Le grand Condé
4. Il y a, dans le manuscrit, emporté, sans accord; puis, à la suite, sur et elle.
5. Saint-Simon dira, au commencement de 1696, l'issue de ce procès; mais il faut en indiquer ici, plus complètement qu'il ne l'a fait, l'origine et les circonstances. On a vu plus haut (p. 125) que le dernier Longueville, mort en 1694, avait légué sa principauté de Neufchàtel et son comté de Saint-Paul à ses cousins les princes de Conti. Déjà, en 1692, les princes de Condé et de Conti avaient obtenu le don des biens du chevalier de Longueville, vacants par bâtardise (brevet du 31 mai 1692). La perte de ces deux successions ne fut pas acceptée par la
Dans la colère où il mit Mme de Nemours, et dans le mépris où elle avoit toujours vécu pour ses héritiers, elle déterra un vieux bâtard obscur du dernier comte de Soissons1, frère de sa mère, qui avoit l'abbaye de la Couture du Mans2, dont il vivoit dans les tavernes3. Il n'avoit pas
duchesse de Nemours ; elle affecta de considérer le testament de l'abbé d'Orléans comme fait pendant la démence, et, les états suisses n'admettant pas d'ailleurs que la souveraineté de Neufchâtel pût être aliénée par testament ou par aucune autre voie, elle partit, malgré son grand âge et deux attaques d'apoplexie, pour se faire mettre en possession de la principauté et pour en assurer la transmission à celui qu'elle venait de prendre comme héritier, le chevalier de Soissons ; à son défaut, elle comptait la faire passer aux Orléans-Rothelin, ou même à la Confédération suisse. (Voyez Dangeau, tome IV, p. 446-450.) A peine partie, on sut qu'elle possédait un testament postérieur de trois ans à celui qui avait institué les Conti héritiers, et le révoquant. Ce fut cette nouvelle pièce qui forma la base du procès en Parlement ; mais, tout d'abord, Mme de Nemours obtint sa mise en possession solennelle (18 mars 1694), malgré les protestations des représentants du prince de Conti et du margrave de Bade-Dourlach, et elle revint aussitôt à Paris pour faire prendre le titre de prince de Neufchâtel à son héritier présomptif. Voyez d'abondants détails sur cette affaire dans la Gazette d'Amsterdam, que semble avoir suivie Dangeau, année 1694, p. 70, 74, 115, 118-119 et 202, Extraordinaire xxix ; dans le Mercure, avril 1694, p. 48, et dans le Moréri, à l'article Neufchâtel.
1. Louis-Henri, fils naturel de Louis de Bourbon, comte de Soissons, et de la veuve d'un ministre réformé, était né à Sedan en août 1640, et avait été légitimé en décembre 1643 et reçu dans l'ordre de Malte. Il portait les titres de chevalier de Soissons, comte de Noyers et seigneur de Luzarches. Ayant eu l'abbaye de la Couture en 1657, comme successeur de son cousin Eugène-Maurice de Savoie-Carignan, comte de Soissons, il l'avait soumise à la réformation de la règle de Saint-Maur. Quand il se maria, le 7 octobre 1694, il renonça à la fois à l'ordre de Malte et à ses bénéfices, et prit les titres de prince de Neufchâtel et de comte de Dunois. Il mourut le 8 février 1703, laissant deux filles. Voyez l'Addition n° 6, tome I, p. 327.
2. Abbaye de bénédictins, valant douze ou quinze mille livres de rente. Les bâtiments servent aujourd'hui d'hôtel de la préfecture et de musée.
3. On peut hésiter entre tavernes et cavernes; mais nous trouvons dans la même page du manuscrit plusieurs mots commençant par t, dont l'initiale est tout à fait semblable à celle que nous avons ici.
Un bâtard obscur du dernier comte de Soissons prince du sang,
comblé de
biens par Mme
de Nemours.
Il prend le
nom de prince
de Neufchâtel
et épouse
la fille de M. de
Luxembourg.
le sens commun, n'avoit jamais servi, ni fréquenté en toute sa vie un homme qu'on pût nommer1. Elle le fit venir loger chez elle et lui donna tout ce qu'elle pouvoit donner, en2 la meilleure forme; et ce qu'elle pouvoit donner étoit immense. Dès lors, elle le fit appeler le prince de Neufchâtel 3, et chercha à l'appuyer d'un grand mariage. Mlle de Luxembourg n'étoit rien moins que belle, que jeune, que spirituelle ; elle ne vouloit point être religieuse4, et on ne lui vouloit rien donner. La duchesse de Meckelbourg dénicha ce nouveau parti 3. Son orgueil ne rougit point d'y penser, ni celui de M. de Luxembourg, son frère, à qui elle en écrivit ; mais il palpita assez pour oser se proposer un rang en considération de ce mariage, sous prétexte de la souveraineté de Neufchâtel, donnée à ce bâtard, qui en portoit déjà le nom. M. de Luxembourg, qui, en partant, avoit obtenu une grande grâce, qui étoit encore secrète, et dont je parlerai bientôt6, n'osa proposer celle-ci, et en laissa la conduite à l'adresse de sa sœur ; et pour éviter tout embarras entre le demander et ne le
1. Comme il avait perdu un œil et passait pour peu intelligent, les commentateurs des Caractères voulurent le reconnaître dans ce passage du chapitre de l'Homme (Œuvres de la Bruyère, tome II, p. 39 et 295-296) : « On sait à peine que l'on est borgne ; on ne sait point du tout que l'on manque d'esprit. » Le public, toujours favorable au prince de Conti, accueillit très-mal la nouvelle du choix fait par Mme de Nemours. (Gazette d' Amsterdam, février 1694, p. 65.)