RETOUR DE NAPOLÉON D ERFUUT
(Note 26 , p. 223, t. I.) 126. Metternich à Sodion (E. D.), Paris, le 30 octobre 1808.
126. Le retour du général de Vincent doit avoir mis Sa Majesté Impériale entièrement au fait des conférences d'Erfurt, et de la tournure qu'y ont prise les affaires. Je me suis d'autant moins pressé d'expédier le présent courrier, que j'ai prévu pouvoir informer Votre Excellence en même temps du retour de l'Empereur dans sa capitale et de son départ pour Bayonne, pour où il s'est effectivement mis en route dans le courant de l'après-midi d'hier
J'allai trouver M. de Champagnv, qui, d'après la manière dont il m'accueillit, me prouva sur-le-champ que si on avait de l'humeur contre nous , on croyait de son intérêt de le cacher. Notre entretien, quoique roulant sur les conférences d'Erfurt, ne mérite pas la peine d'être retracé. M. de Ghampagny se horna à m'assurer que rien ne s'y était passé de contraire aux intérêts de l'Autriche ; il me parla aussi de la démarche faite vis-à-vis de l'Angleterre , sans entrer dans aucun détail.
L'audience diplomatique du 23 se passa sans nul incident. L'Empereur fut infiniment poli pour moi, et notre conversation , lors de sa seconde tournée , — le moment critique est celui où il lance ses manifestes oraux, — ne roula que sur la durée et les formes de la Diète de Hongrie, sujet scahreux, et qui, prêtant à des commentaires, fut prohahlement entamé
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par TEmpereur pour foire dans cette occasion preuve de douceur
Une circonstance digne de remarque, parce qu'elle prouve combien il est important de ne pas se laisser surprendre par les assertions françaises, quelque catégoriques qu'elles aient l'air d'être, est celle que depuis le retour de l'Empereur ici, ni lui ni le ministre n'ont touché, même de loin, le sujet de la reconnaissance des Rois promise et non effectuée. Voulant toutefois avoir le cœur net sur cet objet, j'en trouvai l'occasion toute naturelle en résumant la marche de cette négociation pour établir le point de vue duquel nous partons dans ce moment.
« Nous avons réorganisé notre système militaire , dis-je à M. de Champagny, vous en avez pris de l'alarme, et nous avez demandé à être rassurés ; nous nous sommes expliqués avec la franchise qui convient à une grande puissance ; l'Empereur, après quelques discussions, m'a dit que tout était fini; il nous a fait déclarer officiellement que la reconnaissance des nouveaux Rois serait de notre part une garantie suffisante de bonnes intentions dont il ne s'était jamais permis de douter. Je vous fis pressentir que l'Empereur mon Maître puiserait la réponse à une question toute nouvelle pour lui, dans les intentions amicales qui l'animent A'is-à-vis de l'Empereur des Français, et dans les intérêts et la dignité de sa couronne et de ses peuples. La nouvelle des conférences d'Erfurt arriva à Vienne en même temps que mon courrier. Les Cours de France et de Russie firent depuis vis-à-vis de l'Empereur une démarche uniforme pour la reconnaissance des Rois. Mon Maître, qui dans l'occurrence ne pouvait que laisser en suspens une question tenant aux rapports généraux de l'Europe et à ses rapports particuliers avec les deux Empereurs réunis à Erfurt, n'était au départ du couirier informé de rien de ce qui s'y passait. Je ne me permets pas de douter, ajoutai-je, que M. de Vincent n'ait été mis à même, par les deux Souverains auxquels il fut envoyé, de faire juger Sa Majesté Impériale de l'ensemble de leurs vues, et par conséquent de Ses propres intérêts. »