Leduc de Chaulnes forcé d'échanger la Bretagne
contre la Guyenne.
(Page 254.)
12 mars 1695. — Le Roi, tout occupé de la grandeur de ses eufants naturels etde leur grandeur durable, voulut joindre en M. le comte de Toulouse l'utile de l'amirauté de Bretagne à celui de l'amirauté de France, et mettre cette importante presqu'île entre ses mains, à qui il avoit remis sa marine. M. de Chaulnes, qui vivoit en roi en Bretagne
qui y répandoit en libéralités et en magnificence1 tout ce qu'il tiroit de cette amirauté, qui étoit adoré en Bretagne, et qui en éloit considéré, aimé, respecté comme le père de la province en général, et de chaque particulier en détail, aimoit de même les Bretons, et y avoit attaché son cœur. Ses services, l'éclat de ses ambassades, la dignité de sa vie et de sa conduite, ne permettoient pas au Roi de lui arracher un gouvernement si précieux à tant de titres. Il étoit cousin germain du feu duc de Luynes, père de M. de Chevreuse, fils des deux frères2, dont il avoit fait le second fils qui naîtroit de son mariage avec la fille aînée de M. Colbert son héritier, s'il ne laissoit point d'enfants, par le contrat de mariage de M. de Chevreuse. Celui-ci étoit ruiné par le nombre d'enfants du second lit de son père, et par des entreprises de canaux et d'autres choses qui avoient mal tourné. Lui et sa femme étoient dans la grande faveur; ainsi le Roi espéra que M. de Chaulnes sacrifîeroit volontiers la Bretagne par l'avantage de laisser après lui M. de Chevreuse revêtu du gouvernement de Guyenne, de cent dix mille livres de rente, et cependant3 défaire par là ce qu'il desiroit pour M. le comte de Toulouse, en donnant une telle expectative à un homme qu'il aimoit. Le plus simple eût été de laisser mourir M. de Chaulnes, qui étoit vieux, et de donner après la Bretagne et la Guyenne comme il en vouloit disposer; mais ils'étoit engagé à Monsieur, au mariage de M. de Chartres, de lui donner le premier gouvernement général qui vaqueroit. Monsieur avoit eu patience sur la Flandre, parce que ce pays étoit trop absolument frontière ; mais la Bretagne ni la Guyenne n'avoient pas la même exception, et, en faisant ce troc à condition de survivance, ce n'étoit plus vacance, et Monsieur n'avoit pas4 à se plaindre ni à prétendre. C'est tout cela ensemble qui décida cette grande affaire. Monsieur en fut outré, fit au Roi des reproches amers, et sur le compte de son fils, et sur le danger politique de donner la Bretagne à un amiral. Le Roi se laissa gronder, fut doux, essuya des bouderies, et les termina par de l'argent pour Saint-Cloud, dont les favoris eurent leur part et remirent Monsieur de bonne humeur. Pour M. de Chaulnes, il obéit, ne cacha point sa douleur, c'est peu dire, mais son désespoir, que celui des Bretons, qui fut sans mesure, ne fit qu'accroître en lui faisant sentir plus que jamais combien il y étoit aimé. M. de Chevreuse eut beau protester qu'il n'y avoit eu aucune part, et qu'il n'en avoit pas même eu le secret : son oncle et sa tante ne le lui pardonnèrent jamais. M. de Chaulnes ne fit que languir depuis, et mourut bientôt après de regret, et sa femme d'affliction de l'avoir perdu, incontinent après, sans avoir eu d'enfants.
1. Et en magnificence est en interligne, et avait été d'abord écrit après celle amirauté.
2. Ce membre incident elliptique est comme entre parenthèses : « {Luynes et Chevreuse étant fils des deux frères) » , et le dont qui suit dépend de « M. de Chevreuse ».
3. Cependant est en interligne. — 4. Point a été corrigé en pas.
112. Monsieur manque le Gouvernement de Guyenne pour son fils. (Page 259.)
7 janvier 1689. — Monsieur étoit incommodé d'indigestion du gouvernement de Guyenne, qu'il avoit fort demandé pour M. son fils, et du dépit de la préférence que le Roi a donnée, avec une visite et de l'argent, pour jouer et jeter. Apaisé par la visite du Roi et son argent*.