QUI. JUXTA. EA.M. SARCOPHAGO, UNO CONDITUS. ERIT. QUAM. PRIMUM
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sans l'écrire ; ou si je les ai écrits, je ne les ai point gardés, je ne saurais où les retrouver, et ne les reconnais plus pour être de moi. Il fallait finir une fois, finir de mon propre mouvement et sans y être forcé. Mes dix lustres sonnés et l'invasion menaçante de ces barbares antilyriques m'en offraient une occasion naturelle et opportune, s'il en fut. Je la saisis, et je n'y pensai plus.
Quant à mes traductions, j'avais, les deux années précédentes , recopié et corrigé le Virgile tout en-
» Ici repose enfin Victor Alfieri d'Asti, fervent adorateur des muses, ne relevant que de la vérité, par conséquent odieux à juste titre, et aux despotes qui commandent, et à tous les esclaves qui obéissent; inconnu de la multitude parce qu'il n'a jamais rempli aucun emploi public ; aimé d'un petit nombre de gens de bien, méprisé de personne, si ce n'est peutêtre de lui-même. Il a vécu tant d'années... de mois... de jours... Il est mort tel jour, de lel mois, en l'année de Notre- Seigneur 18
«Ici repose Louise deStolberg, comtesse d'Albany, très-illustre par sa naissance, sa beauté, son caractère et l'incomparable candeur de son âme. Pendant l'espace de tant d'années, chérie par-dessus toute chose de Victor Alfieri près de qui elle est ensevelie dans le même tombeau ', et constamment honorée par lui à l'égal d'une divinité mortelle. Elle a vécu tant 'années, de mois, de jours... Née dans les montagnes du Hainaut, elle est morte tel jour de tel mois, en l'année de Notre-Seigneur 18...
' C'est ainsi qu'il faudra mettre si, comme je le crois et le de'sire, je meurs le premier ; si Dieu voulait qu'il en fût autrement, on métrait : "Qui sera bientôt enseveli près d'elle dans le même tombeau. »
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tier ; je le laissai vivre sans toutefois le regarder comme chose terminée. Le Sailuste me sembla de nature à pouvoir passer, et je le laissai aussi ; mais non pas le Térence, lequel, n'ayant été fait qu'une seule fois, n'avait été ni revu ni corrigé, était tel, en nn mot, qu'il est encore aujourd'hui. Je ne pouvais me décider à jeter au feu mes quatre traductions du grec ; je ne pouvais non plus les regarder comme achevées, elles ne l'étaient pas. Je résolus, à tout hasard, et sans me demander si j'aurais ou non le temps d'y revenir, de les recopier avec l'original , en commençant par l'Alceste , que je voulais sérieusement retraduire sur le grec , sans quoi elle eût eu l'air d'être traduite d'une traduction. Les trois autres, bien ou mal venues, avaient été du moins traduites sur le texte , et il devait m'en coûter pour les revoir beaucoup moins de temps et de peine. L'Abel, désormais condamné à rester, je ne dirai pas une œuvre unique, mais isolée, et privé des compagnes que je m'étais promis de lui donner, avait été mis au net, corrigé, et me semblait pouvoir passer. J'avais ajouté à ces ouvrages de ma façon une toute petite brochure politique, écrite quelques années auparavant sous le titre de : Avis aux puissances italiennes. J'avais aussi corrigé ce morceau ; il était recopié , et je lui fis grâce. Non que j'eusse le sot orgueil de vouloir trancher de l'homme d'état; ce n'est pas là mon métier. Cet écrit était né de l'indignation légitime qu'avaitexcitéeenmoiunepolitiqueassurémentplus sotte que la mienne, celle qui, depuis deux ans,
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était mise en œuvre par l'impuissance de l'empereur, combinée avec les impuissances italiennes. Enfin les satires que j'avais composées, morceau par morceau, et à plusieurs reprises corrigées et limées , je les laissai achevées et recopiées au nombre de dix-sept, qu'elles n'ont point dépassé, et que je me suis bien promis de ne plus franchir.
Après avoir ainsi disposé et mis en ordre mon second patrimoine poétique, je cuirassai mon cœur, et j'attendis les événemens; et pour imposer à ma vie , si elle devait se poursuivre , une règle plus conforme à l'âgeoù j'entrais, et aux desseins que j'avais formés depuis long-temps, dès les premiers jours de 1799 , je me fis, pour chaque jour de la semaine, un système régulier d'études, que j'ai constamment suivi jusqu'à ce jour, et que je m'abstiendrai de négliger aussi long-temps que me le permettront la santé et la vie. Le lundi et le mardi , à peine éveillé, je consacrais les trois premières heures de la matinée à lire et à étudier la sainte Ecriture , honteux de ne pas connaître la Bible à fond , et d'être arrivé à mon âge, sans l'avoir encore lue. Le mercredi et le jeudi je lisais Homère, cette autre source de toute inspiration littéraire. Le vendredi, le samedi et le dimanche , durant toute la première année et au-delà , je les destinais à l'étude de Pindare , comme le plus difficile et le plus scabreux de tous les grecs et de tous les lyriques dans toutes les langues , sans même en excepter Job et les prophètes. Ces trois derniers jours, je me proposais
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plus tard ce que j'ai fait, de les donner successivement aux trois tragiques, à Aristophane, à Théocrite , et à d'autres poètes ou prosateurs , pour voir s'il me serait possible de couler à fond cette langue, je ne dirai pas de la savoir (ce serait une chimère), mais seulement de l'entendre aussi bien à peu près que je fais le latin. En la perfectionnant, la méthode que j'adoptai me paraît bonne à suivre, et je l'expose en détail , dans la pensée que , telle qu'elle est, ou modifiée au gré de chacun, elle pourra servir à ceux qui , après moi , seraient tentés de recommencer cette étude. La Bible, je la lisais d'abord en grec, dans la version des Septante, selon le texte du Vatican , que je confrontai ensuite avec le texte alexandrin. Ensuite, les deux ou trois chapitres au plus qui suffisaient à la matinée, je les relisais dans l'italien des Diodati, toujours si fidèles au texte hébreu; je les lisais encore dans le latin de la Vulgate , et en dernier lieu dans une traduction latine interlinéaire , faite d'après l'original hébreu. Après plus d'une année d'un commerce si intime avec cette langue, en ayant appris l'alphabet, j'arrivai à pouvoir lire matériellement le mot hébreu et à en saisir le son , ordinairement très-peu agréable , les tournures toujours bizarres pour nous, et mêlées de sublime et de barbare.
