CHAPITRE VII
Études poursuivies avec passion à ï'iorence.
An mois d'avril 1778, après avoir tais en vers la Virginie, et presque tout TAgamemnon, je fers attaqué d*uné maladie inflammatoire qui fnt courte, mais violente , et accompagnée d'une angine qui contraignit le médecin à me saigner. Cette saignée ne donna une longue convalescence , et de cette époque date pour moi dans ma ^anté un notable ^ffaiblissement.L'agitation, l'ennui des affaires, l'étade et une passion de cœur m'avaient rendu malade, ^ quoique la fin de cette année eAt vu se terminer aussi toutes mes discussionis de famille, Tétude et l'amour, dont l'ardeur depuis alla toujours croissant, suffirent pour ne plus me laisser à l'avenir cette vigueur d'imbécile que je lA'étais feite par dit années de dissipation et de voyages presque continuels. Cependant le retour de Télé me rendit des forces , et je travaillai beaucoup. L'été est ma t^l^oû favoiîte, et plus ses chaleurs âont grandes, lioSéuï elle me convient , surtout pour composer. Bepuis le mois de mai de cette année, j'avais com- MwSh 't!a '^l poème» en octaveë, wt lé meortré
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du duc Alexandre par Laurent de Mèdicis. Le sajet m'avait beaucoup plu , mais au lieu d'une tragédie, j'avais cru plutôt y trouver un poème. Je le travaillai donc par fragmens, sans en développer aucun à Favance, pour reprendre l'habitude de rimer que me faisait perdre de plus en plus l'usage des vers libres dans un si grand nombre de tragédies. J'écrivais aussi des vers d'amour, tantôt pour louer mon amie, tantôt pour soulager la douleur profonde où me retenaient , pendant de longues heures, ses soucis domestiques. Les vers que je fis pour elle commencent , parmi ceux que j'ai imprimés, au sonnet dont voici le début :
Negri, vivaci, in dolce fuoco ardenti, etc.
Toutes les poésies d'amour qui viennent à la suite sont pour elle , et bien à elle , uniquement à elle, car jamais assurément je ne chanterai une autre femme. II peut y avoir pluâ ou moins de bonheur et d'élégance dans la pensée et dans le style ; mais je voudrais que dans toutes on sentit quelque chose de l'immense amour qui me forçait à les écrire, et que chaque jour ne faisait qu'augmenter dans mon cœur. Peut-être le remarquera-t-on surtout dans les pièces écrites durant la longue absence qui nous sépara l'un de l'autre.
Je reviens à mes occupations de 1T78. Au mois de juillet, je développai, dans l'accès d'une frénétique ardeur pour la liberté, la tragédie des Pazzi, et immédiatement après le Don Garcia, bientôt ensuite je conçus mes trois livres du Prince U des
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Lettres , et les distribuai en chapitres dont j'ébauchai même les trois premiers. Mais ne me sentant pas encore assez de verve pour bien rendre mes pensées, j'ajournai ce travail pour n'avoir pas à le refondre plus tard tout entier lorsque j'y reviendrais pour le corriger. Au mois d'août de cette même année, à l'instigation de mon amie et pour lui plaire, j'esquissai la Marie Stuart. Au mois de septembre, je m'appliquai à mettre l'Oreste en vers, et c'est par où je terminai cette année si laborieqse et si pleine.
Mes jours s'écoulaient alors dans un calme pour 1779. ainsi dire parfait ; rien n'y aurait manqué, si je n'avais eu trop souvent la douleur de voir mon amie en proie aux déplaisirs domestiques que ne cessait de lui susciter un vieux mari, chagrin , déraisonnable et toujours ivre. Ses peines étaient les miennes, et me faisaient éprouver tour à tour tontes les agonies de la mort. Je ne pouvais la voir que le soir , et quelquefois en dînant chez elle ; mais le mari était toujours présent, ou s'il n'était là, il se tenait la plupart du temps dans une chambre voisine. Ce n'est pas que je lui donnasse plus d'ombrage qu'un autre, mais tel était son système ; et pendant plus de neuf ans que vécurent ensemble ces deux époux, jamais il ne lui est arrivé à lui de sortir sans elle, jamais à elle de sortir sans lai. C'eût été assez à la longue pour ennuyer même deux jeanes amans du même âge ; aussi tout le jour je m'enfermais chez moi pour étudier, après avoir chevauché pendant une couple d'heures de la ma-
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tinéë EÛT une bête de lonàgë, niiiqciettieht pbar mk tonte: Le soit*, j'àVaid là doucettlr de sa yne» doncetir trop souvent, hélaé 1 cotaime je Vai dii, méléè du regret amer de là trouver triste et opprimée. Si je n'aVais étl eettë opiiliaitre î^iréocciipation de rétnde, je n'aurais pu me résigher à la voir si peu et de eette manière ; mais ausài, Si je n'avait en ebtté unique tonsolatiOh de sa chère présence pour adoucir Tàpreté dé ma solitude; je n'aurais pu résister è cette ardeur continuelle, ^i, pour ainsi dire, à cette rage de l'étude.
Pendant 1779, je mis en vers la Conjuration des Paszi, je conçus la Roieinondey YOetavîey le Timolion: je développai la Riosemonde et la Màtiè Stuart; je versifiai lé Bon GairciA ; j'achevai le premier chant de mon poème, et j'avançai beaucou]^ dans le second.
