VICTOIRE REMPORTÉE PAU LE CABINET AUTRICHIEN
de les voir couronnés de succès que j'adresse un nouvel appel direct au zèle éclairé, à l'énergie et aux talents de lord Strangford.
Voilà ma pensée, et ma pensée tout entière, sur les nécessités du moment. Je n'oublierai pas celles du lendemain ; mais avant de les aborder, il faut préalablement que je sois informé de plusieui's points essentiels sur lesquels le plus prochain courrier de notre envoyé en Russie et l'arrivée de M. de Tatistscheff pourront seuls me fournir toutes les lumières requises.
L'examen de mes transactions avec M. de Tatistscheff vous prouvera, Monsieur le comte, ainsi qu'à lord Strangford, que la hase de la marche pacifique que nous avions proposée se divisait en deux périodes :
La première devait être occupée par l'entente entre les Cabinets aihés;
La seconde, par des ouvertures que les alliés, à la suite d'un accord établi entre eux, seraient convenus de faire à la Porte et d'appuyer auprès d'elle.
Le Cabinet de Russie vient de faire, par l'organe de Votre Excellence et de M. l'ambassadeur d'Angleterre, une démarche diiecte à Constantinople. Il y a en ceci inversion de la marche que nous avons proposée, et néanmoins un bénéfice tout pur. J'entends par bénéfice :
1° Le gain d'un temps précieux, dans la supposition que la Porte dût hâter la réconciliation ;
2° Les facilités qui dérivent pour nous du fait même que la précipitation du Cabinet de Russie, si elle devait conduire à des résultats opposés aux vues démontrées aujourd'hui toutes pacifiques de cette puissance, ne pourra plus, et sans préjuger cependant un arrangement définitif, retomber que sur la Russie elle-même.
Votre Excellence est en conséquence autorisée à procéder avec M. l'ambassadeur d'Angleterre sur la ligne que pourra vous avoir indiquée la correspondance de MM. de Lebzeltern et Bagot. Votre Excellence voit que je n'admets pas que M. l'ambassadeur d'Angleterre ait pu trouver une difficulté ni. 38
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quelconque à suivre linvitation que doit lui avoir adressée sir Charles Bagot.
C'est la Russie fjui a foit précéder l'entente proposée par mon mémorandum du 19 avril par une démarche directe à Constantinople. Il est nécessaire de séparer les périodes et de se dire que, plus dans celle qui aujourd'hui se trouve être la pj'emière il y aura de terrain gagné pour le rapprochement entre la Russie et la Porte, moins il en restera de résey^vc à la seconde période; il serait impossible de ne pas reconnaître dans ce fait un avantage immense pour la cause de la pacification véritable et définitive, et de grandes facilités dans la seconde période de la négociation pour l'altitude collective comme pour celle isolée des Cabinets alliés.
Nous formons en conséquence les vœux les plus ardents pour que vous parveniez à Constantinople à faire le plus et dans le moindre délai possible. Si le Divan calcule bien ses propres intérêts, il devra [);ntager nos vœux sous ce rapport. C'est principalement à lord Stiangford qu'il appartient de le lui faire sentir.
Si la Porte devait insister pour que les relations diplomatiques fussent rétal)Iies le plus vite possible, ce sei'ait à vous <leux de faire valoir à Saint-Pétersbourg les avantages qui devraient résulter, dans l'intérêt même de la pacification intérieure de l'Empire ottoman, de la condescendance de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies à cet égard.
Le jour où il est démontré que la Russie ne veut pas soutenir par la force des armes les prétentions exagérées des (Jrecs, il doit importer à cette puissance de diminuer pour le moins le nombre des victimes que cause la durée de la révolte. Le Cabinet de Saint-Pétersbourg convient que son franc parler est l'une des armes les plus puissantes pour opérer la soumission de ses coreligionnaires. II doit donc raisonnablement chercher à se ])lacer dans une attitude qui puisse lui permettre de se servir de cette arme. Ce n'est pas nous qui pouvons donner ce conseil, tandis que, de la part des représentants des deux Cours à Constantinople, il est simple et naturel. Vous êtes, ainsi que lord Strangford, à même de
VICTOIRE REMPÙRTÉK l'AU LE CABINET AUTRICHIEN (1822). 595
VOUS expliquer vis-à-vis du Cabinet de Russie selon les impressions que vous recevez sur les lieux où vous venez d'être chargé par la Russie elle-même de faire valoir les moyens de conciliation, tandis que notre altitude doit porter et se concentrer sur bien d'autres côtés de la question.
