‹ Mémoires de Vidocq (volume 4)Chapitre 70 sur 113 · fi · texte numérisé non relu

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longtemps possible... Rien de si chipoteur que lebou-

cardier en reconnaissance : il vient, s'en va, revient ;

et quand le prix est convenu, il hésite encore dans le

choix,

Le boutiquier à qui il est arrivé d'apercevoir le

même individu flânant aux approches de son établis*

sèment, ou d'avoir la visite d'un de ces acheteurs qui

mettent l'enchère sou à sou fera fort bien de se tenir

sur ses gardes..

Qu'il se précau-

lionned'un bon

chien; les plus

gros sont les

meilleurs pour

la défense;mais

pour le guet je

préfère les petits, c'est-à-dire

les roquets, qui

ont l'oreille

plus fine et le

sommeil plus

léger. L'usage

de faire coucher une personne dans la boutique est

des plus sage§.

Les boucardiers sont ordinairement des voleurs trèsconnus, déjà signalés aux recherches de la police: aussi ne sortent-ils que rarement de jour, de peur d'être rencontrés par les agents de l'autorité.

Presque toujours, avant de se coucher, un marchand fait à ses commis ou à ses demoiselles de bou-

Tout n'est pas rose dans les amours.

tique la recommandation de mettre tout en place : les tabourets, les escabelles, enfin tout le menu mobilier. Il ferait beaucoup mieux de leur prescrire exactement le contraire, car plus il y a de désordre, plus les voleurs sont entravés. Une chaise renversée, un tabouret contre lequel on se heurte, le moindre bruit et par conséquent le moindre choc, peuvent les faire découvrir. Rarement les boucardiers s'aventurent chez les marchands de faïence ou de jouets d'enfants ; chez les uns la casse est trop à craindre, chez les au-

tres l'encombrement est dangereux. Que de périls à •■ »urir, en traversant dans les ténèbres des légions d'animaux! une main s'appuie, un pied se p«.w.. ,,,;i lencontreusement, une pression s'exerce : c'est un

carlin qui jappe, ou un agneau qui bêle, il faut fuir: 1 éveil e>t donné.

Le- boucardiers de province sont, pour la plupart de soi-disant marchands, qui voyagent avec leur voiture. Jamais ils n'arrivent que de nuit dans l'endroit où ils se proposent de faire un coup.

Peu d'instants après, ils se mettent en besogne, et les marchandises , à mesure qu'ils les volent, sont déposées dans la voiture. L'o pération terminée, ils s'acheminent vers un autre endroit, où ils vendent en détail ce qu'ils ont pris en gros. S'ils se sont approprié des objets d'orou d'argent faciles à reconnaître, ils les convertissent en lingots.

Un des premiers soins des boucardiers est de dénaturer les produits de leurs vols. Si ce sont des étoffes de soie ou de laine, des toiles, des indiennes, etc. , ils enlèvent le chef de chaque pièce et font ainsi disparaître les marques eu les numéros qui pourraient indiquer qu'ils se fournissent ailleurs qu'en fabrique, bien que parfois aussi ils rendent visite aux fabricants. La chute de quelques planches légères appuyées sur une corde très-mince, tendue en travers de la boutique, à une hauteur de quatre à cinq pieds, est une des meilleures surprises que l'on puisse ménager aux boucardiers. lorsque, pour leur expédition, ils ont négligé de se munir d'une lanterne sourde. Quand on marche à tâtons, les mains sont en

avant il peut se faire qu'elles rencontrent la corde ; mais alors même les voleurs n'y gagnent rien pujsau'il suffit du moindre choc pour faire tomber les planches: un grand bruit se produit, les voleurs se doutent bien que l'on viendra, et comme ils ne se soucient pas d'être pris en flagrant délit, quelque intrépides qu'ils soient, ils d. guerpiss. nt : des pois fulminants jetés sur le plancher peuvent aussi produire une détonation salutaire.

11 ne manque pas de moyens de se préserver des atteintes des boucaidiers; mais ces moyens ne pouvant être efficaces que par le secret, il ne serait pas prudent de les divulguer ici. Un proverbe allemand dit • la bonne serrure fait V habile voleur : c'est que la bonne serrure n'est pas un mystère ; je crains de

m'expliquer Cependant je pense que les voleurs

seraient promptement réduits à 1 inaction la plus complète, si les honnêtes gens s'avisaient de réfléchir aux circonstances qui ont fait échouer les tentatives de vol les mieux combinées.

Depuis quelques années les serruriers- mécaniciens ont imaginé une multitude de secrets, de pièges, de surprises; mais toutes ces inventions si dispendieuses ne sont pas à la portée du public.

Que les personnes qui souhaitent garantir a peu de frais leur sûreté et celle de leur avoir, vieil nent me consulter, et je me ferai un plaisir de les initier à des procédés moins coûteux. Le vol est comme l'escroquerie; quand on le voudra on l'anéantira; mais ce n'est que confidentiellement que je puis révéler aux intéressés le système qui doit infailliblement conduire à ce résultat, sans le secours de la police, dont la vigilance est si fréquemment

déjouée.

En parlant des boucardiers de province, j'ai oublié de dire qu'ainsi que les escarpes, ou assassins de profession, ils sont toujours pourvus de passeports parfaitement en règle et très-exactement vi>és par les autorités des communes où ils passent.

Il est une remarque à faire, c'est qu'en France les hom êtes gens seuls se risquent à voyager sans papiers; les malfaiteurs, au contraire, se gardent bien de contrevenir aux lois et ordonnances en vertu desquelles un brevet de circulation est exigé pour le moindre déplacement.

Si j'étais gendarme, l'individu porteur d'un passeport (harié de visa me serait toujours suspect. Les vagabonds dangereux ont grau., soin de faire constater, pour ainsi dire à chaque pas, qu'ils ne sont pas en état <ie vagabondage.

L'homme irréprochab'e s'inquiète peu de ces formalités : il -.'en atiranchit ou parce qu'il e4 néglLeid, ou parce qu'il lui répugne de se mettre en contact avec tout ce qui a le nom «le police.

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