‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 43 sur 351 · Escrivit a été biffé, puis récrit en interligne · texte numérisé non relu

Escrivit a été biffé, puis récrit en interligne

6. Jean Racine, né à la Ferté-Milon et baptisé le 22 décembre 1639, mort le 21 avril 1699. Il était trésorier de France au bureau des finances de Moulins, gentilhomme ordinaire du Roi, et appartenait à l'Académie française depuis 1673.

7. C'est en 1677 que Racine avait été chargé, avec Boileau, de remplacer Pellisson dans les fonctions d'historiographe du Roi. Voyez la notice biographique, par M. Paul Mesnard, dans le tome I des Œuvres de J. Racine, édition de la collection des Grands écrivains, p. 98-105.

8. M. Mesnard a fait une notice sur les Factums pour le maréchal de Luxembourg, dans le tome V des Œuvres de J. Racine, p. 365-394.

Il avoit été attaché à If. de Seignelay, étoit ami intime de Cavoye \ et tous deux l'avoient été de M. de Luxembourg, et Cavoye l'étoit encore*. En un mot, les dames, les jeunes gens, tout le bel air de la coin- cl de la ville étoit pour lui, et personne parmi nous à pouvoir contrebalancer ce grand air du monde, ni môme y faire aucun partage. Que si on ajoute le soin, de longue main pris, de captiver les principaux du Parlement et toute la grand'chambre3 par parents, amis, maîtresses, confesseurs, valets, promesses, services, il se trouvera qu'avec un premier président tel que Harlay à la tête de ce parti, nous avions affaire à incomparablement plus forts que nous. Un inconvénient encore, qui n'étoit pas médiocre, fut la lutte d'une communauté de gens en même intérêt contre un seul qui conduisoit le sien avec indépendance, et qui n'avoit besoin d'aucun concert. Le nôtre subsista pourtant

1. Louis d'Oger, chevalier, puis marquis de Cavoye, était grand maréchal des logis de la maison du Roi depuis le 1er février 1677, et avait fait aussi les fonctions d'aide de camp. Il mourut le 3 février 1716, âgé de soixante-seize ans environ. Voyez son éloge dans le Moréri, et son article dans le Dictionnaire critique de Jal, qui a le tort de vouloir placer sa mort en 1715. Son intimité avec Racine était bien connue; on rapportait ce mot de Louis XIV : « Cavoye avec Racine se croit bel esprit; Racine avec Cavoye se croit courtisan. » (Œuvres de J . Racine, tome I, p. 278 et 291, et tome VII, p. 13, note 5; comparez les Mémoires de Choisy, p. 558.)

2. C'est lui qui avait conseillé à M. de Luxembourg, en 1680, d'aller se constituer prisonnier sans attendre l'ordre du Roi.

3. Jusqu'en 1700, la grand'chambre du parlement de Paris se composa du premier président, de neuf présidents à mortier, des conseillers d'honneur et honoraires, de dix-huit conseillers laïcs, de douze conseillers clercs, et des gens du Roi. Les conseillers y montaient à l'ancienneté. Les princes du sang, à partir de quinze ans, les pairs de France, à partir de vingt-cinq, y avaient aussi séance et voix délibérative, ainsi que le chancelier de France, le garde des sceaux et quatre maîtres des requêtes. Nous avons déjà dit, toniel, p. 222, ce que c'était que la grand'chambre ; parmi ses attributions, elle avait le jugement en première instance des causes des pairs pour ce qui regardait leurs pairies, comme conséquence naturelle de ce qu'elle recevait leur serment d'installation.

[1693] DE SAINT-SIMON. Gl

fort au-dessus de ce qui se pouvoit attendre d'une si grande diversité d'esprits et d'humeurs, dans une parité de dignité et d'intérêt. M. de Bouillon, avec la chimère de l'ancien rang d'ancienneté d'Albret et de Château-Thierry1, imita le duc de Chevreuse, et dès le premier commencement de l'affaire ; mais celui-ci se contenta de n'y prendre aucune part. Telle étoit notre situation, lorsque M. de Luxembourg l'entama2.

Le premier pas fut de faire donner des conclusions au La Briffe, proprocureur général. La Briffe, maître des requêtes si bril- cureur gênerai. lant, se trouvoit accablé du poids de cette grande charge, et n'y fut pas longtemps sans perdre la réputation qui l'y avoit placé. Accoutumé à être l'aigle du Conseil, Harlay en prit jalousie, et prit à tâche de le contrecarrer ; l'autre, plein de ce qui l'avoit si rapidement porté, voulut lutter d'égal, et ne tarda pas à s'en repentir. Il tomba dans mille panneaux que l'autre lui tendoit tous les jours, et dont il le relevoit avec un air de supériorité qui désarçonna l'autre. Il sentit son foibleà l'égard du3 premier président en tout genre ; il se lassa des camouflets 4 que l'autre ne lui épargnoit point, et peu à peu il devint soumis et ram-

1. Ces duchés, donnés à la maison de Bouillon en échange de la principauté de Sedan, dataient de 1556 et 1566. Voyez tome V, p. 99-100.

2. Il y avait eu déjà un commencement de procédure en 1689. Le maréchal avait demandé l'enregistrement de la déclaration du 16 avril 1676, en concluant à ce que le Parlement lui donnât rang et séance des 19 septembre 1576 et 30 décembre 1581. Voyez l'« Inventaire servant d'avertissement » envoyé par le duc de Luxembourg, selon ses requête et exploits des 20 janvier, 14 et 17 février 1689 (Bibl. nat., recueil Thoisy, vol. XXIII, fol. 364-375, 390-398, et ms. Fr. 22 718, fol. 203-226). C'est sans doute de cette phase de l'affaire que Saint-Simon a parlé ci-dessus, p. 50-51. Les douze ducs attaqués, parmi lesquels était Claude de Saint-Simon, firent opposition; de formalité en formalité, on arriva au 19 mars 1692, jour où les parties furent appointées en droit, et ce nouvel appointement joint à celui de 1662.

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