‹ Mémoires de Victor Alfieri, d'AstiChapitre 72 sur 85 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Je finis le Misogallo. — Je termine ma carrière poétique par la Teleutodia. — Je recueille l'Abel, ainsi que les deux Alcesle et l'Avis. — Distribution hebdomadaire de mes études. — Ainsi préparé et armé d'épitaphes, j'attends l'invasion des Français, qui arrive en mars 1799.

1798. Chaque jour cependant le danger devenait plus sérieux pour la Toscane, grâce à la loyale amitié

pour vous une grande cause de dérangement, si j'avais l'indiscrétion d'accepter vos offres. Il est clair qu'on ne peut ravoir une chose qui a été prise, sans la reprendre à quelque autre. Les restitutions volontaires sont rares, les restitutions forcées sont odieuses et ont leur danger. Joignez à cela que j'ai successivement racheté la plus grande partie de ces livres, depuis six ans que j'ai quitté Paris. Toutes ces considérations me font un devoir de vous remercier sans accepter vos offres, outre que rien ne convient mieux aux allures de mon caractère, que de ne jamais demander quoi que ce soit à personne, directement ou indirectement.

Je désire vivement trouver une occasion quelconque de vous témoigner ma reconnaissance et l'estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être

Votre très-humble serviteur,

Victor Alfieri.

L'ambassadeur dont il est ici question n'est autre que Ginguenëe. — Nous ne voulons aucunement entrer dans ce débat ; mais il resuite des propres paroles d'Alfieri, que les torls n'étaient pas du côte' de notre compatriote. (Note du Trad.)

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que les Français professaient pour elle. Déjà, au mois de décembre 1798, ils avaient achevé la magnifique conquête de Lucques, d'oii ils ne cessaient de menacer Florence, et, au commencement de 1799, l'occupation de cette ville semblait inévitable. Je voulus donc mettre ordre à mes affaires et me tenir prêt à tous événemens. Déjà, l'année précédente, j'avais, dans un accès d'ennui , abandonné le Misogallo, et m'étais arrêté à l'occupation de Rome, que je regardais commele plus brillant épisode de cette épopée servile. Pour sauver cet ouvrage qui m'était cher et auquel je tenais beaucoup, j'en fis faire jusqu'à dix copies, et je veillai à ce que, déposées en différens lieux, elles ne pussent ni s'anéantir ni se perdre, mais reparaître, quand le moment serait venu. N'ayant jamais dissimulé ma haine et mon mépris pour ces esclaves mal nés, je résolus d'être prêt pour toutes leurs violences et toutes leurs insolences , c'est-à-dire de m'y préparer de manière à ne point les subir. Je n'y savais qu'un moyen : si on ne me provoquait pas, je ferais le mort; si l'on me cherchait le moins du monde, je saurais donner signe de vie et me montrer en homme libre.

Je pris donc toutes mes mesures pour vivre sans tache, libre et respecté, ou, s'il le fallait, pour mourir, mais en me vengeant. J'ai écrit ma vie pour empêcher qu'un autre ne s'en acquittât plus mal que moi ; le même motif me fit alors aussi composer l'épitaphe de mon amie et la mienne, et je les donnerai ici en note, parce que ce sont celles que je veux et non pas d'autres, et qu'elles ne disent de

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mon amie et de moi que la vérité pure, dégagée de toute fastueuse amplification *.

Ayant ainsi avisé à ma renommée, ou du moins au moyen de la sauver de l'infamie, je voulus aussi pourvoir^ à mes études, et corriger, copier, séparer ce qui était achevé de ce qui ne l'était pas, abandonner enfin ce qui ne convenait plus à mon âge ni à mes desseins. J'entrais dans ma cinquantième année ; c'était le moment de mettre un dernier frein au débordement de mes poésies. J'en arrangeai donc un nouveau recueil en un petit volume

QUIESCIT. HIC. TANDEM

VICTORIUS ALFERIUS. ASTENSIS

MUSARUM. ARDENTISSIMUS. CULTOR

VERITAÏf. TANTUMMODO. OBNOXIUS

DOMINANTIBUS. IDCIRGO. VIRIS

PERAEQUE. AC. INSERYIENTIBUS. OMNIBUS

INYISUS. MERITO

MULTITUDINI

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