‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 115 sur 126 · LA MISSION DE TATISTSCHEFF A VIENNE · texte numérisé non relu

LA MISSION DE TATISTSCHEFF A VIENNE

Alexandre consentirait à la marche proposée dans le mémorandum, il faudrait se concerter sur Tépoque et le mode de la mettre à exécution, et qu'il importerait beaucoup de gagner sur le temps tout ce qu'il serait possible de gagner sur lui, il nous parait qu'il ne serait pas moins désirable que facile de réunir à Vienne des personnes munies d'instructions et d'autorisations nécessaires de la part des cinq Cours, et mises à même par là d^échanger entre elles les idées des Monarques sur le meilleur accord à établir au sujet des intentions réciproques et de la marche à suivre par les puissances.

Dans la supposition, qui nous parait d'ailleurs très-naturelle, que la rencontre des Monarques ne pût être avancée, les pourparlers entre les ministres auraient toujours le grand avantage de préparer le travail et de hâter des décisions si désirables.

Je soumets ces idées à Votre Excellence avec une entière confiance. Qu'elle en fiasse usage envers Sa Majesté Impériale de toutes le3 Russies, si elle les juge de nature à pouvoir être accueillies; ce que dans tous les cas il me parait superflu de lui assurer, c'est qu'elles sont dictées autant par les sentiments de franche amitié qui ne cesseront d'animer l'Empereur mon Maître pour l'Empereur Alexandre, que par la sollicitude que Sa Majesté Impériale porte aux intérêts qui leur sont communs.

MeUernicli ù Ncsselrodc (Lettre), Vienne, le 19 avril 1822.

620. Je charge votre négociateur d'être mon courrier, mon cher comte. M. de Tatistscheff a senti ce que j'ai senti, à savoir, que parler vaut mieux qu'écrire, quand on désire franchement s'entendre. Il vous parlera donc, et il parlera bien quand il vous assurera que nous désirons nous entendre parfaitement avec vous. Mais il est dans tous les temps, comme dans toutes les cirôonstances, une condition sine qua non dans les ententes; c'est que l'on parle clair, et que Ton se dise ce que l'on veut, ce que l'on désire, ce à quoi on peut aller, et quelles sont les bornes des facilités. Quant à celles des possi-

bilités , nous n'aurons jamais besoin de perdre du temps pour nous en assurer. Croyez que je ne me fais illusion sur aucune position , que j'apprécie toutes les nécessités , toutes les difficultés, le mal comme le bien. Si M. de TatistschefF devait ne pas emporter la conviction que pour le moment il ne me reste rien à lui dire pour lui faire comprendre la pensée de l'Empereur, c'est qu'il n'aurait pas compris mes paroles ; mais j'ai le sentiment que tel n'est pas le cas.

L'afhire qui nous occupe est très-simple en elle-même; elle n'est compliquée que par les causes incidentes, et. celles-ci suffisent souvent pour faire d'une affaire très-simple dans son essence une affaire fort compliquée dans sa conduite. Je vous dirai en très- peu de mots comment je juge les positions.

Votre Empereur veut ce que veut le mien, ce qu'en dernier résultat veulent ni plus ni moins leurs alliés.

Votre Empereur voit, comme le mien, que la faction est là, la gueule ouverte, pour avaler l'ordre social au premier ébranlement des grands piliers sur lesquels cet ordre repose.

Votre Empereur a une foule de considérations à ménager ; il n'en est pas une que nous n'admettions.

Mais le mal existe, et il faut ou le vaincre ou courir les chances d'y succomber. Nos Souverains sont fort tentés de choisir la première de ces alternatives, et fort décidés à éviter la seconde. Il faut donc qu'ils s'entendent. Afin que leur accord puisse être efficace, il faut l'étendre aux alliés, et pour arriver à ce but, il faut un choix éclairé et scrupuleux de formes et une grande correction dans l'énoncé des principes.

Comment, — cela posé, — pourra-t-on parvenir à s'entendre? Pour le coup, mon cher comte , permettez-moi de vous renvoyer aux explications que vous donnera votre envoyé.

Comme vous ne l'avez pas mis en mouvement sans but, permettez que j'entre dans votre prévoyance , et dans ce que votre marche a présenté de juste et d'éclairé.