Je me réserve, Monsieur le comte, de faire suivre la présente expédition par une autre, dès que j'aurai pris connaissance des plus prochaines communications de Saint-Pétersbourg. Je crois, en attendant, avoir donné à Votre Excellence toute la latitude nécessaire pour qu'elle puisse avancer dans la nouvelle direction qui vient d'être donnée aux affaires.
Un soin que je ne saurais trop vous recommander, c'est de combiner toutes vos démarches avant tout avec lord Strangford, de manière que les rôles soient distribués de nouveau entre vous avec le même succès qu'auparavant. Je range sur une même ligne d'intérêt le soin que vous entreteniez tous les deux les meilleurs rapports avec MM. les représentants de France et de Prusse, de manière que non-seulement la Porte, mais aussi les Cabinets de ces deux pays, ne puissent douter que s'il y a de la différence dans le plus ou le moins d'activité des rôles de MM. les ambassadeurs et envoyés à Constantinople, il n'en existe aucune ni dans les principes que professent les Cours alliées, ni dans les déterminations et les vœux des Monarques. C'est dans la démonstration de ce grand et bel accord que devra se trouver à la fois un moyen puissant d'action sur le Divan, et un moyen non moins puissant pour l'Empereur de Russie de pouvoir donner un libre essor aux principes qui servent de base et de guide à ses déterminations personnelles
— J'invite Votre Excellence à communiquer la présente dépêche et ses annexes, sans aucune réserve, à M. l'ambassadeur d'Angleterre.
Metternlch à l'Empeieur François (Rapport), Vienne, le 13 juin 1822.
625. M. de Tatistscheff a à remettre à Votre Majesté une lettre autographe de l'Empereur Alexandre. Je lui ai promis
d'en informer Votre Majesté aussitôt après son arrivée ici; car je ne doute pas qu'EUe ne dai{];ne le recevoir encore demain. Je lui ai dit en même temps que Theure qu'il conviendrait peut-être à Votre Majesté de fixer, serait probablement une heure de l'après-midi.
Il attend les ordres de Votre Majesté; je vous prie donc, Sire, de daigner les lui faire parvenir par le grand chambellan.
J'ai lu la copie de la lettre de l'Empereur. Cet écrit est tout à fait satisfaisant, ainsi que toute l'expédition, sur laquelle je ne manquerai pas de venir demain faire personnellement mon rapport à Votre Majesté.
Je prie Votre Majesté de dire à M. de Tatistscheff qu'Elle a déjà été instruite par moi, mais d'une manière sommaire, de l'état actuel des choses, et qu'Elle m'a commandé de venir demain lui rendre un compte plus détaillé de ce qui a été fait.
Que Votre Majesté daigne ajouter qu'Elle sait combien lui, Tatistscheff, a personnellement contribué à amener cette situation favorable ; qu'Elle a toujours été convaincue que l'Empereur Alexandre ne veut que le bien en toutes choses , mais que sa situation est difficile; qu'il se prépare une gloire immortelle par le parti qu'il a piis ; qu'il doit tout à fait compter sur Votre Majesté comme sur son meilleur, son plus sûr ami ; que tel est votre vœu dans cette circonstance comme dans toutes les autres.
En même temps, Tatistscheff désire que Votre Majesté lui dise formellement qu'Elle compte fermement sur l'Empereur Alexandre pour le commencement de septembre, qu'Elle voit dans cette entrevue le salut dans le présent et dans l'avenir, et qu'Elle considère le fait de la réunion des Souverains comme le couronnement de l'édifice.
Je lui ai parlé du changement à faire dans le choix du lieu. 11 partage entièrement cette idée. La raison pour laquelle il désire que Votre Majesté lui parle Elle-même de la réunion, c'est que l'Empereur Alexandre se sent fort par Votre Majesté et qu'il prendra aussitôt sa décision, que Gapo d'Islria voudrait empêcher.
