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donné peut-être le résultat que voici. Mes tragédies, prises dans l'ensemble , malgré les nombreux défauts que j'y vois et ceux que je n'y vois pas, ont au moins le mérite d'être ou de paraître laites d'un seul jet, et bien lices ensemble ; de sorte que les phrases, les pensées et l'action du cinquième acte, s'îdentifieut avec les pensées , les phrases et la disposition du quatrième, et ainsi eu remontant jusqu'au premier vers du premier acte ; ce qui soutient naturellement l'attention du lecleur et donne de la chaleur à l'action. Il s'ensuit aussi qu'après le développement de la tragédie, comme l'auteur n'a pas autre chose à faire que de la mettre en vers, en séparant l'or du plomb, la sollicitude que donnent le travail des vers, et la passion jamais satisfaite de l'élégance, ne peuvent plus nuire à la verve et à l'inspiration qu'on doit aveuglement suivre quand on crée des sujets passionnés ou terribles. Si on trouve que cette méthode m'ait profité, cette petite digression ne sera pas inutile aux gens de l'art; si je me suis trompé , elle servira toujours à en faire trouver une autre qui puisse valoir mieux.
Je reprends mon récit. Aussitôt que la felouque si ardemment attendue arriva a terici, je pris mes effets et je partis pour Pise. J'avais trouvé le sujet de Virginie. J'avais résolu de ne pas rester à PUe plus de deux jours, parce que je me flattais que sous le rapport de la langue je profiterais davantage à Sienne, où l'on parle mieux .et où il y a moins d'étrangers.
J'ai toujours béni le moment où j'y arrivai ; j'y trouvai un cercle de cinq ou six individus remplis de jugement , de goût et d'instruction , chose vraiment extraordinaire dans un si petit pays. Parmi eux celui qui se distinguait le plus était le respectable François Gori CandeUini, dont j'ai parlé plusieurs fois dans mes différents écrits , et dont le souvenir, doux et cher à mon cœur, ne me quittera qu'avec la vie.
C'est lui qui me donna l'idée de faire une tragédie de la
VIE D'aLPIERI.
conjuration dei Pazzi. Le fait m'était inconnu, et il me suggéra de le chercher dans Machiavel, de préférence à tout autre historien. Ainsi, par une étrange combinaison, cet auteur divin, qui devait par la suite faire mes délices , m'était donné par un autre véritable ami, qui ressemblait sous beaucoup de rapports à mon cher iTJcunha, mais plus érudit et plus savant que lui. En effet, quoique je ne fusse pas assez préparé pour lire tout Machiavel , après avoir lu le récit de la conjuration, j'en dévorai différents morceaux. Il arriva que non-seulement je conçus ma tragédie sur-le-champ, mais que, transporté par le style de cet auteur, style plein d'originalité et de nerf, je me sentis presque forcé à quitter toute autre étude, et, comme inspiré, j'écrivis d'une seule haleine les deux livres de la Tyrannie , tels que je les ai imprimés plusieurs années après. le voulus ainsi exhaler la haine profonde que je ressentais contre toute espèce de tyrannie. Si dans un âge plus mûr j'avais dû de nouveau traiter un tel sujet, je l'aurais traité peut-être un peu plus savamment, eu fortifiant mes opinions par l'histoire ; mais je n'ai pas voulu quand je l'ai imprimé affaiblir par la glace des années et par la pédanterie de ma faibte érudition l'éclat de jeunesse et de noble et juste indignation dont je crois qu'il brille à chaque page , sans cependant manquer d'une force de raisonnement vraie et pressante, qui, ■i je ne me trompe, y domine.