LES RÉSULTATS DU CONGRÈS DAIX-LA-CH APELLE
époque un changement de politique en Russie; différents symptômes, peut-être mal jugés dans le temps, avaient alors pu faire naître le soupçon que TEmpereur Alexandre visait à un système d'alliance étroite avec les Maisons de Bourbon en France , en Espagne et en Italie. Une combinaison pareille aurait mis tous les Etats intermédiaires dans la position la plus critique. Elle aurait infailliblement provoqué une contrecombinaison entre l'Autriche, la Prusse et l'Angleterre. Les puissances du second et du troisième ordre se seraient partagées entre ces deux étendards; T Allemagne, point central de l'Europe , aujourd'hui unie, eût couru le risque d'être déchirée de nouveau dans plus d'un sens. Les jalousies , les craintes, les disputes , les provocations inséparables d'un tel état de choses, auraient bientôt placé ces deux corps politiques opposés dans une attitude complètement hostile, et la première contestation sérieuse aurait fait éclater l'explosion.
Il est vrai que ces soupçons et ces inquiétudes avaient déjà en grande partie disparu quelques . mois avant la réunion d'Aix-la-Chapelle, et cependant cette réunion a produit deux avantages inappréciables : premièrement, celui d'avoir entièrement éclairci le terrain, levé tous les" doutes, et pleinement rétabli la confiance de chacun des Cabinets dans la marche et les principes de l'autre, et dans la stabilité de l'union générale ; secondement, d'avoir par des entretiens confidentiels, par des discussions approfondies, par des traits de lumière que tous les bons esprits ont saisis, pénétré les Souverains et leurs ministres de la nécessité de maintenir intact un système qui , quels que soient les mérites et les défauts qu'on lui trouve en théorie, est aujourd'hui le seul praticable, le seul qui convienne à 1 intérêt bien entendu de toutes les puissances, et l'ancre de salut pour l'Europe.
II. — Relativement à la position des puissances envers la France.
La confirmation de la quadruple alliance, pour le cas oîi de nouvelles catastrophes , éclatant dans l'intérieur de la France ,
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menaceraient le repos de ses voisins, est un des bienfaits les pins solides que l'on doive au Congrès d'Aix-la-Chapelle. Il n'était pas sans difficulté de tracer la ligne de démarcation * entre une attitude impérieuse qui, au lieu de conjurer les orages, les eût peut-être soulevés et accélérés, et une mesure de précaution simplement éventuelle et pourtant suffisamment imposante pour frapper les esprits; mais les juges compétents reconnaîtront qu'elle Ta été avec beaucoup de prudence et de discrétion. Il est permis de considérer le danger contre lequel on s'est précautionné par cette mesure , comme plus ou moins probable , comme plus ou moins imminent ; mais il est impossible de ne pas en admettre la réalité , de ne pas convenir même que, dans l'état actuel des choses, la France est, à tout prendre , le pays le moins disposé à respecter la tranquillité générale, le mieux placé et le mieux organisé pour la troubler, et celui qui, après quelques années, pourra l'entreprendre avec le plus de succès. Tant (jue la quadruple alliance subsistera , renforcée comme elle l'est aujourd hui de toute la masse des moyens militaires de l'Allemagne, le chef de parti le plus audacieux, ou même un Roi de France entraîné par la fougue populaire , ne s'avisera pas légèrement de donner le signal de nouveaux combats. Ainsi, au moins un de ces nuages qui assiègent notre horizon ténébreux sera tenu en échec par une réunion de forces respectables; et ne nous eût-on donné que cette garantie particulière, encadrée, pour ainsi dire, dans l'association générale qui fait la base de l'état de paix, le Congrès aurait bien mérité de l'humanité.
III. — Belalïvenicnl à l'état moral et politique de l'Europe.
L'intérieur de tous les pays européens, sans en excepter aucun, est travaillé par une fièvre ardente, compagne ou avant-coureur des convulsions les plus violentes que le monde civilisé ait éj)rouvées depuis la chute de l'empire romain. C'est la lutte, c est la guerre à mort entre les anciens et les nouveaux principes, entre l'ancien et un nouvel ordre social. Par une fatalité pour ainsi dire inévitable, la réaction de 1813, quia