Metternigh, m. p.
Je verrai Tatistscheff aujourd'hui, vers midi, et je lui parlerai comme vous le désirez.
François , m. p.
Vienne, le 13 juin 1822.
EXPLOSION DE LA lîEVOLUTIOX ESPAGNOLE.
626. Metternich à lEmpereur François (Rapport), Vienne, le 21 juillet 1822. — Résolution souveraine de Sa Majesté. — 627. Metternicli à l'Empereur François ( Rapport), Vienne, le 23 juillet 1822. — Résolution souveraine de Sa Majesté.
C26. Le journal ci-anne.\é contient les dernières nouvelles relativement à l'état des choses à Madrid.
D'après cette feuille, le sort de ce pays semble devoir se décider bientôt ou être déjà décidé maintenant. 11 est facile de voir que l'Espagne voudrait se débarrasser de la révolution. Tout dépend d une seide démarche du Roi; cette démarche, le Roi la fera-t-il? Persoime ne peut l'affirmer à l'avance. A mon avis, il y a déjà trop longtemps qu'il hésite. Ce n'est pas de vaines délibérations, mais c'est de l'action que dépend aujourd'hui le sort du Roi et de tout son peuple
Metternich, m. p.
Je vous renvoie ci-joint les annexes. Si le Roi d'Espagne ne triomphe pas, faute de résolution et de courage, on verra se reproduire ce dont je vous ai déjà entretenu une fois à propos de plusieurs Souverains de notre temps.
François , m. p.
Vienne, le 22 juillet 1822.
Metternich à l'Empereur François ( Rapport), Vienne, le 23 juillet 1822.
627. La maison Rothschild a reçu aujourd'hui par un courrier le journal que j'ai l'honneur de joindre au présent rapport.
Votre Majesté verra par cette feuille que l'affaire de Madrid a eu le dénoûment qui n'était que trop à craindre, à cause du caractère timide du Roi.
Le Roi aurait été sauvé personnellement, et il aurait sauvé son Royaume, s'il avait montré du courage et de l'énergie pendant une minute seulement. Au lieu de cela, il semble avoir fondu en larmes.
Actuellement, le résultat inévitable de ce qui s'est passé, c'est que pour tout le monde le ]>ien qui n'a pu être réalisé deviendra forcément un mal inévitable.
A Madrid, tous les fidèles serviteurs du Roi deviendront les victimes du parti révolutionnaire.
Quant à ce que deviendra le Roi, Dieu seul le sait.
Cet état de cboses ne contribuera pas à bâter la répression de l'insurrection dans les provinces, et l'Espagne passera de la certitude du salut aux maux d'une guerre civile dont il est impossible de calculer les suites.
Si j'avais été dans le palais, j'aurais mis le Roi et la famille royale au milieu du bataillon des gardes ; je les aurais menés sans désemparer au milieu des troupes qui campaient hors des murs de la ville, et c'est ainsi que, dans l'espace de quelques heures, j'aurais sauvé le Roi, sa famille et le Royaume. Il seml)le que iSIorilio, qui avait l'autorité et les moyens de le faire, ait subi lui-même la contagion révolutionnaire. Le duc de l'Infantado, qui probablement avait arrangé toute l'affaire, est un homme que je connais comme très-fidèle, mais aussi comme très-faible d'esprit.
Ces événements réagiront d une manière très-fàcheuse sur toute 1 Eunjpe.
Metternich, m. p.
Ce dénoûment des désordres de Madrid est tout à fait regrettable et tourne à la honte du Roi.
François, m. p.
Vienne, le 24 juillet 1822.
ENTENTE DE L'AUTRICHE AVEC L'ANGLETEUIîE (1822). 599
ENTENTE DE l'auTRICHE AVEC l'aNGLETERRE DANS Î-A QUESTION d'oRIENT.
