‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 60 sur 121 · LA PAIX ENTRE L'ANGLETERRE ET LA PORTE · texte numérisé non relu

LA PAIX ENTRE L'ANGLETERRE ET LA PORTE

est absolument étranger, qui pourrait nous porter à récuser rhonneur qu'on nous fait de l'un des événements les plus importants dans le moment actuel.

La correspondance entre M. de La Tour-Maubourg et notre internonce me semble offrir autant d'impudence de la part du premier que de mollesse dans la conduite du second *. Comment veut-on encore ne pas se convaincre que, tout en rendant à un agent fi-ançais ce qu'on lui doit, il ne faut pas hésiter davantage à repousser l'insulte par l'attitude la plus énergique et la plus prononcée? Si M. de La Tour-Maubourg m'eûtadressé la lettre qu'il a osé écrire à un homme d'un caractère public aussi respectable que M. de Stûrmer, il eût été très-embarrassé d'exhiber ma réponse.

C'est par cette même considération que je regrette de ne pas avoir été chargé de porter ici une plainte formelle et officielle contre ce représentant

Le jour même de l'arrivée du courrier qui apportait l'importante nouvelle de la conclusion de la paix, je me suis rendu chez M. de Ghampagny. Je lui dis que j'avais reçu un courrier cette nuit. « Il m'annonce ce que vous savez depuis deux jours, et ce qui n'a pas moins étonné à Vienne qu'à Paris, la paix entre la Porte et l'Angleterre. Cette question nous est étrangère, mais nos missions à Constantinople viennent d'avoir une rencontre qui ne saurait nous l'être. »

« — M. de La Tour-Maubourg, me dit M. de Champagny,

* Voici ce qui donna lieu à cet échaiifje de lettres très-vives : Dans une Note datée du 12 mars 1808 et adressée à l'internonce autrichien, le comte de La Tour-Maubourg manifestait son étonnement de voir que ce dernier n'eût pas avisé officiellement la Porte de la rupture des relations diplomatiques entre l'Autriche et Londres, rupture qui était un fait accompli, et que vis-à-vis de cette puissance, il se fût simplement borné à parler de cet événement comme d'une nouvelle répandue dans le public. « Je ne saurais vous dissimuler, Monsieur l'internonce, écrivait le représentant de la France, que le lan{»age des personnes qui parlent au ministère en votre nom est un autre sujet d'étonnement pour moi. Le système que vient d'adopter la Cour de Vienne ne peut avoir de bons effets, ni donner à l'Europe une paix prompte et solide, qu'autant qu'il sera suivi par les autres Cours de l'Europe. Il me paraît, en conséquence, surprenant qu'au lieu de soutenir et d'encourager les Turcs dans la guerre qu'ils ont avec l'Angleterre et de leur rappeler que cette puis-

me parle effectivement d'une altercation qu'il a eue avec M. de Stiirmer, mais il n'entie dans aucun détail et promet de nous les envoyer par le premier courrier. »

« — Je n'en suis pas étonné, repris-je ; on ne se vante guère de procédés pareils à ceux qu il a eus. Je ne suis non-seulement pas chargé de vous en parler, mais on ne me munit même des pièces ayant rapport à cette affaire inconcevable que dans I intention de me mettre en état de répondre aux questions qu'on me ferait. Ce n est donc pas l'ambassadeur qui vous parle, mais le comte de Metternicb qui s'empresse de vous fournir une nouvelle preuve à 1 appui de son ancienne thèse, que ce sont vos agents à l'étranger qui en grande partie font le malheur de l'Europe ; que ce sont eux qui , animés par je ne sais quel noir esprit, cherchent à embrouiller les choses tant qu'ils peuvent. Vous avez cru avoir des griefs contre l'un de nos ambassadeurs, 1 Empereur mon Maitre s'est plu à le rappeler; il vous fournit maintenant une preuve de modération, de laquelle je vous avoue que je ne me serais pas senti capable, en ne vous adressant pas très-catégoriquement la demande du rappel de M. <le La Tour-Maubourg. »

Je lui fis lecture des correspondances. M. de Ghampagny ne put rien m'objecter qui pût le moins du monde servir la cause qu'il défendait.

11 me dit qu'il serait peut-être chargé de me porter

plainte sur la part que l'on annonçait que notre internonce

sauce n'a retiré de cette guerre que de la honte, les personnes qui parlent en votre nom ne s'occupent qu'à donner aux ministres des craintes imaf[inaires. Cette conduite, si jieu conforme aux scnliments que Sa ^lajcsté l'Empereur d'Autriche jirofesse publiquement, me paraît assez sin{;ulière pour que je me croie obligé de la faire connaître à ma Cour. »

En réponse à cette Note, l'internonce impérial réfuta la supposition d'après laquelle il n'avait pas avisé officiellement la Porte du fait ; voi<n la suite de sa réplique : « Il m'est douloureux, Monsieur rambassadeiu", de voir qu'on se (ait un vrai plaisir de semer la discorde entre Votre Excellence et moi, de lui rendre sus|)ectes des personnes fju'elle honorerait de sa I)ienveillance si elle les connaissait mieux, et de lui faire entendre que moi on les miens sommes capables de tenir un langage et une conduite qui ne soient pas conformes aux sentiments du Maître que nous avons l'honneur de servir. «

(^Nole (le r Editeur.)

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