SG MÉMOIRES
pour s'occuper exclusivement de son estomac et de celui des autres.
Il nourrissait un acteur, mais avec l'intention bien évidente de l'assassiner à coup de dîners.
En effet, il eut, en quelques années , deux invités tués à sa table.
À la mort du premier, quelqu'un vint lui annoncer cette victoire.
— Comment, fit M. B... avec sa petite voix, il est mort?
— Mon Dieu, oui ! Mort cette nuit d'une indigestion.
— Quel ingrat! s'exclama M. B..., il meurt aujourd'hui, et je lui ai acheté un chapeau neuf avant-hier !
Un mangeur non moins célèbre fut le nommé Thomas l'Ours, également abonné duditcafé.
Thomas l'Ours n'avait aucune fortune ; sa seule
ressource consistait dans son ventre à accordéon.
A force de dévorer,, il s'était confectionné un ventre étrange, ventre qui défiait toutes les probabilités médicales.
Il en pressait i'épiderme dans sa main et l'allongeait comme une bretelle élastique.
Pour qu'il se livrât à cette expérience, il suffisait de lui offrir à dîner.
Mais malheur à celui que sa curiosité poussait à faire cette dépense !
Thomas TOurs mangeait comme douze hommes.
Jamais ogre n'engloutit ce qu'il a'vait la faculté d'ingurgiter sans être malade.
Un jour, deux habitués du café du Cirque, projetèrent déjouer un dîner pour Thomas l'Ours.
Deux louis y furent consacrés.
Quand ils vinrent le trouver pour lui annoncer qu'ils avaient quarante francs à lui faire manger, il hocha la tête.
— C'est bien peu, fit-il ; payez-moi seulement une légère collation, c'est tout ce que l'on peut faire avec cela.