628. Metternicli à lord Strangroid, amljassadeur d'Angleterre à Conslantinople (Lettre), Vienne, le 31 juillet 1822. .
628. Milord, la lettre que vous avez bien voulu m'adresse!' le 25 juin* m'est parvenue si peu de temps avant le départ de la poste ordinaire pour Constanlinople, qu'il ne m'eût pas été possible d'y répondre par cette occasion. Cette lettre offre d'ailleurs tant d'intérêt, elle embrasse des questions si importantes et traitées d'une manière si lumineuse, que j'ai été bien aise de pouvoir en méditer le contenu avant de m'expliquer envers Votre Excellence. Ce retard même lui prouvera la valeur que j'attache à ses communications.
Afin de nous comprendre, Milord, il me semble nécessaire que nous nous reportions à l'époque où vous avez rédigé votre lettre.
L'invitation du chevalier Bagot et de M. de Lebzeltern était parvenue à Votre Excellence ainsi qu'à M. le comte de Liitzow. Les offices portant cette invitation devaient vous avoir prouvé, non-seulement que les dispositions pacifiques de Sa Majesté Impériale FEmpeieur de Russie se maintenaient invariablement sur une ligne analogue au grand caractère de ce Souverain , mais que le désir d'avancer l'arrangement d'une affaire difficile et pénible à tant d'égards avait déterminé l'Empereur à déclarer l'évacuation des Principautés comme suffisante pour entamer le plus tôt possible une négociation avec la Porte préparant le rétablissement de ses relations avec la Russie.
D'un autre côté, M. l'internonce a fait part à Votre Excellence de mes dépêches du 3 juin. Elles renfermaient le mémorandum du 19 avril (n" 618) , et prévenaient Votre Excellence
* Elle a été publiée dans la Sécession des Grecs, par l'rokescli , 1853, t. III, p. 368. (Note de l'Éditeur.)
que M. de Tatistscheff avait emporté ce travail à Saint-Pétersbourg pour le soumettre à son auguste Souverain.
Au moment de la rédaction de ces dépêches, j'avais déjà acquis la certitude que Sa Majesté Impériale agréait ce travail et qu'Elle nous enverrait de nouveau le même négociateur, chargé de se réunir en conférence avec MM. les ministres des Cours alliées à Vienne, afin d'aviser, par un échange de vues et de conseils, aux moyens de mettre en action les principes posés entre M. de Tatistscheff et moi pendant le premier séjour de ce ministre.
Plus tard, A'otre Excellence aura appris l'arrivée de M. de Tatistscheff à Vienne, et l'ouverture des conférences confidentielles établies ici entre les ministres des cinq Cours.
Je dois à ces conférences l'avantage de pouvoir puiser dans les explications mêmes qui y ont lieu, les éléments de la réponse que j'ai à vous faire, Milord. En plaçant les principaux objets dans le même ordre que vous avez suivi dans votre lettre, je tâcherai de vous exposer avec autant de précision qu'il me sera possible mon sentiment sur les questions que vous avez traitées.
La première est l'évacuation des Principautés. Vos remarques sur cet important objet sont aussi judicieuses que vraies ; elles ne prêtent à aucune objection, je les adopte dans toute leur étendue. Rien ne pourrait excuser la Porte si elle ne procédait pas à cette évacuation de bonne foi, sans tergiversation et sans retard. J'admets tout ce que vous dites, Milord, des embarras nombreux qui, dans la situation critique du Gouvernement turc, peuvent entraver l'exécution de cette mesure; mais tout doit céder à la nécessité de remplir un engagement formel tel que la Porte l'a pris envers les ministres des Cours alliées dans les termes les plus clairs et les plus positifs. Cet engagement, plus d'une fois renouvelé et confirmé à la suite de vos différentes représentations, vous a placé, Milord, dans une position si forte, il vous fournit tant de moyens de droit et tant de latitude d'action, que vous serez parfaitement justifié en pressant sans relâche l'accomplissement d'une mesure qui doit précéder toutes nos opérations ultérieures.
