‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 37 sur 351 · Après emporter, il y a et, biffé · texte numérisé non relu

Après emporter, il y a et, biffé

5. Aujourd'hui Montmorency ; bourg et château sur la Voire, canton de Chavanges, département de l'Aube.

6. L'érection de Beaufort en duché était du mois de mai 1688; en octobre 1689, le Roi, ayant donné le nom d'Enghien à l'ancien duché de Montmorency, près de Paris, qui était passé aux Condés, permit de transporter le nom de Montmorency sur ce duché de Beaufort, qui avait été créé une première fois, en 1597, au profit de César de Vendôme.

7. Nous ponctuons comme Saint-Simon, tout en nous demandant si le sens ne serait pas plus net avec un point après anciens et une virgule après bon.

général des finances et secrétaire d'Etat, par laquelle il lui mandoit que le Roi, surpris des bruits qui s'étoient répandus dans le Parlement qu'il favorisoit la cause de M. de Luxembourg, vouloit que la Compagnie sût par lui et s'assurât entièrement que Sa Majesté étoit parfaitement neutre, et la demeureroit, entre les parties, dans tout le cours de l'affaire1.

Lors du mariage de M. de Luxembourg, et qu'il l'entreprit pour se faire un chausse-pied à une érection nouvelle, Monsieur le Prince avoit obtenu des lettres patentes de renvoi au Parlement. M. Talon2, lors avocat général d'une grande réputation, y parla avec grande éloquence et une grande capacité3, et, après avoir traité la question à fond, avec toutes les raisons de part et d'autre, avoit con-

1. Cette lettre se trouve dans les papiers du premier président de Harlay (Bibl. nat., ms. Fr. 17 430, fol. 2); elle est datée du 18 janvier 1694, et ainsi conçue : « Le Roi ne veut entrer par aucun endroit, Monsieur, dans les contestations qui peuvent être entre M. de Luxembourg et les autres ducs et pairs. Sa Majesté s'en repose entièrement sur la probité et la capacité des juges, auxquels elle laisse la plus entière liberté de suffrages, comme aux parties la plus entière liberté de contester. C'est ce qu'elle m'a ordonné de vous mander.... »

2. Denis Talon, né en 1628, mort le 1er mars 1698. D'abord avocat du Roi au Châtelet, il avait succédé, en 1652, à son père, Orner Talon, dans la cbarge d'avocat général au parlement de Paris, s'y était fait remarquer comme l'un des défenseurs de l'Église gallicane, et avait eu, en novembre 1690, une des nouvelles charges de président a mortier. Le père de Saint-Simon était très-lié avec ces magistrats.

3. Un contemporain de cet avocat général, l'abbé Louis le Gendre, secrétaire de Mgr de Harlay, dont les mémoires ont été publiés par M. Roux, en 1863, reconnaît à Denis Talon, comme à son père et prédécesseur (auteur de mémoires publiés dès 1732), autant de probité et de crédit que de science et de bon esprit ; mais il refuse au fils « les grâces et l'éloquence de l'orateur, » et lui reproche « de se guinder dans le soleil ou dans la lune, et de se promener assez longtemps dans le zodiaque avant de descendre au sujet qu'il vouloit traiter. » (Mémoires de Vabbé le Gendre, p. 31.) Toutefois Dangcau (Journal, tome VI, p. 302) dit qu'il « avoit eu beaucoup de réputation pour l'éloquence. » On a publié, en 1821, six volumes d' Œuvres d'Orner et de Denis Talon.

clu en plein contre M. de Luxembourg1. Ce fut aussi où il arrêta son affaire, eut son érection nouvelle, et attendit sa belle2. Il crut l'avoir trouvée quelques années après. Novion3, premier président, étoit Potier comme le duc de Gesvres : l'intérêt de son cousin, qu'on a vu dans la généalogie ci-dessus, l'avoit mis dans celui de M. de Luxembourg ; ils crurent pouvoir profiter de l'état, prêt à être jugé, où le procès en étoit demeuré, et résolurent de l'étrangler4 à l'improviste; et peut-être en seroient-ils venus à bout, sans le plus grand hasard du monde. A une audience ouvrante de sept heures du matin5, desti-

