Le a été substitué à la
3. André III Potier de Novion, marquis de Grignon, conseiller au Parlement en 16£fe, maître des requêtes en 1686, pourvu de la charge de président de M. de Ooissy, en septembre 1689. Sous le règne sui-
fils * étoit mort de bonne heure, et il prit enfin son parti de se retirer. Harlay, procureur général , lui succéda , et la Briffe2, simple maître des requêtes, mais d'une brillante réputation3, passa à l'importante charge de procureur général.
Harlay étoit fils d'un autre procureur général4 du Par- Harlay, premier lement et d'une Bellièvre5, duquel le grand-père fut ce fa- président. meux Achille de Harlay6, premier président du Parlement
vant, il fut premier président du Parlement du mois de décembre 1723 au mois de septembre 1724, eut la charge de commandeur-greffier des ordres, et mourut à Grignon, le 22 septembre 1731, âgé de soixantedouze ans.
4. André II Potier de Novion, conseiller au Parlement en 1657, avocat général au Grand Conseil en 1664, maître des requêtes en 1663 et président au Parlement en survivance de son père ; mort le 24 janvier 1677.
2. Pierre-Arnaud de la Briffe, fils d'un trésorier de France, avait été conseiller au Châtelet, puis conseiller au Parlement en 1674, maître des requêtes en 1676, et président au Grand Conseil en 1683. En 1686, ayant perdu sa femme, qui était fille du premier président de Novion, il accepta l'intendance de Rouen et y servit pendant quatre mois, puis fil les fonctions de procureur général aux Grands Jours de Poitiers (1688), et eut enfin, le 20 septembre 1689, la succession de M. de Harlay. Il fut reçu le 22 novembre suivant, et mourut en son marquisat de Ferrièrcs, le 19 septembre 1700, à cinquante et un ans.
3. La Fontaine écrivait, en novembre 1689, au prince de Conti :
La Briffe est chargé des affaires Du public et du souverain.
Au gré de tous il sut enfin Débrouiller ce chaos de dettes Qu'un inaudit compteur avoit faites.
Ce n'est pas là le seul essai Qui le rend successeur d'IIarlay.
C'est là une allusion à l'affaire du trésorier des États de Bretagne Harouys, dont la poursuite avait été confiée en 1688 à M. de la Briffe.
4. Achille II de Harlay, procureur général en 4664, mort le 7 juin 1674.
5. Jeanne-Marie de Bellièvre, mariée en août 1638, et morte le 11 février 1657.
6. Achille I« de Harlay, né en 1536, mort en 1616. Conseiller au Parlementa vingt-deux ans, puis président à mortier, il hérita de la première présidence en 1582. On connaît sa belle conduite pendant la Ligue.
après ce "célèbre Christophle de Thou1, son beau-père, lequel étoit père de ce fameux historien2. Issu de ces grands magistrats, Harlay en eut toute la gravité, qu'il outra en cynique, en aiïecta le désintéressement et la modestie, qu'il déshonora, l'une par sa conduite, l'autre par un orgueil raffiné, mais extrême, et qui, malgré lui, sautoit aux yeux. 11 se piqua surtout de probité et de justice, dont le masque tomba bientôt. Entre Pierre et Jacques il conservoit la plus exacte droiture ; mais, dès qu'il apercevoit un intérêt ou une faveur à ménager, tout aussitôt il étoit vendu. La suite de ces Mémoires3 en pourra fournir des exemples ; en attendant, ce procès-ci le manifesta à découvert.
Il étoit savant en droit public, il possédoit fort le fond des diverses jurisprudences, il égaloit les plus versés aux belles-lettres, il connoissoit bien l'histoire*, et savoit surtout gouverner sa compagnie avec une autorité qui ne souffroit point de réplique, et que nul autre premier président n'atteignit jamais avant lui. Une austérité pharisaïque le rendoit redoutable par la licence qu'il donnoit à ses répréhensions publiques, et aux parties, et aux avocats, et aux magistrats, en sorte qu'il n'y avoit personne qui ne tremblât d'avoir affaire à lui. D'ailleurs soutenu en tout
1 . Christophe de Thou fut premier président du parlement de Paris en 1562, et mourut le 1er novembre 1582, non moins renommé pour sa science que pour son équité et sa vertu. — Saint-Simon écrit ici, selon l'ancien usage : Ghristophle; ailleurs (ainsi plus haut, p. 24), Christophe.
2. Jacques-Auguste de Thou, né en 1553, mort en 1617. Il fut magistrat, diplomate, administrateur, poëte, et écrivit en latin une Histoire des choses arrivées de S07i temps (1545-1607) qu'on a pu comparer aux œuvres de l'antiquité classique.
3. Saint-Simon reviendra, en effet, à plusieurs reprises, sur le premier président, notamment en 1707, à l'occasion de sa démission (tome V, p. 165-171); comme il reprendra plus amplement son portrait à cet endroit, c'est là que se placera notre commentaire.
4. Il avait formé une riche collection de correspondances et de manuscrits historiques, ope la Révolution a fait passer de l'abbaye Saint- Germain-des-Prés à la Bibliothèque nationale.
par la cour, dont il étoit l'esclave, et le très-humble serviteur de ce qui y étoit en vraie faveur, fin courtisan et1 singulièrement rusé politique, tous ces talents, il les tournoit uniquement à son ambition de dominer et de parvenir, et de se faire une réputation de grand homme; d'ailleurs sans honneur effectif, sans mœurs dans le secret, sans probité qu'extérieure, sans humanité, même en un mot un hypocrite parfait, sans foi, sans loi, sans Dieu et sans âme, cruel mari, père barbare, frère tyran, ami uniquement de soi-même, méchant par nature, se plaisant à insulter, à outrager, à accabler, et n'en ayant de sa vie perdu une occasion. On feroit un volume de ses traits2, et tous d'autant plus perçants qu'il avoit infiniment d'esprit, l'esprit naturellement porté à cela, et toujours maître de soi pour ne rien hasarder dont il pût avoir à se repentir. Pour l'extérieur, un petit homme vigoureux et maigre, un visage en losange, un3 nez grand et aquilin, des yeux beaux, parlants, perçants, qui ne regardoient qu'à la dérobée, mais qui, fixés sur un client ou sur un magistrat, étoient pour le faire rentrer en terre; un habit peu ample, un rabat presque d'ecclésiastique et des manchettes plates comme eux, une perruque fort brune et fort mêlée de blanc, touffue, mais courte, avec une grande calotte pardessus*. Il se tenoit et marchoit un peu courbé, avec un faux air plus humble que modeste, et rasoit toujours les murailles pour se faire faire place avec plus de bruit, et n'avancer qu'à force de révérences respectueuses et comme honteuses à droit et à gauche, à Versailles/]
Il y tenoit au Roi et à Mme de Maintenon par 1 endroit iiarlay autour sensible, et c'étoit lui qui, consulté sur la légitimation de la légiti"