ENTENTE DE L'AUTRICHE AVEC I/ANGLETERRE (l82-2). 601
Les communications directes de Saint-Pétersbourgf vous auront instruit que ce n'est pas à l'exécution immédiate et complète des quatre points de Fultimatum russe, — points admis en principe par le Grand Seigneur, — mais au simple fait de l'évacuation des Principautés, que Sa Majesté Impériale a lié l'offre de l'envoi d'un plénipotentiaire de sa part. Il me semble que la plus grande preuve de modération que l'Empereur Alexandre pouvait donner à la Porte et à ses alliés était de n'insister que sur cette clause, en vue d'aplanir toutes les difficultés que les événements de l'année dernière ont fait naître entre les deux puissances. La Porte e»t, par conséquent, plus que jamais tenue de réaliser une mesure qui, d'ailleurs, ne lui impose aucun sacrifice réel, qui au contraire, si elle n'était pas exigée par les puissances conformément aux stipulations des traités, lui serait dictée par son propre intérêt et par celui de ses sujets.
Je suis également d accord avec Votre Excellence sur l'inconvénient qu'il y aurait eu à insister sur l'envoi de plénipotentiaires de la part de la Porte avant d'avoir des renseignements positifs sur l'article de l'évacuation. La nomination même des hospodars, en la supposant définitivement décrétée, ne compenserait pas la non-exécution ou l'exécution imparfaite de cet article. Vous aurez vu, Milord, par plusieurs des dernières explications du Cabinet de Russie, que Sa Majesté Impériale, en admettant qu'il pût y avoir des difficultés pour le choix des hommes à appeler au Gouvernement d'un pays, ne reconnaissait pas dans ces difficultés un motif valable ni pour continuer à infliger à ce pays les souffrances et les ravages qui pèsent sur les Principautés, ni pour ajourner l'exécution des traités.
Je me flatte toutefois, Milord, que grâce à vos soins et à votre persévérance, soutenue par l'activité de MM. vos collègues, l'évacuation aura fait des progrès réels dans l'intervalle qui s'est écoulé depuis le départ de votre lettre, et qu'elle arrivera incessamment à son terme final. Si, dans ce cas, vous aviez jugé à propos d'aborder la question de la négociation sur laquelle je vais m'expliquer tout à l'heure, vos communications
prochaines nous apprendraient probablement les premiers résultats de vos démarches.
Fidèle au résumé du mémorandum du 19 avril, vous avez séparé, Milord, dans votre lettre, Tarticle de l'amnistie de celui de l'envoi des plénipotentiaires.
Il est vrai que ces deux objets ont été placés ainsi dans le susdit travail, où il ne s'agissait que d'indiquer les bases d'un accord entre les puissances. Mais, dans le fait, ils ne peuvent être traités séparément. Je vais les réunir dans un même cadre, et il ne me sera pas difficile de prouver qu'ils doivent nécessairement marcher ensemble.
La grande affaire qui nous occupe offre deux points de vue, distincts en eux-mêmes, mais rapprochés l'un de l'autre par le but auquel nous tendons. L'un est celui qui regarde l'exécution des traités entre la Russie et la Porte et qui, dans le mémorandum du 19 avril, porte la désignation de questions de droit.
L'autre est celui que, dans la même pièce, nous avons placé sous la rubrique d'objets d'intérêt général.
Les Cours alliées n'ont insisté jusqu'ici, dans leurs communications avec la Porte, que sur les articles compris dans la première de ces rubriques. Mais quel est aujourd'hui le but direct de nos efforts? C'est de rétablir le plus tôt possible les rapports qui existaient entre la llussie et l'Empire ottoman avant les événements qui les ont troublés et suspendus. Nous savons et nous reconnaissons tous qu'il est impossible de faire cesser l'état d'incertitude et de danger dans lequel se trouve la Porte, et les fléaux de tout genre qui désolent presque toutes les parties de l'Empire, sans (ju'olle soit parvenue à une réconciliation pleine et entière avec son puissant voisin. Or, pour opérer cette réconciliation, il ne suffit pas que ce que nous appelons questions de droit soit complètement réglé. L'Empereur de Russie n'entend pas rétablir ses relations diplomatiques ordinaires avec la Porte sur la seule base du retour de cette puissance à l'observation stricte des traités.