Il me reste à vous supplier de vous dire à vous-même , et de dire à Sa Majesté Impériale, que je forme ce vœu; que c'est avec une franchise et un abandon entiers que j'ai traité

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avec M. de Tatistscheff; enfin que vous vous tromperiez aussi en prêtant à aucune de mes paroles un sens oppose à celui de la raison et de l^éloignement le plus complet de tout ce qui ne serait pas l'application pure et simple, non de questions autrichiennes, mais de questions européennes, de ces questions de vie et de mort qui absorbent toutes nos pensées. Si j'avais de la politique autrichienne à faire, je serais bien coupable de la traiter comme je ne cesse de traiter celle qui m'occupe du matin au soir. Mais c'est que j'ai beau chercher, je ne la trouve pas, cette politique autrichienne, à moins que Ton ne veuille donner ce nom à notre désir extrême de ne pas devenir la pâtore des frères et amis. Dans ce cas, je fiais de la politique autrichienne, et je tâche même d'en £aire beaucoup, et bien plus partout que ne le désireraient ces bons amis.

Adieu, mon cher comte. Pour Famour de Dieu, point de préjugés! Laissez dire tout ce que Ton peut dire; nous dédai- {jnons les paroles. Marchons et entendons-nous. Croyez-vous que la besogne sera finie alors? J'espère que non ; alors nous pourrons commencer à faire le bien, et tout le bien que nous avons été tous empêchés de fiaire après les événements de 1821 . Beaucoup de mal à éviter et beaucoup de bien à fiaire , voilà une grande et belle tâche.

Mettemicli à Lebzeltern, à Saint-Pétersbour(; (Dépèche),

Vienne , le 22 avril 1822.

821. J'expédie le présent courrier après le départ de M. de TatistschefF. 11 nous a quittés le 19, à la suite d'une entente entre lui et moi sur cette décision.

Votre Excellence trouvera dans les annexes les derniers résultats de nos transactions. Ils vous suffiront pour vous prouver que ce n'est pas nous qui avons cédé un seul pouce de terrain; nous sommes restés fermes sur le principe qui nous a servi de base inébranlable dans tout le cours de nos explications depuis le mois de mai dernier, et si nous avisons à nous procurer des chances favorables à la conciliation , nous n'avons foit en ceci que persévérer dans notre marche.

584 RECUEIL DE DOCUMENTS (l818-18S2).

Il me rçste à mettre encore Votre Excellence au fiait de Taltitude que M. de TatistschefF et moi avons prise et maintenue jusqu'au terme de nos pourparlers.

Mes dernières expéditions auront suffi pour vous convaincre que vos pressentiments k Tëgard des motifs véritables de Fenvoi de M. de TatistschefF se sont réalisés dès le début de sa mission. Mes soins ont dû avant tout se borner à me rendre un compte bien exact de ce que sa mission pouvait tout naturellement renfermer de complications ressortant du terrain de Saint-Pétersbourg lui-même.

Je n'ai point tardé à m'assurer de quelques points de contrôle, aBn d'arriver à classer et les instructions dont il était porteur et la difFérence du but vers lequel pouvaient tendre de doubles instructions. Mes soins n'ont point été infructueux. A mesure que nous avancions dans nos pourparlers, l'attitude de M. de TatistschefF dut prendre couleur. Il fut bientôt clair pour moi qu'en même temps qu'il était porteur des paroles de l'Empereur, il ne lui é(ait pas possible d'oublier en entier qu'il avait des instructions du Cabinet. Je plaçai dès lors en première ligne de mes explications envers lui la première de ses fonctions, et je lui prouvai que relativement à la seconde il trouverait en moi un allié sur, afin d'arriver, en écartant des difficultés de bien des genres, au bien auquel il me paraissait que tendaient uniformément les pensées de nos deux Monarques. Il me serait impossible de ne pas rendre à M. de TatistschefF cette justice, que l'ensemble de sa conduite a été conforme à mes vœux. Si ses explications ont présenté des nuances, celles-ci n'ont jamais porté d'autre caractère que celui de la gêne que cet envoyé devait nécessairement éprouver en se sentant sous l'impulsion de deux instructions non-seulement différentes, mais même en parfaite opposition l'une à l'autre.

Une circonstance a beaucoup contribué à débrouiller les attitudes. M. de Golowkin avait reçu du Cabinet des pouvoirs égaux à ceux de M. de Tatistscheff. Aussi Votre Excellence a-t-elle vu ces deux Messieurs se présenter ensemble dès notre seconde entrevue. M. de Tatistscheff n'a pas tardé à sentir que

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