VISITE A LA COUK DE HANOVRE
Après avoir essuyé un véritable déluge de compliments et d'éloges, où le Roi daigna me comparer à tous les grands hommes de l'antiquité, du moyen âge et des temps modernes, je finis par pouvoir parler d'affaires, et sur ce terrain tout réussit à souhait. Je ferai de grandes et bonnes affaires sans prétendre pour cela m'élever au-dessus d'un Minos, d'un Thémistocle, d'un Gaton, d'un César, d'un Gustave-Adolphe, d'un Marlborough, d'un Pitt, d'un Wellington, etc., etc.; car tous ces noms, Sa Majesté me les a donnés, de même qu'on récite une litanie de saints.
Jolianniaberg, le 4 novembre.
544. J'ai quitté Hanovre le 31 au soir; le l*', je me suis arrêté à Gassel pour voir le Prince-Électeur. Le soir, j'ai trouvé là une brillante et nombreuse société que le comte de Spiegel avait invitée en mon honneur, afin de me faire faire la connaissance des notabilités de la ville. J'ai quitté Gassel le 2; j'ai passé par Wilhelmshôhe , un des plus admirables jardins de l'Europe, pour me rendre à Marburg, où je passai la nuit. Le 3, je suis arrivé à Francfort. Aujourd'hui, je n'ai pu échapper, à Biebrich , à un grand dîner que m'a offert le duc de Nassau. Je suis ici depuis quelques heures , et je me retrouve avec bonheur chez moi.
G'est une terrible chose que de voyager dans ma position actuelle. Je suis saturé d*ennui comme un Souverain, grâce aux Gours qui me fêtent à mon passage ; en même temps, je suis obsédé comme un devin, car tout le monde me demande conseil. Depuis que j'ai été assez heureux pour faire disparaître les carbonari, on s'imagine que je n'ai qu'à me montrer pour détruire tout ce qui gêne Fun ou l'autre. Aujourd'hui, tous les Gouvernements sont malades, et ils le sont tous par leur propre Seiute ; depuis mes conférences allemandes, ils me regardent comme le législateur suprême de l'Allemagne , et, depuis 1821, comme l'exterminateur des révolutionnaires. Chacun me prie de lui tuer les siens , ou du moins de lui communiquer ma recette. D'un autre côté, — et ceci est la petite m. 31
pièce, — toute la racaille révolutionnaire vient se présentera moi, autant que cela peut se Caire, pour m'assurerde la pureté de ses intentions. Ce qui se passe, par exemple, en ce moment à Francfort, Tune des plus détestables villes de rÂllemagne, est tout à £ait comique. Dès qu'on apprit que j'arrivais ici, tous les visages changèrent ainsi que le langage. Lies premières figures que je vis apparaître à Thôtel où j'étais descendu étaient celles des radicaux les plus acharnés , et je ne me souviens pas d'avoir jamais eu à subir des hommages plus lourdement présentés. A les entendre, ils n'avaient attendu que ma présence pourc hanger de religion.
J'ai avec moi de Pont et un secrétaire, Langenau et Handel. Je resterai ici jusqu'au 5 ou jusqu'au 6 ; le 7 ou le 8 , je serai à Francfort, et le 14 ou le 15, à Vienne.
Francfort, le 9 novembre.
545. . . .Ici je vois à mes pieds les jacobins les plus enragés; ils n'ont à la bouche que des excuses et des protestations. Pendant mon voyage, j'ai vu, en passant, pas moins de cinq universités : Leipzig, Halle, Goettingue, Marburg et Giessen. Le 18 octobre, j'ai dîné à Halle, sous le même toit que cent cinquante étudiants qui fêtaient la bataille de Leip* zig, et je n'ai reçu partout que des marques de respect. Au moment où je montais en voiture à Halle, tous les cent cinquante étudiants m'ont escorté tète nue en me saluant de leurs vivat. Pendant toute la journée, une foule considérable est restée sous mes fenêtres, et partout où j'allais j'étais accompagné d'acclamations joyeuses. Quand on demande à ces gens pourquoi ils sont là, ils répondent : n Nous voulons le voir.* Ce sont les af&ires d'Italie qui m'ont valu l'espèce de célébrité dont je jouis aujourd'hui eu Allemagne. Les curieux veulent savoir comment est fait l'homme qui savait que les carbonari sont purement et simplement de la canaille ; ils ne comprennent pas comment il s'y est pris pour deviner cette Eïcile énigme. Le peuple est partout bon, mais enfantin.
En Russie et dans toute la diplomatie russe à Tétran-