‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 81 sur 91 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

La belle et bonne Caroline Lobkowitz, née Wrbna, est morte subitement; elle était enceinte et souffrait presque toujours. Il y a quelques jours, elle a fait une promenade en voiture avec son neveu; de retour à la maison, elle a joué avec ses enfants et plus tard avec son mari. Tout à coup elle s'est sentie prise de malaise et a demandé un médecin. Georges est parti pour en chercher un ; lorsqu'il est rentré et qu'il a voulu la soutenir, elle s'est évanouie dans ses bras; elle n'a plus repris connaissance, et une demi-heure après elle était morte.

Notre vieil et vénérable Lerchenfeld est mort. Déjà à Kœnigswart je lui ai trouvé fort mauvaise mine; on dit que sa mort a été celle d'un saint.

Le pauvre Tatistscheff a tous les soirs des accès de fièvre.

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Il est tellement aLaiidonné chez lui que c'est une pitié ; je vais le voir quelquefois, mais pas aussi souvent que je le devrais.

Du 28 octobre au 30 noveinlire.

Le 20 octobre, une lettre de Léontine m'a annoncé que la petite Pauline était sérieusement malade, et qu'elle, la mère, en était au désespoir. Cette nouvelle m'a consternée. Maurice Esterhazv, qui est toujours bon et affectueux, s'est offert à aller lui-même prendre des renseignements sur place; j'ai prié CJément de me laisser partir avec lui, et, après avoir fait appeler Stoffella, que Léontine me priait d'emmener, j'ai fixé mon départ au 30. Clément paraissait content que j'eusse pris cette résolution, parce que l'anxiété de Léontine l'inquiétait. Maman et Caroline m'ont promis de bien le soigner; je me suis donc mise en route, après avoir vu mes enfants au déjeuner. Clément a contmué de dormir tranquillement. Le temps était beau. iNIaurice Esterbazy m'attendait au chemin de fer. J'avoue que ce voyage m'a été très-pénible, parce que j'avais le cœur plein de soucis. Après être restés six heures en voiture, nous sommes arrivés à deux heures à Ilullein. Des chevaux de Sândor attendaient le médecin, qui est monté en voiture avec Maurice; j'ai trouvé avec peine des chevaux de paysan ; à Kremsier, j'ai pris la poste, qui m'a conduite à Wizomierschitz. J'avais des battements de cœur terribles, qui n'ont fait qu'augmenter lorsqu'on m'a dit que la petite était atteinte d'une fièvre typhoïde. Il m'est impossible de décrire la première impression que me fit ce château. Léontine et Herminie, seules dans vin pays affreux, loin de tout secours, avaient tout à fait perdu la tête. Léontine se trouvait dans un état d'agitation à faire pitié; Herminie, par contre, ne se sentait pas en état de prendre n'importe quelle mesure. Je suis restée cinq jours chez les enfonts. Sandor est venu de Parduliilz dans la nuit qui a suivi mon arrivée. Il a été très-effrayé et s'est montré excellent dans cette circonstance; il a fait venir tous les domestiques de Pardubitz et n'a plus quitté le château.

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Le premier coup d'œil jeté sur la petite lie m'a pas fait une impression défavorable. Je ne lai pas trouvée affaissée; parfois ses yeux avaient une certaine fixité, mais ils n'étaient pas éteints. Elle avait ime fièvre modérée. Les quelques remèdes qu'on lui a administrés ont presque toujours produit l'effet désiré; elle n'a perdu connaissance que pendant quelques heures, et, en revenant à elle, elle avait repris tous ses sens. Je n'ai pas remarqué chez elle un seul symptôme bien accusé de fièvre typhoïde. Après trois jours, Clément a désiré me voir revenir; cependant j'étais décidée à ne pas partir avant que Caroline vînt me remplacer. Léontine avait besoin de quelqvi'un en cas de malheur, ou même si la maladie traînait en longueur. Le 2, Caroline est venue, et je suis partie le lendemain matin, avec l'espérance que les crises iraient en diminuant de fréquence et d'intensité, et que la maladie disparaîtrait peu à peu sans secousses violentes. Mon cher Maurice Esterhazy s'est mis en route avec moi.

Clément et ma pauvre maman m'attendaient à la gare. J'espérais qu'après mon départ la petite malade de Wizomierschitz n'aurait plus d'attaques violentes ; mais à peine étais-je rentrée à la maison que, sans avoir d'autres nouvelles, je me sentis plus agitée, plus inquiète. J'envoyai un domestique aux renseignements. Celui-ci m'apporta dans l'après-midi une lettre de Sândor, qui m'annonçait que la petite était perdue. Elle avait été prise. Dieu sait comment, d'une sorte de crampe, au point que le médecin croyait qu'elle n'avait plus à peine que trois heures à vivre. Le 5, nous sommes restés toute la journée sans nouvelles; enfin, le 6, Stoffella, que nous avions renvoyé à Wizomierschitz, est revenu nous annoncer que l'enfant était sauvée. Une crise était survenue au moment où on la croyait perdue sans retour. Elle avait le dos couvert d'abcès très-douloureux, mias qui l'ont sauvée. A partir de ce moment, les nouvelles sont devenues de jour en jour meilleures. Caroline est revenue le 17 novembre, et, le 23, Sandor nous a rapporté pour la fête de mon mari les renseignements les plus rassurants. Il n'y a plus qu'à prendre patience jusqu'au moment où les abcès s'ouvriront et où les

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dernières crises seront passées. La pauvre Léontine se sent heureuse au delà de toute expression.

La duchesse de Talleyrand dîne souvent chez nous ; elle vient quelquefois me voir dans la matinée et fréquemment le soir, pour prendre part à notre whist. Elle est aimahle et a un talent extraordinaire pour animer la conversation.

J'ai été chez FArchiduchesse Sophie pour la remercier de la part qu'elle a prise au chagrin de Léontine; elle a été, comme toujours, très-honne et très-affectueuse.

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