LUTTE ENTBE LES PUISSANCES OCCIDENTALES (1846). SIS
valeur d'un speciesfacti de tout ce qui, entre les deux Cours, s'est passé relativement aux mariages espagnols, et de deux lettres particulières que M. Guizot vient d'adresser à M. de Jarnac. Ce qui ressort avec évidence de ces pièces, c'est une grande habileté dans la manière de procéder du Roi des Français; le Cabinet anglais, de son côté, a commencé par laisser aller les choses sans témoigner de méfiance ; mais après que des pourparlers se iFurent établis, le printemps dernier, entre la famille Cobourg et la Reine Christine, dans le but de marier Isabelle au prince Léopold de Cobourg, il est permis de croire que de hauts personnages, en Angleterre, ne sont point restés étrangers à ces pourparlers. A en croire Texposé français, lord Palmerston aurait, dès son entrée au ministère, chargé M. Bulwer de pousser TafiFaire; M. Guizot en aurait porté plainte à Londres sans avoir reçu de réponse. C'est alors , et par suite d'une déclaration qu'il assure avoir foite à la Cour de Londres, dès le printemps dernier, au sujet du mariage Cobourg, que le Roi des Français se serait regardé comme entièrement libre ; il aurait donc agi en conséquence et amené les deux mariages.
L'ambassadeur de France ne m'ayant point sommé d'énoncer à cet égard l'opinion du Cabinet impérial , je me suis senti d'autant plus libre de lui faire part sans réserve de mes impressions. Ayant, dans le cours des années qui se sont écoulées depuis le décès de Ferdinand VII, épuisé notre pensée sur les graves perturbations qui ont dû être et qui en effet ont été la conséquence des dernières et si funestes dispositions de ce Prince, je n'ai point eu à peser mes paroles, ni à l'égard de l'ambassadeur, ni à l'égard de son chef. Ce que je lui ai dit a été pleinement conforme aux raisonnements que j'ai consignés dans ma dépêche à Berlin du 6 de ce mois. J'ai ajouté l'assurance que nous ne consentirons jamais à la réunion des Couronnes d'Espagne et de France sur une même tète. M. de Flahault me donna à comprendre que le duc de Montpensier, si le sort devait appeler sa descendance au Trône d'Espagne , pourrait renoncer à la succession en France. Je lui demandai alors comment l'avènement de cette branche de la Maison
d'Orléans en Espagne serait reçu par la Cour de Londres, qui se fonde sur Tacte de renonciation du chef de la Maison à toute prétention pareille en 1713. Le comte de Flahaultme répondit que si le sort devait avoir réservé à la descendance du duc de Montpensier Tavénement au Trône d'Espagne, ce ne serait pas du chef de ce prince, mais de celui de leur mère, que ressortirait son droit. Je ne pus m'empécher de feiire remarquer à mon interlocuteur que ce fait, incontestable dans son application abstraite , ne changeait — selon moi — rien à la protestation de la Cour de Londres.
Je finis Tentretien par Pexpression de mon sentiment que tout, dans les positions espagnol e*française et anglaise, est placé dans une fausse direction, et que la seule correcte et par cela même utile est celle dans laquelle TÂutriche, la Prusse et la Russie ont su se maintenir. L'ambassadeur n^en disconvint pas.
Ce qui est clair, Monsieur le comte, c'est que dans toutes les phases de sa conduite le Roi Louis-Philippe a suivi un plan, et que le couronnement de ce plan se trouve dans l'union de son fils avec l'Infante, héritière du Trône dans l'ordre de succession établi par la constitution espagnole actuelle, et jouissant en même temps d'une riche dot personnelle.
Le Roi a ainsi deux cordes à son arc, dont l'une pour le moins ne lui fera pas défaut. Le Cabinet anglais, par contre, s'est abandonné à une politique de simple convenance et dépourvue de prévision.
A quoi la complication qui vient de se faire jour, ce désordre dans le désordre, aboutira-t-elle? Ce que je ne regarde pas comme devant être sa conséquence immédiate, c'est une guerre entre les deux puissances maritimes. Ce qui, par contre, me parait les attendre de part et d'autre, c'est une guerre de chicanes, guerre qui ne peut manquer d'amener des compro* missions pour la France dans tontes les directions où l'humeur du Cabinet anglais se reconnaîtra des moyens d'action. L'Algérie et le Maroc sont des points vulnérables. La France et l'Angleterre devront se sentir compromises, chacune dans son honneur, et l'Espagne Test, pour sa part, dans les sens les