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La princesse de Tingry, la religieuse. (Page -iO

16 juillet 1706. — L'histoire de cette vieille Tingry, morte à Versailles

à quatre-vingt-cinq ou quatre-vingt-six ans, mérite d'être rapportée. Brantes, frère du connétable de Luynes, épousa par sa faveur l'héritière de Piney-Luxembourg, qui le fit duc et pair, parce que ce duché, érigé pour son grand-père, étoit femelle. Il laissa un fils imbécile, qu'on fit diacre, qu'on fit interdire, qu'on enferma à Saint-Lazare toute sa vie, et qui y mourut à la fin du dernier siècle. La fille, on la fit religieuse bénédictine à l'Abbaye-aux-Bois, à Paris, où elle a été une vingtaine d'années professe et maîtresse des novices. La mère se remaria au comte de Clermont-Tonnerre, dont elle eut une fille unique. Monsieur le Prince, amoureux de la duchesse de Châtillon, sœur de Bouteville, et demeuré leur ami d'autant que le frère l'avoit suivi en Flandres, en fit le mariage avec cette fille du second lit, et imagina de le faire duc de Piney-Luxembourg par ce mariage. On leva pour vingt-quatre heures l'interdiction du diacre, qu'on interdit de nouveau et qu'on recofFra dès qu'il eut parlé tant et comme on voulut au contrat de mariage ; et comme la religieuse, au défaut du diacre, pouvoit faire de l'embarras, si elle venoit à se repentir de son état en le voyant passer à une sœur cadette et d'un autre lit, Monsieur le Prince fit si bien à la cour et à Rome, qu'il la dévoila d'abord, pour être chanoinesse de Poussay, sans toutefois y aller, puis tout à fait, et lui procura un tabouret de grâce pour ses prétendus droits au duché de Piney et une place de dame du palais de la Reine. Elle passa sa vie à la cour, peu considérée, et non sans scrupules, qui ne furent pas les plus forts. M. de Luxembourg, son beau-frère, et ses enfants la ménageoient avec de grands égards, qui, de sa part à elle, étoient peu réciproques. Elle avoit peu d'esprit, et on étoit assez sur le pied de la tourmenter pour se divertir à la mettre en colère, qui suppléoit à l'agrément de sa conversation. Rien n'a été plus singulier que la vie de cette défroquée. On a parlé ailleurs du procès que ce mariage du maréchal de Luxembourg, qui lui valut une érection nouvelle, fit contre (sic) les ducs ses anciens et lui, qui finit par lui fixer son rang d'ancienneté à ses lettres nouvelles de 1662.

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