Quant à Homère, je commençais par le lire dans le grec, tout haut, sans préparation, et je traduisais littéralement en latin, sans m'arrêter jamais, quelques bévues qui pussent m'échapper , les soixante où quatre-vingts, ou au plus cent vers que
je voulais étudier dans la matinée. Après les avoir estropiés de la sorte, je les lisais à haute voix dans le grec en les scandant. Puis je lisais sur ces vers le scholiaste, puis les observations latines de Barnes, de Clarke, d'Ernesti. Je prenais alors la traduction littérale latine, et je la relisais sur mon original grec, parcourant de l'œil la colonne, pour voir où, comment et pourquoi je m'étais trompé, quand j'avais traduit la première fois. Puis dans le texte même, si le scholiaste avait oublié d'éclaircir quelque point, je l'éclaircissais à la marge avec d'autres mots grecs équivalents, que me fournissaient pour la plupart Hésychius, l'Etymologie, et Favorinus. Je notais ensuite à part, sur des feuilles annexées, les expressions, les tours, les figures extraordinaires, et j'en donnais l'explication en grec. Je lisais après tout le commentaire d'Eustathe sur ces mômes vers qui, de cette façon m'étaient passés cinquante fois sous les yeux, avec toutes leurs interprétations et leurs figures. Cette méthode pourra paraître ennuyeuse et un peu dure. Mais moi aussi j'avais la tête dure, et pour graver quelque chose sur une peau de cinquante ans, il faut un tout autre burin que ne l'eût demandé une peau de vingt ans.
Pindare, lui, avaitétédema part, dansles années précédentes, l'objet d'une étude plus rigoureuse encore que celle dont il vient d'être parlé. J'ai un petit Pindare où il n'y a pas un mot sur lequel je n'aie écrit un chiffre de ma main, pour indiquer à l'aide d'un 1, d'un 2, d'un 3, et parfois même ainsi
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de suite jusqu'à quarante et au-delà, la place que le sens de chaque mot lui assigne dansla construction de ces éternelles et inexplicables périodes. Mais cela ne me suffisait pas, et pendant les trois jours que je consacrais à ce poète, je pris une autre Pindare, le texte seul, dans une vieille édition, trèsincorrecte d'ailleurs et mal ponctuée, celle de Calliergi, à Rome, avant que les scholies n'y fussent ajoutées. Sur ce texte déplorable, je lisais à première vue, comme je l'ai dit d'Homère, en traduisant le grec en latin littéral, puis je recommençais tout ce quej'avais fait sur Homère. J'y ajoutais en dernier lieu, et j'écrivais en grec sur la marge l'explication de ce que l'auteur avait voulu dire, c'est-à-dire sa pensée dégagée de toute métaphore. Je fis ensuite le même travail sur Eschyle et sur Sophocle, dès qu'ils vinrent à leur tour prendre la place et les jours de Pindare. Tous ces labeurs et ces folles obstinations ont singulièrement affaibli ma mémoire depuis quelques années, et pourtant, je le confesse, je n'ai pas appris grand' chose, et il m'échappe encore à la première lecture bien des erreurs grossières. Mais l'étude m'est devenue si chère et si indispensable, que depuis 1706, jamais pour aucune raison, je n'ai manqué, ni négligé de lui consacrer ces trois heures de la matinée , et si j'ai composé quelque chose, par exemple, l'Alceste, les satires, les poésies, et toutes mes traductions, j'y employais d'autres heures; je ne me suis réservé à moi-même que les restes de ma journée, laissant à l'étude les prémices du
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jour, et forcé de renoncer à la composition ou à l'étude, sans hésiter, c'est la composition que j'abandonne.
Après avoir ainsi réglé ma manière de vivre, j'encaissai tous mes livres, excepté ceux dont j'avais besoin, et je les envoyai dans une villa, hors de Florence, pour voir si je pourrais éviter de les perdre une seconde fois. Cette invasion très-bien prévue et si fort détestée, l'invasion des Français à Florence, eut lieu le 25 mai 1799, avec toutes les circonstances que chacun sait ou ne sait pas, et qui ne méritent pas d'être sues, la conduite de ces esclaves partout la même n'a en toute occasion qu'une couleur. Ce même jour, peu d'heures avant l'arrivée des Français, mon amie et moi, nous nous retirâmes dans une villa du côté de la porte San-Gallo, près de Montughi; ce ne fut pas cependant sans enlever tout ce qui nous appartenait de la maison que nous habitions à Florence, avant de l'abandonner à l'oppression peu scrupuleuse des logemens militaires.