‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 104 sur 118 · DÉCLARATION · texte numérisé non relu

DÉCLARATION

(Annexe du n° 553.)

354. L'Europe connaît les motifs de la résolution prise par les Souverains alliés, d'étouffer les complots et de faire cesser les troubles qui menaçaient Texistence de cette paix générale dont le rétablissement a coûté tant d'efforts et tant de sacrifices.

Au moment même où leur généreuse détermination s'accomplissait dans le royaume de Naples, une rébellion d'un genre plus odieux encore, s'il était possible, éclata dans le Piémont.

Ni les liens qui depuis tant de siècles unissent la Maison de Savoie à son peuple , ni les bienfaits d'une aduainistration éclairée, sous un Prince sage et sous des lois paternelles, ni la triste perspective des maux auxquels la patrie allait être exposée, n'ont pu contenir les desseins des fauteurs de troubles.

Le plan d'une subversion générale était tracé. Dans cette vaste combinaison contre le repos des nations , les conspirateurs du Piémont avaient leur rôle assigné. Ils se sont hâtés de le remplir.

Le trône et l'Etat ont été trahis, les serments violés, l'honneur militaire méconnu, et l'oubli de tous les devoirs a bientôt amené le fléau de tous les désordres.

Partout le mal a présenté le même caractère, partout un même esprit dirigeait ces funestes révolutions.

Ne pouvant trouver de motif plausible pour les justifier ni d'appui national pour les soutenir, c'est dans de fausses doctrines que les auteurs de ces bouleversements cherchent

une apologie, c'est sur de criminelles associations qu'ils fondent un plus criminel espoir. Pour eux, Fempire salutaire des lois est un joug qu'il faut briser. Ils renoncent aux sentiments qu'ins})ire le véritable amour de la patrie, et mettant à la place de devoirs connus les prétextes arbitraires et indéfinis d un changement universel dans les principes constitutifs de la société, ils préparent au monde des calamités sans lin.

Les Souverains alliés avaient reconnu dans toute leur étendue les dangers de cette conspiration, mais ils avaient pénétré en même temps la faiblesse réelle des conspirateurs à travers le voile des apparences et des déclamations. L'expérience a confirmé leurs pressentiments. La résistance que l'autorité légitime a rencontrée a été nulle, et le crime a disparu devant le glaive de la justice.

Ce n'est pas à des causes accidentelles, ce n'est pas même aux hommes qui se sont si mal montrés le jour du combat, qu'on doit attribuer la facilité d'un tel succès. Il tient à un principe plus consolant et plus digne de considération.

La Providence a frappé de terreur des consciences aussi coupables, et l'improbation des peuples, dont les partisans de troubles avaient compromis le sort, leur a fait tomber les armes des mains.

Uniquement destinées à combattre et à réprimer la rébellion, les forces alliées, loin de soutenir aucun intérêt exclusif, sont venues au secours des peuples subjugués', et les peuples en ont considéré l'emploi comme un appui en faveur de leur liberté et non comme une attaque contre leur indépendance. Dès lors, la guerre a cessé; dès lors, les Etats que la révolte avait atteints n'ont plus été que des Etats amis pour les puissances qui n'avaient jamais désiré que leur tranquillité et leur bien-être.

Au milieu de ces graves conjonctures, et dans une position aussi délicate, les Souverains alliés, d'accord avec Leurs Majestés le lloi des Deux-Siciles et le Roi de Sardaigne, ont jugé indispensable de prendre les mesures de précaution temporaires indiquées par la prudence et prescrites par le salut commun. Les troupes alliées dont la présence était nécessaire

RÉSULTATS DU CONGRÈS DE LAYBACH (lS2l). 517

au rétablissement de Tordre ont été placées sur les points convenables, dans l'unique vue de protéger le libre exercice de l'autorité légitime et de l'aider à préparer sous cette égide les bienfaits qui doivent effacer la trace d'aussi grands malheurs.

La justice et le désintéressement qui ont présidé aux délibérations des Monarques alliés régleront toujours leur politique. A l'avenir, comme par le passé, elle aura toujours pour but la conservation de l'indépendance et des droits de chaque Etat, tels qu'ils sont reconnus et définis par les traités existants. Le résultat même d'un aussi dangereux mouvement sera encore, sous les auspices de la Providence, le raffermissement de la paix, que les ennemis des peuples s'efforcent de détruire, et la consolidation d'un ordre de choses qui assurera aux nations le repos et la prospérité.

Pénétrés de ces sentiments, les Souverains alliés, en fixant un terme aux conférences de Laybach, ont voulu annoncer au monde les principes qui les ont guidés. Ils sont décides à ne jamais s'en écarter, et tous les amis du bien verront et trouveront constamment dans leur union une garantie assurée contre les tentatives des perturbateurs.

C'est dans ce but que Leurs Majestés Impériales et Royales ont ordonné à leurs plénipotentiaires de signer et de publier la présente déclaration.

Laybach, le 12 mai 1821.

{Autriche) Metternicii , le baron de Vincent;

(Prusse) Krusemarck ;

[Russie) Nesselrode, Capo d'Istria, Pozzo di Borgo.

Page 1