‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 36 sur 45 · JUGEMENT DE NAPOLÉON SUR CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE NAPOLÉON SUR CHATEAUBRIAND

L'anecdote suivante devra suffire pour jeter du jour sur ce qu'il y a de vrai dans la prétention de Chateaubriand et de ses amis, d’avoir su résister à la séduction que Napoléon savait exercer sur ses adversaires.

Passant un jour en revue avec l'Empereur des Français les hommes marquants de l'époque, Napoléon me dit : « Il y a des hommes, et la France en abonde malheureusement, qui se croient aptes à tout parce qu'ils ont une qualité ou un talent. Au nombre de ces hommes se trouve Chateaubriand, qui fait de l'opposition parce que je ne veux pas l’employer. Cet homme est un raisonneur dans le vide, mais doué d’une grande force de dialectique. S'il voulait user de son talent dans la ligne qu'on lui désignerait, il pourrait étre utile. Mais il ne s'y préterait pas, et il n’est dès lors bon à rien. Il faut savoir se conduire soi-même ou se soumettre à des ordres. Il ne sait faire ni l’un ni l’autre; aussi faut-il ne pas l'employer. Il s'est offert vingt fois à moi; mais comme c'était pour me faire plier à son imagination, qui toujours le conduit à faux, et non pour m'obéir, je me suis refusé à ses services, c’est-à-dire à le servir. »

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