Sa Majesté Impériale n'a pas rappelé sa mission de Constantinople pour de simples infractions à ces traités. Elle n'a pas
ENTENTE DE L'AUTIIICIIK AVEC LANGLETEHUE (1822). 60:î
voulu que son représentant fût le spectateur journalier de scènes telles que celles qui se sont passées sous ses yeux au mois de mai 1821. Sa Majesté Impériale ne veut pas nonmier un nouveau représentant, spectateur de scènes pareilles, pour le rappeler à son tour. Et que gagnerait en effet l'Empereur, que gagneraient la Porte et l'Europe à voir une mission russe se présenter à Constantinople , s'y établir, — et s'en éloigner de nouveau? Ce second rappel pourrait-il être accompagné dès mêmes ménagements que le premier? Et indépendamment de cet obstacle majeur, l'Empereur Alexandre pourrait-il, après tout, procéder au rétablissement pur et simple d'une mission permanente à Constantinople sans avoir fait preuve par des actes patents que, tout en portant condamnation sur la révolte, il n'a négligé aucun moyen légitime et pacifique pour mettre un terme à des réactions cruelles et pour rétablir la tranquillité dans un Etat voisin, en proie aux plus affreux bouleversements?
Tels sont, Milord, les termes dans lesquels la question est posée maintenant. L'Empereur de Russie est décidé à ne rétablir sa mission à Constantinople qu'après avoir satisfait à ce qu'il regarde comme un devoir sacré, et s'être assuré en même temps que le séjour de cette mission sera à l'abri de nouvelles secousses. La négociation (jue Sa Majesté Impériale fait proposer à la Porte doit avant tout lui en fournir la garantie.
Je conçois bien que cette détermination ouvrira de prime abord un vaste cbamp à l'esprit ombrageux du Gouvernement turc, et qu'il repoussera vivement la perspective d'une transaction dans laquelle il ne croira entrevoir que des chances dangereuses pour son pouvoir et humiliantes pour son orgueil. Mais Votre Excellence , en consultant la seconde partie du mémorandum du 19 avril, se sera bien aperçue que les concessions à obtenir de la Porte seront circonscrites dans des limites précises et modérées; et si, dès les premières explications à ce sujet, nous pouvions lui faire comprendre qu'il ne s'agit pas de porter atteinte à sa souveraineté, qu'on ne lui demandera, pour le rétablissement et la consolidation de la
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paix intérieure de son Empire, que des choses justes, pratiques, compatibles avec sa dignité, conformes à ses vrais intérêts et manifestement réclamées par les circonstances et les positions locales du moment, je serais loin de renoncer à Tespoir de vaincre une répugnance qui tient peut-être en grande partie à Tidée fausse et exagérée que ce Gouvernement s'est formée sur les intentions et les projets des puissances. Je crois, Milord, que, sans vous engager dans la discussion de ces points délicats plus qu'il ne le faudra pour répondre aux questions que la Porte vous adressera sur les objets à traiter dans la négociation qui doit avoir lieu, vous trouverez dans la situation générale et dans les besoins urgents de l'Empire ottoman de quoi présenter au Divan des motifs irrésistibles pour ne pas repousser cette négociation.
Si le Sultan veut rétablir son autorité sur les provinces insurgées autrement que par la force des armes, — et pourrait-il encore compter sur Tefficacité de cette force? — il faut une amnistie et des conditions d'existence admissibles pour les Grecs. Les observations de Votre Excellence sur l'inutilité d'un acte d'amnistie pur et simple , tel que la Porte l'a essavé à plusieurs reprises, sont parfaitement justes ; il faut donc que l'acte qui doit conduire à une véritable pacification ait un caractère essentiellement différent. Nous avons vu plus d'une fois qu'une mesure qui sous telle forme aurait manqué et manquerait encore son effet , peut sous telle autre forme amener des résultats satisfaisants.
Il nous paraît démontré que le Gouvernement ottoman, dans l'état d'exaspération et de méfiance sans bornes qui règne aujourd'hui parmi les Grecs, n'obtiendrait pas avec ses proclamations, de quelque manière <|u'elles fussent rédigées, le simulacre même d'une soumission, aussi longtemps que les Monarques alliés, et surtout l'Empereur de Russie, n'élèveraient pas leur voix pour appuyer celle du Sultan. Mais cette voix, ils ne peuvent la faire entendre que lorsqu'ils auront des l)ases fixes et connues à offrir comme conditions de la soumission. Ce n'est qu'alors qu'ils pourront s'adresser aux insurgés avec la dignité qui convient à leur haute attitude, et avec