CHAPITRE IX
Mariage de ma sœur. —-Ua réhabilitation. — Mon premier
cheval.
Une circonstance vint m'arracher enfin à cette vie de véritable bête brute, le mariage de ma sœnr
tS VIS l>'AiFIfillI.
Ittlia avec le comte Hyacinthe de GnmiaiiA* Il se fit le i^' mai 176& , et ce jour est resté graré dans ma mémoire , parce que j'allai arec tonte la noce ft dix milles de Turin , dans la magnifique villa de Cnmianâ, où je passai pins d^nn mois le pins joyeo-- Bement du monde : chose toute simple, je sortais'de prison, et je venais d'y passer tout Thiver. Mon beau-frére avait obtenu ma liberté , et je fus rétabli à des conditions plus équitables dans le droit inné des naturels du premier appartement de TAcadémie. C'est ainsi que je devins Tégal de mes camarades, grâce à plusieurs mois d'une captivité fort dure. A Toccasion de ce mariage, j'avais obtenu, en outre, qu'on me laissât la libre disposition de mon bien, et on ne pouvait désormais me le refbser légalement. J'en usai aussitôt pour acheter mon premier cheval , qui me suivit à la viUa de Cumiana. C'était un magnifique sdrde^ ayant la robe blanche , les formes élégantes et distinguées , surtout la tête, le col et le pCHtraiL Je l'aimais avec jfbreur, et je ne puis encore me le rappeler sans une très -vive émotion* lia passion pour ce cheyal en vint au point de troubler mon repos, et de m'ôter l'appétit et le sommeil, chaque fois qu'il avait la plus légère indisposition ; ce qui arrivait fort souvent, parce qu'il était plein d'ardeur et en même temps délicat. Ajoutez qu'une fois entre mes jambes, ma tendresse pour lui ne m'empêchait pas de le tourmenter , et même de le mal mener lorsqu'il ne voulait pas faire à ma fiintaisie. Je tnmvii Ue&tM dons la délioaieiBo de ce précieux
limiial na prétexte pour en totilràr uti second, et tpréscelai^ci^deox devoitarefptiiBnn de cabriolé!» et encore deux de selle : en moins d'un an j'arrivai ainsi jusqn'à huit. Il £sllalt entendre les cris de mon. cnratear, le pins serré des hommes ; mais je lé lai^ sais chanter tont i son aise. Une fois que j'eus triom» phé de l'obstacle que m'opposaient la parcimonie et la lésinésie de ce cher curateur» je donnai bienlM iite baissée dans tonte espèce de dépenses, principalement A l'égard de la toilette, comme je crois déjà en avoir dit plus haut quelque chose< Parmi mes camarades les Anglais , il y en avait qui dépensaient beaucoup. Ne voulant pas me laisser surpasser par eux, je cherchais, au contraire, et je téussissais â les surpasser eux-^mêmes. Mais, d'un âafrs côté^ lés jeunes amis que j'avais hors de l'Aesdémie, et avec qui je vivais' beaucoup plus qu'avec les étrangers de l'intérieur, dépendaient encore de leurs parens, et avaient peu d'argent «Gomme iîs appartenaient aux premières femUles de Turin, leor tenue était parfeitement décente , mais leurs dépenses de fiintaisie étaient nécessairement très^ brânées. A l'égard donc de ces derniers, la vérité vent que je le confesse ingénument , je pratiquais alors ane vertu qui m'est naturelle, et dont je ne saurais me défaire.
Je n'ai jamais voulu , jamais je n'ai pu surpas- M, en quoi que ce fftt, ceux que je voyais ou qui te reconnaissaient inférieurs à moi pour la force du eorps, l'esprit, la générosité , le caractère» la fbrtene. Aussi, diaque fois que je me fàiscnis ftdre nn
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noavel habit ridie de broderies ou de foorrares, s'il m'arriyait de le mettre dans la matinée pour aller à la conr^ on pour diner avec ceux de mes camarades de l'Académie qui rivalisaient avec moi pour ces vanités , je m'en dépouillais aussitôt après le dtner y parce que c'était l'heure où les autres venaient chez moi. Je lefoisais même soigneusement cacher, ' pour qu'ils ne le vissent pas; enfin j'en avais honte avec eux, comme d'un crime. Il me semblait, en efiFet, que c'en était un , et mon cœur se le reprochait, que de posséder, et plus encore d'étaler avec orgueil» des choses que mes amis et mes égaux n'avaient pas. Et c'est ainsi qu'après avoir eu tant de mal à obtenir de mon curateur qu'il me fit fisdre une élégante voiture, chose vraiment ridicule, et parfaitement inutile à un jeune garçon de seize ans, dans cette ville microscopique de Turin, je ne m'y montrais presque jamais, parce que mes amis, n'en ayant pas, devaient toujours s'en retourner à pied. Quant à mes nombreux chevaux de selle, j'avais un moyen de me les faire pardonner, c'était de les mettre ep commun avec eux , outre qu'ils avaient chacun le leur, entretenu aux frais de leurs parens. Aussi cette branche de luxe me charmait-elle plus que toute autre, et il s'y mêlait moins de regret, parce qu'elle ne pouvait en rien ofienser mes amis. Lorsque j'examine sans passion, et avec l'amour de la vérité, ces premiers temps de mon adolescence, je crois entrevoir à travers les écarts sans nombre d'une jeunesse impétueuse , trop inoccupée, mal élevée et sans frein, un certain penchant
VIE b'alpibbi* 81
natnrel vers la justice» l'égalité, la générosité des sentimensy et ce sont là» ce me semble» les élémens d'Qoe ame libre» on digne un jour de l'être.