‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 208 sur 351 · Dans le manuscrit, ayent · texte numérisé non relu

Dans le manuscrit, ayent

qu'on les donnoit, n'avoient eu aucun effet. L'opération ' fut douce, mais prodigieuse par bas ; la connoissance revint, et peu à peu le pourpre2 parut partout. Cette éruption fut son salut, mais non la fin de la maladie.

Cependant l'armée souffroit beaucoup. Le maréchal de Joyeuse, qui en avoit pris le commandement3, nous exposa son état, à moi et aux neveux4 de M. le maréchal de Lorge. 11 nous dit que, quoi qu'il pût arriver, il ne prendroit aucun parti que de notre consentement, et en usa en homme de sa naissance, avec toutes sortes de soins et d'égards. L'armée, informée qu'il s'agissoit de prendre un parti, déclara par la bouche de tous ses officiers, qui nuit et jour assiégeoient la maison du malade, qu'il n'y avoit point d'extrémité qu'elle ne préférât au moindre danger de son chef, et ne voulut jamais qu'on fit le moindre mouvement.

Le prince Louis de Bade offrit par des trompettes

1. Opération « se dit de l'action des remèdes. » (Furetière et Richelet.)

2. On avait qualifié d'abord le mal de fièvre double et tierce, ou continue avec rémission. La Gazette d'Amsterdam (1695, p. 214) parle de « fièvre pourprée. » — Le pourpre, dont il est souvent question en ce temps-là, et qui se caractérisait par une hémorrhagie cutanée sousépidermique en forme de larges taches rouges, ne devait être autre chose qu'une rougeole ou scarlatine maligne.

3. M. de Joyeuse reçut le 30 juin ses pouvoirs, avec des instructions sur le plan arrêté entre le Roi et M. de Lorge. (Dépôt de la guerre, vol. 1322, n° 108.) Voyez, dans le Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 499 et suivantes, des couplets sur la manière dont il s'acquitta de ce commandement.

4. M. de Joyeuse écrit le 28 : « Sa parenté est fort embarrassée sur le parti qu'ils doivent prendre, ses médecins disant qu'il n'est pas en état de soutenir le transport sans courir risque de la vie. Il faut cependant que l'armée marche, manque de fourrages. » Le maréchal de Lorge avait auprès de lui (Dangcau, tome V, p. 230) le duc de Duras (Jacques- Henri de Durfort, né en 1670, mort en 1697), fils de son frère aîné et mestre de camp de cavalerie, et (voyez plus loin, p. 335-336) deux des fils de Mme de la Rodiefoucauld-Roucy, sœur du maréchal, le comte de Roucy et le chevalier de Roye.

toutes sortes de secours de médecins et de remèdes, et sa parole de toute la sûreté et de tous les soulagements de vivres et de fourrages pour le général, pour1 ce qui demeureroit auprès de lui et pour l'escorte qui lui seroit laissée, si l'armée s'éloignoit de lui, avec l'entière sûreté pour la rejoindre ou aller partout où il voudroit, avec tous ces accompagnements, sitôt qu'il le voudroit. Il fut remercié comme il le méritoit de ces offres si honnêtes, dont on ne voulut point profiter2.

Peu à peu la santé se fit entièrement espérer, et l'armée, d'elle-même, en fît éclater sa joie par des feux de joie à la tête de tous les camps, des tables qui y furent établies, et des salves qu'on ne put jamais empêcher 3. On ne vit jamais un témoignage d'amour si universel ni si flatteur. Cependant Mme la maréchale de Lorge étoit arrivée à Strasbourg, puis à Landau, dans une chaise de M. de Barbezieux, des gens à lui outre les siens, pour la conduire plus diligemment4, et la Cour3, capitaine des gardes de M. le maréchal de Lorge, qui avoit été dépêché sur son extrémité. Le Roi l'avoit entretenu près d'une heure, à Marly, sur l'état de son général et de l'armée, avoit lui-même consulté Fagon, son premier

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