Dans le manuscrit, que
étoit, il s'acquit le respect universel et beaucoup d'amis, et qu'on avoit la considération pour lui, dans une cour jeune et galante, de se contenir en sa présence, quoique mêlé avec tout le monde. Sa probité, sa droiture, sa bonté, son honnêteté, son attachement à ses devoirs, sa solide piété, suppléèrent à l'esprit, qui, avec beaucoup de bon sens et un grand usage du monde, étoit médiocre; et ses excellents choix pour son diocèse, à sa science, qui étoit à peu près nulle. Son aventure du nyeticorax in domicilio l a été trop sue pour l'oublier. Le Roi, qui avoit ouï chanter le psaume où est ce passage, et dont le mot un peu barbare l'avoit frappé, ne savoit point de latin, et en demanda l'explication à Monsieur d'Orléans, à son dîner. Il rêva un peu, puis lui dit que c'étoit le nom propre d'un roi d'Israël qui vivoit fort en solitude : chacun baissa les yeux, et on se contint, tant la vertu a quelquefois de force; mais on ne laissa pas d'en rire, et le Roi n'en sut pas davantage. Il étoit souvent en dispute avec Monsieur d'Orléans sur sa résidence, et le prélat tenoit ordinairement bon contre le Roi à résider au moins six mois, et, tant qu'il pouvoit, sept ou huit, vivant en évêque en tout appliqué à son diocèse, et y distribuant des aumônes prodigieuses. A la cour, il y étoit noblement, avec une table honnête et bonne, mais qui senloit l'épiscopat, et toujours la meilleure compagnie, mais point de jeu ni de femmes. Il empêcha à Orléans les dragons de faire les convertisseurs, lorsqu'on en inonda les provinces pour tourmenter les huguenots et les faire par force catholiques. Il se chargea de tout auprès du Roi, paya leur subsistance, hommes, chevaux, logements, et tout, et obtint de les faire sortir de son diocèse. Avec cette conduite, il le gagna presque tout entier à se convertir, et y étoit le père de tout son peuple, qui n'en parle encore que les larmes aux yeux. Le Roi avoit de l'amitié et de la vénération pour lui, et ne fut pas insensible d'être servi par un premier aumônier cardinal, ce qui ne s'étoit pas vu encore ; et tout cela ensemble lui en procura la nomination sans qu'il l'eût demandée.
131 et 132. Réforme de la Trappe et démission de M. de Rancé.
5 juillet 1695. — Monsieur de la Trappe est si célèbre, qu'il suffit de remarquer ici que la Trappe étoit une abbaye commendataire qu'il possédoit depuis son enfance, et qu'il choisit pour sa retraite, comme la plus petite qu'il eût, la plus déréglée, et dans la situation la plus désagréable. Il en obtint une nomination nouvelle en règle, et de nouvelles bulles, quand il se fit religieux et qu'il la réforma. Après lui, elle devoit retourner en commende, ce qui auroit fort altéré son trèsmodique revenu de onze mille livres de rente, abbé et religieux, en tout et pour tout, et ruiné de plus la régularité : c'est ce qui le détermina