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Origines du rang intermédiaire des bâtards. (Page

2 mai 1694. — Le procès intenté par M. de Vendôme contre ses anciens, pour le rang de la première érection de Vendôme en faveur du père du roi de Navarre et grand-père d'Henri IV, se commença d'abord fort civilement, et dans la suite produisit une pique et des paroles fort vives entre MM. d'Elbeuf et de Vendôme, qui lui reprocha que son père avoit mieux aimé n'être pas chevalier de l'Ordre que passer après lui, et lui remit la déclaration, qu'Henri IV fit enregistrer un mois avant sa mort, qui donnoit la préséance à M. de Vendôme et à sa postérité avant tous pairs et princes, immédiatement après les princes du sang, partout : à quoi M. d'Elbeuf répliqua fort vertement, et le fit souvenir du peu de durée de ce rang que M. de Vendôme ayant voulu prendre aux obsèques d'Henri IV, M. de Guise, le prenant par le bras, lui avoit dit que cela étoit bon hier, mais non pas aujourd'hui, et l'avoit obligé de marcher dans son rang d'ancienneté de pair, dans lequel état les choses étoient demeurées depuis. Monsieur le Grand, qui se trouva présent, mit le holà avec peine; mais, une heure après, M. de Vendôme alla trouver M. du Maine, et lui représenta si bien son intérêt et celui de sa postérité, qu'il résolut de ne pas négliger une occasion si favorable. C'est ce qui produisit la déclaration du Roi qui mit les bâtards et MM. de Vendôme partout immédiatement après les princes du sang, qui parut incontinent après. Le Roi la régla avec le premier président du (êic) Harlay, qui l'avertit et M. du Maine, pour la sûreté de son rang, de laisser toujours des différences au Parlement entre les princes du sang et les bâtards, et de se contenter de la préséance au-dessus de tous les autres pairs, et d'honneurs qui les distinguassent d'eux; et ce fut à cette

occasion que ce magistrat eut parole * d'être fait chancelier quand la place vaqueroit, parce qu'il entra en bon courtisan dans tout ce qui pouvoit plaire au Roi et à M. du Maine, qui n'étoit en tout qu'un avec Mme de Maintenon ; mais il ne laissa pas de mourir de dépit de ce que cette parole ne lui fut pas tenue. Le Roi pria Monsieur le Duc et M. le prince de Conti d'aller avec M. du Maine chez les présidents à mortier et les doyens des chambres, et cette visite se fit avec apparat. Pour les ducs, le Roi parla à l'archevêque de Reims, qui leur écrivit une lettre par ordre du Roi, pour leur notifier la chose, le jour de la réception de M. du Maine, et les prier, de la part du Roi, de s'y trouver, comme il s'y trouva luimême, et assez gaiement. M. de la Trémoille, qui, non plus que les autres, n'étoient (sic) pas de même, lui dit publiquement que c'est qu'il ne se soucioit guère du rang des archevêques de Reims, mais que, pour lui, il se soucioit fort de celui des ducs de la Trémoille.

M. du Maine fut donc reçu le 8, presque tous les ducs qui étoient à Paris présents, qui n'avoient osé ne s'y pas trouver, mais pas un, excepté Monsieur de Reims, ne l'ayant vu, ni lui ayant fait aucun compliment. Il prêta serment précisément en tout comme les pairs, et prit sa place entre M. le prince de Conti et Monsieur de Reims. Le premier président lui ôta son bonnet moins qu'aux princes du sang, et le nomma par son nom de pairie comme les autres pairs, et ne nomme point les princes du sang. Il entra et sortit par le même chemin des pairs clans le parquet, et ne le traversa point comme font les princes du sang. Le tout fut pour tous les bâtards revêtus de pairie comme pour lui, et il eut après un huissier devant lui jusqu'à son carrosse, toutes les fois qu'il venoit au Parlement : les princes du sang en ont deux, et les pairs n'en ont qu'un, et le jour de leur réception seulement ; mais, en sortant de séance, ils vont en rang jusqu'au delà de la grande salle, et ont alors un huissier qui marche jusque-là devant eux ; mais, s'il en sort un séparément, il n'en a point. Les pairs ont toujours été reçus à la grande audience aux hauts sièges, leur avocat plaidant et l'avocat général plaidant après et concluant ; là le premier président va, le bonnet à la main, le long des bancs, demander les avis, et cette forme a constamment duré jusqu'à la mort de Louis XIII. Quelque temps après, M. de Monaco, qui s'étoit donné à la France en 1642, qui en avoit été fait duc et pair et reçu chevalier du Saint-Esprit par Louis XIII, devant Perpignan, vint à Paris pour se faire recevoir duc et pair. C'est le premier qui ait jamais été reçu aux bas sièges. Le Parlement, profitant des troubles d'une minorité qui lui attiroit de grands ménagements, en profita pour recevoir les pairs aux bas sièges, comme il y reçoit les officiers du Parlement. Là le premier président demande les avis en nommant de sa place, et ne se découvre que pour les présidents à mortier de magistrats. Le même

1. Il semble que le secrétaire de Saint-Simon avait écrit -.parlé, ce qui n'a pal df sens, et qu'un lecteur a fait ensuite la correction. Les éditeurs du Journal de Dangeau ont imprimé : parlé.

esprit qui lui avoit fait entreprendre de changer la réception des pairs de l'audience au rapport et des hauts sièges aux bas, lui fit hasarder de traiter les pairs comme les conseillers, sur le bonnet, et de se fortifier des princes du sang par cette différence qu'ils mirent entre eux et les princes du sang, à qui le bonnet continua d'être ôté. Tout cela passa par une introduction graduelle, habile, choisie et suivie, et s'établit enfin, et donna lieu à d'autres entreprises subtilement et peu à peu inventées, usitées, puis établies de fait, comme le changement de la réception. Ce fut de la sorte que les présidents à mortier avoient usurpé d'opiner aux lits de justice avant les pairs; de là, ils vinrent à opiner avant les princes du sang, enfin avant Monsieur, et avant même la reine régente, et ces abus durèrent jusqu'en..., que le Roi, ayant mis les pairs et les présidents à mortier contradictoirement et vu leurs mémoires imprimés, jugea solennellement en faveur des pairs, ce qui s'est toujours depuis exécuté. La mortification fut telle pour le Parlement, que le Roi ne voulut pas que le bonnet et les autres moindres nouveautés que celles-là fussent alors agitées, faisant espérer de les décider dans les suites. Comme le bonnet étoit d'autant plus étrange que le chancelier l'ôte aux pairs, au Conseil et au Parlement, quand il s'y trouve, cette question se remit en mouvement quelques années après» Dans ces temps-là, M. d'Uzès ayant répondu couvert à une réception, le Roi en prit prétexte de ne vouloir pas juger sur ce que les pairs avoient entrepris de se faire justice à eux-mêmes. Monsieur le Prince, qui étoit bien aise de se conserver cet avantage sur les pairs et de faire sa cour au Parlement, qu'il cultivoit fort pour ses affaires, y contribua sourdement tant qu'il put; et à la fin l'intérêt des bâtards mit un entier obstacle à finir l'indécence de cette nouveauté.

M. de Rohan n'avoit pas imaginé jusqu'alors la chimère de la première érection de Rohan, et n'y a pas songé depuis. Il étoit même alors, et fut toujours un des plus vifs opposants contre M. de Luxembourg, sur une chimère semblable.

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