Grande est ajouté en interligne
6. Tout cela sera répété en 1703, dans le portrait de Puységur (tome IV, p. 27).
7. Voyez ci-après, p. 232, note 7, un extrait de la Gazette d'Amsterdam.
tempérament, la conformation le trahirent : il tomba malade à Versailles d'une péripulmonie1, dont Fagon eut tout d'abord très-mauvaise opinion2. Sa porte fut assiégée de tout ce qu'il y avoit de plus grand : les princes du sang n'en bougeoient, et Monsieur y alla plusieurs fois. Condamné par Fagon, Caretti3, Italien à secrets qui avoient souvent réussi, l'entreprit et le soulagea ; mais ce fut l'espérance de quelques moments. Le Roi y envoya quelquefois, par honneur plus que par sentiment : j'ai déjà fait remarquer qu'il ne l'aimoit point ; mais le brillant de ses campagnes et la difficulté de le remplacer faisoit toute l'inquiétude4. Devenu plus mal, le P. Bour-
1 . M. Littré n'a pas relevé ailleurs qu'ici ce mot hybride, moitié grec et moitié latin, équivalant à péripneumonie. Le Mercure dit : « une fausse pleurésie, » et la Gazette d'Amsterdam : « une pleurésie. »
2. Il tomba malade le 31 décembre 1694 ; voyez le Journal de Dangeau, dont Saint-Simon s'est évidemment servi, tome V, p. 128-131.
3. Caretti, ou plutôt Caretto, dont Saint-Simon retracera ailleurs (tome II, p. 59-60) l'existence singulière, s'appelait, croyons-nous, Octave del Caretto, et prétendait au titre de marquis de Balestrina de Savone °. Sa réputation, comme empirique, était très-grande depuis dix ans et plus qu'il résidait à Paris, quoique sa méthode fût loin d'être infaillible; parmi les cures qu'il venait de faire en dernier lieu, on citait celle de M. de Caderousse, celle du cardinal de Fùrstenberg (Papiers du P. Léonard, MM 825, fol. 28), et celle de Mme de Coulanges; mais, dans ce dernier cas, quoique ses gouttes eussent fait d'abord des miracles (Lettres de Sévignê, tome X, p. 162 et suivantes), on le quitta pour consulter Hclvétius. La Bruyère l'a pris plusieurs fois pour type de l'aventurier heureux (Œuvres, tome I, p. 520, et tome II, p. 318 et 412).
4. Le Journal de Dangeau (tome V, p. 128) cite ces paroles du Roi à Monsieur : « Si nous sommes assez malheureux pour perdre ce pauvre homme-Là, celui qui en porteroit la nouvelle au prince d'Orange seroit bien reçu ; » et celles-ci à Fagon : « Faites, Monsieur, pour M. de Luxembourg tout ce que vous feriez pour moi-même, si j'étois dans l'état où
° Un autre Italien, presque de même nom, et se qualifiant patricien romain, Nicolas Scevoli del Carretto, qui s'était aussi établi à Paris, y obtint, en janvier 108.*i, des lettres de naturalité et la permission d'ouvrir un laboratoire pour faire dos travaux de chimie et préparer ses principaux remèdes. (Arch. mil., ()' Î9, fol. 92.)
daloue1, ce fameux jésuite que ses admirables sermons doivent immortaliser2, s'empara tout à fait de lui. Il fut question de le raccommoder avec MM. de Vendôme, que la jalousie de son amitié et de ses préférences pour M. le prince de Conti avoient 3 fait éclater en rupture et se réfugier à l'armée d'Italie, comme je l'ai déjà dit4. Roquelaure5, l'ami de tous et le confident de personne, les amena l'un après l'autre au lit de M. de Luxembourg, où tout se passa de bonne grâce et en peu de paroles0. Il reçut ses sacrements, témoigna de la religion et de la fermeté. Il mourut le matin du 4 janvier 1695, cinquième I jour de sa maladie, et fut regretté de beaucoup de gens, , quoique, comme particulier, estimé de personne et aimé ! de fort peu7.
il est. » On s'étonna ensuite qu'il n'y eût ni service solennel à Versailles, ni inhumation à Saint-Denis ; le Roi se borna à tolérer que le corps du maréchal restât un jour, contre l'usage, dans la chambre du château où il était mort. •
1. Louis Bourdaloue, né à Bourges le 28 août 1632, mort à Paris le 13 mai 1704. Entré dans la Compagnie de Jésus en 1648 et employé d'abord au professorat, il s'était révélé comme prédicateur, à Paris, en 1669, et à la cour, en 1670 ; mais ses succès de la chaire étaient encore dépassés par son zèle efficace à faire des conversions ou à assister les malades. On a remarqué que Saint-Simon avait oublié de parler de la mort de Bourdaloue dans ses Mémoires.