoient abandonné. Le capitaine qui la menoit eut l'impudence de lui demander s'il vouloit qu'il l'escortât, et s'attira la réponse qu'il méritoit : sur quoi les dragons se mirent à1 faire des excuses à laBretesche et à rejeter cette infamie sur leurs officiers, qui les avoient emmenés malgré eux. De notre camp à Ébernbourg, il n'y avoit que trois lieues : la Bretesche, qui étoit fort aimé et estimé, fut fort visité de toute l'armée ; j'y fus des premiers. Il en fut quitte pour y demeurer dix ou douze jours. Il eut la générosité de demander grâce pour ces dragons, et le maréchal de Lorge, naturellement bon et doux, la facilité de la lui accorder2. Il ne faut pas ôter à Marsal, capitaine des guides, l'honneur qui lui est dû : il avoit suivi la Bretesche, ne le quitta jamais d'un pas, et fit très-bien son devoir. Il eut depuis une commission de capitaine d'infanterie, et il entendoit fort bien son métier3. Il avoit commencé, disoit-on, par être maître de la poste d'Hombourg, d'où4 la Bretesche étoit gouverneur et d'où il l'avoit tiré.
1. Devant faire, est biffé lui, et à la Bretesche est ajouté en interligne, après excuses.
2. Le récit de Dangeau (Journal, tome V, p. 61-62) confirme celui de Saint-Simon, qui d'ailleurs semble s'en être servi. On trouvera à l'appendice n° III le rapport du maréchal de Lorge, qui a aussi beaucoup de conformité avec les Mémoires. La Gazette (p. 417 et 428) dit que les grenadiers« combattirent vigoureusement, pour donner le temps aux dragons de gagner la campagne. » La Gazette d Amsterdam (p. 277) prétend que les dragons avaient d'abord fui, et les grenadiers peu après.
3. Nous n'avons trouvé aucun renseignement biographique sur cet officier. Le capitaine des guides était chargé d'éclairer l'armée et de la conduire à l'aide de guides qu'il se faisait fournir dans chaque localité.
4. Il y a bien d'où dans le manuscrit. — Hombourg, ville forte du duché des Deux-Ponts, à environ deux lieues N. de la ville de ce nom, avait été pris par les Français en 1679, et était devenu le siège d'une
Ce fut dans le loisir de ce long camp de Gau-Bôckelheim que je commençai ces Mémoires, par le plaisir que je pris à la lecture de ceux du maréchal de Bassompierre, qui m'invita à écrire aussi ce que je verrois arriver de mon temps1.
Nous trouvâmes à notre retour le maréchal d'Humières mort2. G'étoit un homme qui avoit tous les talents de la cour et du grand monde et toutes les manières d'un fort grand seigneur; avec cela, homme d'honneur, quoique fort liant avec les ministres et très-bon courtisan, ami particulier de M. de Louvois, qui contribua extrêmement à sa fortune, qui ne le fit pas attendre : il étoit brave, et se montra meilleur en second qu'en premier3. Il étoit magnifique en tout4; bien avec le Roi, qui le distinguoit fort
Maréchal d'Humières, sa fortune et sa famille.
Sa mort.
[Add. S'-S. 87]
intendance, qui comprenait le bassin de la Sarre, autrement dit Lorraine allemande. Ce pays fit retour au duché de Lorraine en 1697.
1. Voyez tome I, p. 26, 157-158, et ci-dessus, p. 153, note 3.
2. Il mourut le 31 août 1694; voyez tome I, p. 36. Le Mercure du mois de septembre, p. 208-216, lui consacra un article nécrologique. Son portrait, gravé en 1688 par Lubin, et en 1690 par Larmessin, présente une figure de belle expression, mais longue et dédaigneuse.
3. Il avait eu quelques succès dans les précédentes guerres, à Aire, Cassel, Gand, Courtray ; mais on avait attribué à son imprudence et à sa témérité l'échec de Walcourt (1689), à la suite duquel le Roi l'avait remplacé par M. de Luxembourg; son protecteur Louvois lui avait seul évité une disgrâce plus complète. Voyez le Chansonnier, ms. Fr. 12689, p. 509, 513, 587, 605, etc. On fit alors ces vers, par allusion à la première création de rentes viagères, qui venait d'avoir lieu :
Je suis riche à jamais si l'on me fait la grâce D'enrôler sous Humières les rentiers de ma classe, 1 Tandis que chaudement, sous le sage Duras, Je serai pour toujours éloigné des combats.
