SUR LA SITUATION EN HONGRIE
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1953. Metternich à Schwarzenboiv; (Lettre). Richmond, le 26 juin 1849.
1953. ...L'Autricbe a de graves problèmes à résoudre; ce sont, selon moi, les suivants :
1" La situation en Hongrie;
2° La situation financière.
Si je m'abstiens de parler ici de l'esprit de désordre qui a envalii le monde, bien que cet esprit soit, à mes yeux, le point de départ de toutes les difficultés du jour, je me tais uniquement parce que je veux parler non de la situation générale,
mais seulement de la situation particulière qui pèse sur notre Empire.
Dites-vous que le désordre en Hongrie ne peut pas prendre fin si le secours ne vient pas du pays lui-même. Le système de \n fusion ne convient pas à ce Royaume; pratiquement, il ne saurait être question que d'un appui, et encore d'un appui réciproque.
lua fusion se faisait tout naturellement d'elle-même lorsque les procédés autoritaires de l'Empereur Joseph II cherchèrent imprudemment à la précipiter. A la suite de l'insuccès de ces tentatives, elle est devenue une impossibilité de fait. La Hongrie n'est plus le pays tel que l'avait trouvé l'Empereur Joseph, mais celui qu'il a laissé à son successeur. Afin de ne pas s'abuser, il faut, pour juger la situation de la Hongrie, considérer deux moments : les diètes de 1790 à 171)1 et de 1825.
Les conséquences des malheureuses tentatives de l'Empereur Joseph, de celles qu'on poursuivait encore comme de celles auxquelles on avait déjà renoncé (double mouvement, double agitation qui ébranlait les fondements du vieil édifice politique), ces conséquences, qui se sont manifestées à la première de ces diètes, on les aurait vues se produire sans les guerres de 1702 à 1814; elles auraient été bien plus redoutables qu'elles ne l'ont été, grâce à la Révolution française et à ses suites belliqueuses. Quoi qu'il en soit de la diète de 1790, elie a créé un état de fait r/ue j'ai toujours onsidéré comme le point de départ de la situation de la Hongine.
La diète de 1825 forme un deuxième chapitre de l'histoire contemporaine de la Hongrie, et pour faire comprendre l'opinion que j'exprime, il faut que je rappelle les faits historiques suivants, qui certainement ne vous sont pas connus.
Dans le cours de l'année 1816, la première de l'ère de la paix, j'ai cru remplir un devoir de conscience en exposant à l'Empereur la nécessité impérieuse de changer le système gouvernemental, comme le demandait le nouvel état de choses. La situation de la Hongrie devait surtout appeler son attention. L'Empereur me donna raison, mais en réalité l'on ne fit rien. On suivit la vieille routine. On avait la paix poli-
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tique, le Gouvernement n'en demandait pas davantage. Le règlement de la situation financière fut la seule tâche qu'on s'imposa; elle était nécessaire, cela est certain; le tort qu'on a eu, c'est de s'en occuper exclusivement, car on ne peut pas régler les finances en les restreignant à la question d'argent; c'est VÉtat qui forme la base des finances, et la tâche d'assurer l'existence de l'Etat n'est même pas le dernier mot du problème; le développement au corps politique revendique aussi ses droits.
Je n'ai pas besoin de dire que dans ma pensée ce développement n'avait rien de commun avec les idées fausses du parti de la réforme, qui prétendait avoir incarné en lui l'esprit du temps; mais, par contre, je voyais clairement que, par suite des tendances qui avaient pénétré manifestement ou secrètement dans toutes les veines du corps politique, le vieil édifice avait besoin de certaines réformes, et que (même si tel n'avait pas été le ca^), après être sorti de vingt-deux années de guerre, accompagnées di^ sacrifices sans exemple, pour entrer dans une période de paix politique probablement assez longue, il fallait avoir égard au sentiment du pays. L'Empereur était de mon avis; mais il s'en tint là, et l'exécution des réformes nécessaires fut ajournée indéfiniment, tant était forte l'habitude du laisser aller de la mac/tine politique, habitude particulière au monde des fonctionnaires en général, et que l'Empereur François n'eut pas la force de vaincre, tout en reconnaissant la nécessité de la combattre.
Avant l'ouverture de la diète de 1825, l'Empereur m'avait exprimé le désir de me voir étudier de près les problèmes à résoudre en Hongrie. Je n'avais pas perdu mon temps, et, depuis la conchi^ion de la paix générale, je m'étais occupé de l'étude d'une situation que je ne connaissais qu'imparfaitement: jusqu'alors. Je fus amené à me préoccuper tout d'abord de cette question : « L'Empereur regarde-t-il l'ancienne Constitution comme la base de l'état de choses politique en Hongrie, qui a besoin d'.iméliorations, ou bien compte-t-il donner à cet état de choses une base nouvelle? » Quand je posai cette question à l'Emps reur, il parut étonné de voir que j'eusse cru
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nécessaire de la lui adresser. «J'ai juré de respecter la Constitution, et je ne viole pas mes serments » , me répondit l'Empereur. « Comment pouvez- vous, après cela, me poser cette question? — Parce que » , répliquai-je à Sa Majesté, « dans le cas où vous êtes résolu à rester fidèle à la direction que vous avez adoptée, la première mesure à prendre devant la prochaine diète sera d'affirmer nettement ce fait. Il faut que le pays soit délivré de l'incertitude où il est à bon droit, et que le Gouvernement trouve le terrain qui lui manque dans la position équivoque où il se maintient. » L'Empereur trouva que j'avais raison et ordonna que le discours du Trône, qui devait être prononcé à l'ouverture de la diète, fût rédigé dans ce sens : « Le résultat de cette démarche « , dis-je à Sa Majesté, « sera de briser l'opposition actuelle et de la couper en deux partis; les gens éclairés et les honnêtes gens se rallieront au Gouvernement, les rêveurs et les hommes possédés de l'esprit du temps se grouperont pour former une opposition soidisant libérale. C'est avec cette opposition que s'engagera la lutte; mais la Couronne aura Vêlement hongrois pour elle, tandis que ses adversaires seront obligés de se placer sur un terrain étranger à la Hongrie. Le droit et la force seront du côté du Gouvernement; ce sera à lui de tirer parti de cette circonstance. »
En entrant dans ces détails historiques, je n'ai d'autre but que de vous préparer à ce que je crois devoir dire sur le quid Jaciendum en ce qui concerne la Hongrie.
