‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 16 sur 118 · AUX EALX DE LUCQUES · texte numérisé non relu

AUX EALX DE LUCQUES

dames de différents calibres que nous envoyons au Brésil. L'appartement de Madame rArchiduchesse est aussi soigné que possible ; il est spacieux et meublé avec beaucoup de luxe. Elle a une très-grande et belle salle à manger, un beau salon, une chambre à coucher, un cabinet de toilette et un bain. Outre cela , on a placé sur le pont une très-vaste tente , qui renfermerait facilement trois cents personnes. Le Saint-Sebastien est de même force , et EItz se trouvera par conséquent logé comme s'il était ambassadeur de Neptune lui-même. On ne peut se figurer ce que ces vaisseaux renfermeront de monde ; outre les dames autrichiennes , il y a la Cour portugaise , c'està-dire trois charges de Cour ; chacun de ces messieurs a sa femme et ses enfants avec lui, et ils ont tous une nombreuse postérité ; le grand maître , Castel-^Ielhor , en a cinq. Le père, la mère et les enfants n'ont fait que mettre le cœur sur le carreau depuis Lisbonne jusqu'ici. On a triplé le nombre des officiers de tout grade. Comptez par-dessus tout cela une quantité considérable de vaches , de veaux, de cochons, de brebis, quatre mille poulets , quelques centaines de canards et pour le moins quatre à cinq cents canaris et grands et petits oiseaux du Brésil , et vous devrez concevoir que farche de feu Noé n'était qu'un jeu d'enfant en comparaison du Jean VI. Que Dieu garde ce monde voguant de faire naufrage! L'amiral promet bien le contraire ; il s'engage à arriver du détroit en trente-cinq ou quarante jours ; vous voyez que les Portugais savent aussi être prompts.

Ce 12 août.

25i. J ai fini aujourd'hui ma cérémonie, et con brio, je m'en flatte. L'acte de la remise a été très-beau et très-solennel. On s'est réuni à onze heures , et un quart d heure après , la cérémonie a commencé. Elle a duré une grande demi-heure, et M. de Castel-Melhor a reçu sa Princesse royale de ma main, indigne dès ce moment de toucher la sienne, que les Portugais , hommes et dames , baisent toujours en mettant un genou en terre. A deux heures, nous avons eu un grand dîner qui,

par parenthèse , n'a pas fait honneur au cuisinier de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique. A quatre heures , nous sommes allés tous faire une visite à l'amiral Penrose sur Y Albion, superhe vaisseau de soixante-quatorze. L'amiral a donné un très-beau poùler aux Archiduchesses et au Grand-Duc. On a tiré force coups de canon, et le spectacle était très-beau , vu Je nombre immense de barques qui ont accompagné le bateau du Grand-Duc , sur lequel étaient les Princes et les premiers personnages. Tous les vaisseaux de guerre ont rendu le salut royal, ce qui est toujours, à mon avis, 1 un des plus beaux spectacles que l'industrie humaine ait inventés. A six heures, nous avons conduit le prince de Salern£ et Mgr l'Archiduc à bord de leur frégate, et nous les y avons laissés. Ils partiront cette nuit avec le vent de terre pour Naples.

Ce même Albion s'est fortement battu devant Alger. I^e vaisseau ne s'en ressent plus, mais il y a nombre d'hommes à bord qui ont un bras de moins , entre autres le gendre de l'amiral, qui commande la troupe du vaisseau.

Ce 13 août.

Aujourd'hui, à quatre heures, j'ai conduit Madame l'Archiduchesse à son bord. Nous nous sommes embarqués sur la grande barque du Jean VI. Nous avons traversé le port en étant salués par toutes les batteries de la forteresse, et avec un concours immense de sj)eclateurs. Nous avons mis une demiheure à rejoindre le vaisseau , que Madame l'Archiduchesse a vu j)Our la première fois. Elle a trouvé son appartement très-beau, et elle a raison : il eût été difficile de l'orner avec plus d élégance. Toutes les dames à son bord sont très-bien logées; le reste du monde, comme il peut. A six heures. Madame l'Archiduchesse Marie-Louise est venue nous rejoindre , ce qui a fait recommencer les coups de canon. La mer était couverte de barques, et le plus beau temps a favorisé la fétc. A la nuit , les deux vaisseaux portugais ont été illuminés. Leurs feux se dessinaient à merveille sur une mer calme et plane comme une glace. A dix heures, le vent commençant à deve-

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