Parmi ces chaude^ et laborieuses occupations de l'iesprit', je trouvais le temps de satisfaire aux besoins de mon toéur entre ma biieh-'àimëe présenté et deux ainis alÀens avec qui je m'épanchais dânè nies letti^; L'un était Géri, de Sienne, qui était venu deux ou trois fots à Florence pour me voir ; l'autre^ cet excellent Àbbé dé Gàltkso qui, vers le milieu de tette même année 1779, vint aussi à Florence éù l'appelaient en partie le désir de se plonger pendant une année dans lés douceurs de cette bienheureuse langue toscane > en jpartie (du moins je m'en flatte), le plaii^ir de revoir un homme qui l'aimait autant que je le ftiisÀîs ; c'était aussi pour fleHvrer A «es étiàdes plus tranquillement ièt plus If<^
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^r^ént qu'il n'aui^ait pn la fym fi Tann» oi ganf cçs^e assailli d'une nuée de frères, de oeveux, de copsins, et d'iaiportun$ d'up autre genre , gr&ce à sa débonnaire pt complaisafite nature, il apparte7 naitaux autres beaucoup plu^ qu'à lui-rinéine. Pendant un^ fiunée presque entière quH} resta à Flo* ' reac0, nous nous voyions iqiif )qs jours » et nous passio^^ ensemble plusieurs b^^re^ de l'après-diner. Sa conyeicaaiiop pleine d-agrém^ut et dç savoir, m'^n^eigpa beaucpiip plus c|^ (îbQse^ que je n'aurais pa en apprendre à p&lir duraf^t d^s années sur un^ quaq^té ide livres. Je lui garderai na^e autres une f^conn^is;aue|r| éternpUi^ pour m'aYoir appris i I^Qûter, à sentir, à apprécier la bellp et immense y^rjét^ des vpr jf de Virgile ; jusque alors je ip'étais ))ori)^ ^ Içs lir^ et les coippr^fidri^. Qu'^s^ ^^ja ? optant f|ire riep, quand il s'agit (}'uf) tel ppètcî, et dij prppt q^e l'on peut trouver à le }ire. J'ai t^pté d^P^i3 (je ne sais si j'y ^i réussi ) de h\v^ pai^ser ^af^g )ç v^^§ )ibr^ f|f9 ipop çji^lpgue pett^ contiuuellp y^rjété d'harmonie qui fait que rarement un yerp rpsçpnaWe ^ p^Jiji qui le préc^dp ou le ?uit, et aiir ^Dt que ]p p^rffjet 1q génip d^ nptre }angue , pep arti^ces dp poupe »\ cp^ |ran^ppsiUoi(S pa;: pu pettp njgryeilleuçp yers^iSp^tipfl de Yfrgilp rpsseijiible ^ peu ^ cçllp de Lpcain, fi'pYifle, ^t de Janf d^u^eif. ge ^opt cep dif érences ^^*}l pst |p^Ia|sé fi'ei^pliqujsf par 1^ p^rp}e pt qui np ^ont \)}^ï\ septjfe^ que p^r Ipp Çeps de l'^jrt. J'?ya|s grapd ^pspin, pn pffpl, 4'aT masser çà et là un trésor de tours et de foroae; qui ^à^ii^i la wj^ca^sme ^e moi} yp^ *F*BWB» *
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prendre une physionomie qui fût la sienne , et à se tenir debout sur ses pieds par la seule force de sa structure. C'est un genre de composition où il n'est permis, ni de venir au secours du vers» ni de l'enfler d'une foule de périodes, d'images, de transpositions, de mots pompeux ou bizarres et d'épithètes recherchées. Le simple arrangement des mots relevé de quelque grandeur y répand l'essence du vrai , sans lui ôter la vraisemblance et le naturel du dialogue. Mais tout cela , que peut être j'exprime ici fort mal, dés lors et chaque jour plus vivement empreint dans mon esprit, ne se rencontra sons ma plume que bien des années après, si jamais je l'y rencontrai, et ce ne fiit, je crois, qu'à l'époque où je fis à Paris une édition de mes tragédies. Si à force de lire, d'étudier, de sentir, de discerner, d'analyser les beautés et les tours de Dante et de Pétrarque, j'ai fini par apprendre à rimer passablement et avec quelque goût, l'art du vers blanc tragique (que je l'aie en eflet possédé ou que je me sois borné à le définir), je ne le dois qu'à Virgile, à Cesarotti et à moi-même. Toutefois avant de pouvoir me rendre raison à moi-même de l'essence du style que je voulais créer, j'ai bien long-temps erré, j'ai long-temps tâtonné, et souvent il m'est arrivé de tomber dans l'obscur et l'étrange, pour vouloir trop bien éviter le lâche et le trivial. J'en ai parlé ailleurs assez longuement, quand j'ai essayé de faire comprendre ma manière d'écrire.
t7to. L'année suivante, 1780, je mis en vers la Marie
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Staart ; je développai TOctavie et le Timoléon ; de ces deux dernières Fane était le fruit de la lecture de Plutarque, à qui j'étais aussi revenu, Fautre était une vraie fille de Tacite que je lisais et relisais avec transport. En outre , je refis d'un bout à l'autre tous les vers du Philippe, toujours en en retranchant quelque chose. Mais cette tragédie se ressentait toujours plus que les autres de son origine bâtarde, et il y restait encore trop de formes étrangères et impures. Je versifiai la Rosemonde, et une grande partie de l'Octavie qu'il me fallut interrompre sur la fin de l'année , à cause des peines de cœur dont je me vis accablé.