Je considère comme bases de mes vues et de mes sentiments dans cette grave question , dans cette question qui touche à l'existence même de l'Empire, les faits suivants, qui, d'après ma conviction intime, sont incontestables.
1. Sous le rapport de son étendue et de ses ressources intérieures, la Hongrie est la partie la plus importante de l'Empire.
2. La nationalité magyare ne peut pas se laisser supprimer; il faut qu'on la réconcilie avec les autres nationalités qui forment l'Empire. Le moyen d'arriver à ce but est indiqué par l'intérêt hongrois lui-même. A moins de s'engager dans de Ion-
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gues luttes, la Hongrie est incapable de former un État indépendant séparé des antres parties de l'Empire d'Autriche. Pour atteindre ce résultat, il faudrait avant tout qu'elle reculât ses frontières dans la direction de l'est et du sud; or, la race magyare n'a aucun des moyens qu'il faut pour cela, sauf celui de la force brutale , dont les autres nationalités du territoire qui s'appelle Hongrie, mais qui n'est pas un pays exclusivement magyare, disposent également vis-à-vis de cette race.
3. La Hongrie est un pays resté slatlonnaire dans la civilisation. La cause de cet inconvénient doit être imputée bien plutôt au pays même qu'à la Couronne hongroise. Elle se trouve surtout dans la lutte entre les vainqueurs et les vaincus qui forment la population de la Hongrie; dans la crainte de la caste exemptée autrefois des charges de l'État de se trouver exposée au danger de voir la caste vaincue sortir de la condition de misera plebs, comme on Ta appelée très-justement. Depuis la Diète de 1825, cette crainte a produit ce que produisent toujours de pareilles situations volcaniques. Une fois qu'on se met à les discuter, on ne songe plus à chercher tranquillement le remède au mal; les vaincus se transforment en vengeurs et ne tardent pas à devenir, sous des chefs intéressés, conquérants à leur tour. Voilà ce qui est arrivé en Hongrie, entre les années 1825 et 1848, et il en est résulté que le pays se trouve aujourd'hui dans une situation parfaitement anormale, dans celle d'une démocratie sans éléments vraiment démocratiques. On avait songé à chercher ces éléments dans la dissolution de tout ordre social, projet qui conduit non pas à la démocratie dans lev rai sens du mot, mais à l'anarchie pure.
4. A la suite de la révolution de Mars et de l'absence de gouvernement qui en a été la conséquence immédiate , la Diète réunie à Presbourg renversa l'ancienne Constitution et en établit une nouvelle, qui non-seulement a détaché la Hongrie de l'Empire pour en faire une république démocratique, mais encore fait de la réunion permanente de la Hongrie au reste de l'Empire une impossibilité absolue. L'Empereur a donné sa sanction à cette œuvre bâtarde.
Les suites du coup d'État révolutionnaire ne se sont pas fait
attendre et ont abouti à Yultima ratio, à la guerre, et la lutte a eu lieu non- seulement entre la Couronne et le pays, mais aussi entre les différentes races qui forment la population de la Hongrie.
Voilà où en sont les choses ; de cette situation résulte naturellement la nécessité pour le Gouvernement de se préoccuper d'une manière sérieuse de la solution. Il n'y a que trois éventualités possibles. Si le Roi triomphe, — comme je n'en doute pas, — il pourra traiter la Hongrie en pays conquis, Pourrat-il la laisser sans Constitution? Certainement non. Sur quelles bases faut-il asseoir cette Constitution?
1° Sur l'ancienne, la traditionnelle;
2» Sur celle de 1848, ou
3" Sur une toute nouvelle?
Si j'avais un avis à donner, voici ce que je dirais :
Â. Le Roi fait de l'ancienne Constitution la base de l'entreprise. Il met cette Constitution en harmonie avec les besoins de l'époque et la situation générale de la Monarchie.
B. Le Roi octroie la Constitution.
C. Il l'asseoit sur la base d'éléments monarchiques, en établissant une juste pondération entre les éléments aristocratiques et ceux qu'on nomme démocratiques.
Pour garantir les premiers, le Roi écarte tout ce qui serait contraire à l'idée de Vunité de l'Empire et au droit de la Couronne de préserver cette unité.
Pour maintenir les éléments aristocratiques, le Roi rétablit la table des magnats avec des membres héréditaires, en lui donnant la forme de la Chambre des pairs anglaise.
Pour maintenir les éléments démocratiques , le Roi établit un droit e/eciora/ répondant à la situation de la Hongrie.
Voilà ce que je ferais si j'étais le Roi. Toute autre tentative échouera, je le crains. On peut concevoir des députations des deux tables formant une représentation centrale, cela est certain. Procédant à' élections populaires, cette représentation ne peut dégénérer qu'en convention démagogique.
Faites de mon idée ce que vous voudrez, elle est honnête et fondée sur une connaissance plus exacte de la situation de la