‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 74 sur 351 · Hélène de Nogaret de la Valette · texte numérisé non relu

Hélène de Nogaret de la Valette

9. Ce marquis de Rouillac fut conseiller d'État, vice-amiral, ambassadeur extraordinaire, etc. Il se distingua particulièrement en Suède, revint prendre part à toutes les guerres du règne de Louis XIII, et fut désigné sous la régence suivante pour avoir l'Ordre, mais mourut sans l'avoir reçu, le 19 mai 1662, étant âgé de soixante-dix-huit ans. Voyez

terre d'Épernon1. Il mourut en 1662, et laissa un fils2, né

en 1631, qui porta le nom de marquis de Rouillac, mais [Add.S'-S. 76\

qui fut plus connu sous le nom de faux duc d'Epernon,

parce qu'il en prit le titre après la mort de son père, qu'il

se faisoit donner par ses amis et par ses valets3. G'étoit un

homme violent, extraordinaire1, grand plaideur, et qui eut

des aventures de procès fort désagréables. Il se piqua

d'une grande connoissance de l'histoire et fît imprimer

son historiette dans Tallemant des Réaux, tome VI, p. 443, sa généalogie dans le P. Anselme, tome II, p. 170 et suivantes, et sa production de noblesse pour l'ordre dans le ms. Clairambault 1182, fol. 280. Cette maison devait son illustration au pape Clément V (Bertrand de Goth), mort en 1314.

1. Cette terre, située dans le Mantois, à vingt-sept kilomètres de Chartres et soixante et un de Paris, avait appartenu aux comtes d'Évreux, puis à Henri, roi de Navarre, qui l'avait vendue à Jean-Louis de Nogaret avant d'arriver au trône de France. On voit encore à Épernon les restes d'un château du onzième siècle.

2. Jean-Baptiste-Gaston, celui que Tallemant appelle le marquis Alaric, né le 30 octobre 1631, mort en juin 1690. Il eut le grade de maréchal de camp et les charges de grand sénéchal et lieutenant du Roi en Guyenne.

3. Selon Y Histoire généalogique du P. Anselme (tome II, p. 182-183), que Saint-Simon suit toujours de très-près, le père de ce marquis de Rouillac avait prétendu « devoir succéder au duché en vertu de la clause à' ayants cause, qui étoit dans les lettres d'érection. »> A son tour, le fils « voulut faire revivre en sa personne les droits et prérogatives du duché-pairie d'Épernon ; mais cette tentative fut inutile. >» Voyez son factum contre les ducs et pairs, dans le recueil de la Pairie, Archives nationales, KK 596, p. 86-99. Quand il perdit, en 1685, sa fille aînée, on prétendait qu'elle eût pu faire son mari duc et que le Parlement était favorable à cette prétention (Journal de Dangeau, tome I, p. 149); cependant il subit en 1686, devant ce même parlement, une humiliation dont les Mémoires du marquis de Sourches (tome II, p. 143) donnent le détail.

4. Comme ce mot se termine par une abréviation, on peut hésiter entre extraordinaire et extraordinairement ; cependant extraordinaire est plus probable, car l'Addition sur ce personnage commence ainsi : « M. de Rouillac était un homme fort extraordinaire, avec de l'esprit, etc. » Quant à la ponctuation, il n'y a pas de virgule devant grand plaideur, mais il n'y en a pas non plus après violent.

un ouvrage de la Véritable origine delà dernière race de nos rois, qui trouva1 des critiques et des savants qui la ré- [Add. S'-s. 77] futèrent*. Il n'eut jamais aucuns honneurs, ni ne put obtenir permission de porter ses prétentions en jugement. Il ne laissa qu'une seule fille3, et point de fils, et fut le dernier de sa branche. Cette fille4 se trouva avoir ' infiniment d'esprit, de savoir et de vertu ; elle se fit beaucoup d'amis et d'amies, et entre autres Mademoiselle, fille de Gaston, qui obtint du Roi de fermer les yeux à ce qu'elle se fit appeler Madame, comme duchesse d'Épernon, sans pourtant en avoir ni rang, ni honneurs, ni permission de faire juger sa prétention6.

Ce procès de M. de Luxembourg la réveilla. Le cardinal d'Estrées7 étoit fort bien auprès du Roi, et toute sa mai-

L Qui trouva a été écrit, par mégarde, deux fois, et biffé la seconde.

2. « Il a donné au public, dit le P. Anselme, un ouvrage sous ce titre : la Véritable origine de la dernière race de nos rois, qui fut achevé d'imprimer à Paris le 15 novembre 1679, par les soins de Jean le Royer de Prade. Le P. Adrien Jourdan, jésuite, fit paroître en 1683 une critique du sentiment du duc d'Épernon, et Gilles Ménage réfuta quelques endroits de cet ouvrage dans le chapitre ix de son Histoire de Sablé, p. 56, etc., en 1686. » (Histoire généalogique, tome II, p. 183.) Le titre exact du livre est : Histoire de la véritable origine de la troisième race des rois de France, composée par M. le duc d'Épernon, et publiée par de Prade. L'auteur ne se fondait que sur les extravagances de certains écrivains tels que Chifflet, et sur des titres faux, pour prouver, contrairement aux premiers travaux du P. Anselme, que Hugues-Capet descendait des Mérovingiens. Voyez le recueil des Auteurs du P. Léonard (Arch. nat., M 758, 4e volume), et un mémoire publié par M. Tamizey de Larroque, dans le Cabinet historique, janvier 1877, p. 16-20.

3. Il avait perdu une première fille, morte le 2 avril 168a, à seize ans.

4. Elisabeth-Régine de Goth, marquise de Rouillac, dite d'Épernon. Voyez un mémoire manuscrit sur ses droits à la duché-pairie d'Épernon, dans le recueil Thoisy, in-folio, vol. XXIII, fol. 227 et suivants.

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