1. Ces conclusions sont imprimées dans le recueil à' Œuvres d'Orner et de Denis Talon, tome V, p. 464-511. C'est moins un morceau d'éloquence qu'une longue discussion historique et surtout juridique sur les variations diverses des prérogatives de la pairie. Le plaidoyer se termine en ces termes : « Quant à MM. les ducs et pairs, ils ne peuvent agir nomine collectivo. En particulier, ils ne peuvent s'opposer à la réception du sieur de Bouteville. Pour le rang et la préséance, il faut auparavant que celui auquel on les dispute ait la séance; autrement, on combattroit avec des armes inégales. Telle est d'ailleurs l'intention du Roi, lequel assurément ne veut faire préjudice ni aux droits, ni aux intérêts des parties, mais bien faire subsister la grâce qu'il a accordée. »

2. M. Littré ne cite de cet emploi elliptique de belle que notre exemple de Saint-Simon. « Attendre sa belle, prendre sa belle, » c'est attendre, prendre une occasion favorable. L'Académie ne donne que la seconde locution, et à partir de sa quatrième édition seulement (1762); dans ses dernières, elle ajoute, au même sens: « l'avoir beau, l'avoir belle. »

3. Nicolas Potier de Novion, fils d'un président au Parlement, fut conseiller à cette cour en 1637, président en 1645, secrétaire des ordres du Roi en 1656, et enfin premier président de 1678 à 1689. 11 avait été élu membre de l'Académie française en 1681. Il mourut au château de Grignon,le 1er septembre 1693, âgé de soixante-quinze ans. Il avait pour bisaïeul Jacques Potier de Blancmesnil, mort en 1555 (cidessus, p. 28, note 2), lequel était aïeul du duc de Gesvres.

4. « Sur la fin d'un parlement, les juges étranglent les affaires, les jugent à la hâte, ne les examinent qu'à demi. » (Furetièrc.)

5. Certaines séances étaient encore plus matinales : Olivier d'Ormesson {Journal, tome II, p. 257) en cite une qui ouvrit entre trois et quatre heures, pour faciliter une installation menacée d'opposition. I) ordinaire, on n'entrait qu'à huit heures, mais le premier président

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née à rendre une sommaire justice au peuple, aux artisans et aux petites affaires qui n'ont qu'un mot, l'intendant de mon père1 et celui de M. de la Rochefoucauld2, qui se trouvèrent là sans penser à rien moins qu'à ce procès de préséance, en entendirent appeler la cause, et tout aussitôt un avocat parler pour M. de Luxembourg. Ils s'écrièrent, s'opposèrent, représentèrent l'excès d'une telle surprise, et en arrêtèrent si bien le coup que, manqué par là, et les mesures rompues par ce singulier contre-temps, M. de Luxembourg demeura court et laissa de nouveau dormir son affaire jusqu'au temps dont il s'agit ici 3.

Ce M. de Novion fut surpris en quantité d'iniquités Novion, prenantes, et souvent à prononcer à l'audience à l'étonné- mier président. ment des deux côtés4; chacun crojoit que l'autre avoit fait l'arrêt, et ne le pouvoit comprendre : tant qu'à la fin ils5 se parlèrent au sortir de l'audience, et découvrirent que ces arrêts étoient du seul premier président. Il en fit tant que le Roi résolut enfin de le chasser6. Novion tint ferme,

pouvait mettre l'audience à sept heures, en prévenant les procureurs.

1. Peut-être le même Jacques de Tessé dont la faillite et la fuite ont été racontées presque au début des Mémoires, tome I, p. 33.

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