Le public accusa surtout ce maréchal d'avoir rendu Mayence (juillet 1689), de connivence avec Louvois, afin de prolonger une guerre nécessaire pour faire valoir le ministre (ms. Fr. 12 689, fol. 507 et 541).
4. On le reconnaissait généralement dans un passage du chapitre de Quelques usages, où la Bruyère condamne les généraux qui ont introduit dans les camps un luxe déplacé et ruineux (Œuvres, tome II, p. 195, 196 et 408).
Maréchal de
Boufflers gouverneur de Flandres et Lille.
Maréchal de Lorge gouverneur de Lorraine.
Duc du Maine ' grand maître de l'artillerie.
Duc de Ven-
et étoit familier avec lui. On peut dire que sa présence ornoit la cour et tous les lieux où il se trouvoit. Il avoit toujours sa maison pleine de tout ce qu'il y avoit de plus grand et de meilleur. Les princes du sang n'en bougeoient, et il ne se contraignoit en rien pour eux ni pour personne, mais avec un air de liberté, de politesse, de discernement, qui lui étoit naturel, et qui séparoit toute idée d'orgueil d'avec la dignité et la liberté d'un homme qui ne veut ni se contraindre ni contraindre les autres. 11 avoit les plus plaisantes colères du monde, surtout en jouant; et avec cela le meilleur homme du monde, et que tout le monde aimoit.
Il avoit le gouvernement général de Flandres et de Lille, où il tenoit comme une cour, et avoit fait un beau lieu de Monchy1, à deux lieues de Compiègne, dont il étoit capitaine2. Le Roi l'avoit souvent aidé à accommoder Monchy, et y avoit été plusieurs fois3. M. de Louvois, qui, à la mort du duc du Lude1, voulut rogner l'office de grand maître de l'artillerie, en faveur de sa charge de secrétaire d'État, fit faire le maréchal d'Humières grand maître en son absence, comme il revenoit d'Angleterre complimenter, de la part du Roi, le roi Jacques II sur son avènement à
1. Monchy-le-Pierreux, aujourd'hui Monchy-Humières, qu'il ne faut pas confondre avec Mouchy-le-Châtel, situé aussi dans le département de l'Oise. On y voit encore une partie du château du seizième siècle restauré par le maréchal et les restes de son mausolée.
2. Il avait hérité des charges de capitaine et gouverneur des ville et château de Compiègne et de capitaine des chasses, et il en fit donner la survivance, en 1690, à son gendre M. d'Aumont.
3. Le marquis de Sourches (tome I, p. 84) et Dangeau (tome I, p. 153) racontent, en avril 1685, que le Roi va faire payer une somme de cent mille livres, promise depuis longtemps, pour l'achèvement de Monchy. Il est parlé, dans les Fragments et notes historiques de Racine (Œuvres, tome V, p. 78), de la revue que Louis XIV alla passer à Monchy en 1666, et d'un séjour qu'y fit alors Mlle de la Vallière.
4. Cet office, créé en 1601 pour Sully, avait le commandement sur tous les officiers, soldats ou ouvriers de l'artillerie, la direction de tous les travaux de siège ou de marche, des arsenaux, des fabrications, etc.
la couronne1. Ce ministre contribua beaucoup à le faire dôme générai faire duc vérifié2 et à lui faire accorder la grâce très-sin- des galères. gulière de faire appeler3 dans ses lettres4 celui qui, avec l'agrément du Roi, épouseroit sa dernière fille, belle comme le jour, et qu'il aimoit passionnément5. Il avoit perdu son fils unique6, sans alliance, au siège de Luxembourg7. Il
1. Il fut désigné, en juillet 1685, pour aller féliciter Jacques II, non pas sur son avènement (16 février), mais sur la défaite du duc de Montmouth. Il fut de retour à Chambord le 16 septembre, et obtint aussitôt la charge de grand maître, avec un brevet de retenue de quatre cent mille livres. Voyez Dangeau, tome I, p. 202, 207, 221, 222, etc. Peu après, il eut, par une grâce exceptionnelle, les entrées de la chambre.
2. Sur les ducs vérifiés, voyez ci-dessus, p. 22, note 6, et le tome X, p. 388-390.