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CHAPITRE DOUZIÈME

Retour à Paris. — Misère. — Une amie. — Un directeur fantaisiste. — Souvenirs de théâtre. — A la recherche du hasard.— Bernard Latte. — L'automne d'un viveur. — L'Alcazar. — Ce qu'il était autrefois. — Cinq francs par jour, — Le directeur Mayer. — La troupe. — Un musicien en carton. — Mes premiers débuts comme chanteuse. — Une romance sentimentale. — Histoire de mon mobilier et ma toilette. — • Du papier timbré partout. — Qui de cinq ôte sept... — Un huissier comme on n'en voit guère. — Des huissiers comme on en voit beaucoup. — - Départ pour Lyon.

Je revins donc à Paris.

Je ne vous parlerai pas de la joie que j'éprouvai en revoyant la grande ville.

Vous avez tous connu cette émotion.

Il suffit qu'un Parisien aille passer sa journée

à Meudon pour que son cœur palpite quand le train entre en gare à la barrière Montparnasse.

Après être descendu de wagon, je comptai mon argent.

Il me restait quatre francs.

J'étais sans domicile, sans ressources et sans espoir pour le lendemain.

Je courus au boulevard du Temple, où j'étais sûre de retrouver des amies.

L'une d'elles, G... , était engagée à un petit théâtre que je ne nommerai pas.

Cette excellente fille m'offrit l'hospitalité, que j'acceptai avec reconnaissance.

11 y avait juste trois mois que la petite G n'avait émargé sur les livres de son directeur.

Limpresario avait d'ailleurs pris l'habitude de payer ses comédiens le moins souvent possible.

Quand un acteur venait réclamer, le directeur répondait invariablement :

— Mon ami, je n'ai pas d'argent...

— Mais...

— Un peu de patience ! En attendant, j'augmente vos appointements.

C'est ainsi qu'un simple troisième comique était arrivé, d'augmentation en augmentation, au superbe chiffre de six mille francs d'appointements, inscrits sur le grand-livre du théâtre.

Mais un soir, l'acteur se fâche.

Quelques minutes avant le lever du rideau, il pénètre dans le cabinet du directeur, et dit :

— Monsieur, donnez-moi un à-compte ou je ne joue pas ce soir.

— Malheureux! s'écrie le directeur, vous voulez donc me ruiner?

— Cela m'est égal... je ne peux pas jouer... je n'ai pas encore dîné.

— Cher ami, dit le directeur, vous prenez de

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