COMMENCEMENT DES CONFERENCES MINISTERIELLES DE VIENNE
Mcttcriiicb au baron do Neiimann, à Londres*. Cinq lettres, écrites du 31 octobre au 17 décembre 1819.
Vienne, ce 31 oclobro 1819.
574. ... La grande affaire allemande va recevoir son complément ici, au mois de novembre prochain. Les affaires
* Le baron de Neumann , que le prini-e bonorait d'une confiance particulière, étail, à cette époque, cliarjjé de la direction de l'ambassade d'Autriche à Londres. (Note de r Éditeur.)
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vont bien; la rage est dans le camp ennemi; elle s'exhale en mensonges, faute de pouvoir se livrer à des attentats. Nous agissons, en attendant, de notre mieux. La chose cependant n'est pas facile, vu les petites peurs, les petites mesures et les grandes craintes de quelques-uns des Gouvernements allemands. iNIais l'affaire n'est pas entre leurs mains. Il s'agit de l'Autriche et de la Prusse. Aussi longtemps qu'elles ne dévieront pas de la route qu'elles se sont tracée, elles seront sûres du succès, et le Gouvernement prussien, qui n'a pas un rôle facile, va très-ferme et très-bien.
Ce 16 novembre.
373. ... .le vous prie de dire à lord Castlereagh que l'ouverture de nos importantes délibérations se fera le 20 du présent mois. Tous les ministres allemands seront rendus ici pour ce terme.
Comme nous ne voulons que ce que dictent la raison et la sagesse la plus commune; comme, loin d'une divergence d'idées, il existe une conformité de vues absolue entre nous et la Prusse ; comme la conduite du Roi de Wurtemberg n'est pas propre à lui attirer des imitateurs, je me flatte que la Confédération sortira plus forte de nos conférences qu'elle ne les aborde.
Il n'est, au reste, question que de consolider la Confédération sur ses bases mêmes et dans sa marche. Les mesures de Carlsbad ne seront ni renforcées ni diminuées; elles existent, elles ne doivent qu'être exécutées, et elles le seront.
J'entre dans ces détails sommaires, parce qu'il serait possible que le ministère de Sa Majesté Britannique fût exposé à recevoir de la part de ses représentants en Allemagne les rapports les plus contradictoires. Je défie qu'il puisse y en avoir un seul qui voie clair dans la situation actuelle des choses. Ce fait tient beaucoup au jeu du parti que nous poursuivons, et qui prend toutes les peines et les formes possibles pour déguiser la vérité. Il est curieux d'observer que nous n'avons pas remarqué une seule critique qui ait porté sur ce
qui a clé fait à Carlshad; toutes portent sur ce qui y a été évité. C'est surtout la commission d'enquête qui tourmente les factieux; aussi lui donnent-ils toutes les attributions qu'elle n'a pas, car ils ne pourraient se flatter de trouver le moindre appui dans le public s'ils soulevaient la véritable question, qui est de savoir : s'il est bien fait que les Gouvernements s'assurent de l'existence réelle, de l'étendue et des moyens employés par des démagogues , qui n'ont visé qu'à un bouleversement total de la société en Allemagne ; entreprise prouvée, connue, suivie et soutenue par tous les moyens les plus criminels.
Cette commission a ouvert ses séances. Les matériaux sur lesquels elle travaille sont immenses ; la plupart sont, à l'heure qu'il est, le résultat d'enquêtes juridiques faites contre des individus convaincus. Nous ne disposons malheureusement que d'un nombre trop grand de matériaux! L'Europe recevra, lois de la publication du travail , une grande leçon sur le danger de caresser des idées subversives de toute société , soutenues par des Gouvernements aveugles ou ineptes, et dirigées par des factieux sous le masque de libéraux bienveillants !
Ce 6 décembre.
576. Nos conférences prennent en ce moment une tournure très-prospère.
Veuillez rassurer lord Castlereagh de ma part sur toute déviation de l'esprit de la Confédération dans l'importante question des rapports politiques et dans la question de paix et de guerre. Jamais il n'a été tenu sur celte dernière question de comités secrets à Francfort; quant à la question de l'acte fédéral, nous la traiterons ici à la satisfaction même de lord Castlereagh, et au grand déplaisir de M. de Capo d'Istria, lequel nous attend Ici. Je prie lord Castlereagh de croire que je connais tous les côtés scabreux de la chose, et que je saurai éviter tous les écueils. La mer sur laquelle je navigue m'est tellement connue, (|ue j'entrerai dans le port quand on nous croira encore bien loin même d'en approcher.
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Une grande et immense cause sera gagnée par raffermissement de ce grand corps social, placé sur des bases toutes pacifiques dans le centre même de FEurope.
Ce 9 décembre.
577. ... Je me flatte que lord Castlereagli sera satisfait de mes deux premiers travau.K soumis à la conférence. Il se convaincra par leur lecture que nous nous sommes appliqués aussi bien à prouver aux confédérés ce que l'Empereur entend par la fcdération, qu à les convaincre eux-mêmes, ainsi que les puissances étrangères, que nous ne voulons apporter aucun changement ni aux bases de la Confédération ni à l'application de ces bases. Nous ne connaissons qu'une loi fondamentale, et cette loi, c est l'acte fédéral lui-même. J'ai déclaré dans le cours de la première de nos séances que l'Empereur regardait cet acte comme tellement sacré , que si par hasard il devait se trouver dans sa rédaction originale une faute de langage, Sa Majesté Impériale n'en permettrait pas la correction. Cette déclaration, et le fait d'avoir abordé la discussion par son coté le plus difficile, — par la détermination des attributions légales de la Confédération , — nous vaudront le succès le plus complet.
Lord Gastlereagh m'a fait quelquefois le reproche de ne pas me mettre assez en avant dans certaines occasions ; il ne portera plus, je l'espère, le même jugement sur mon compte. On me trouvera toujours très-précis dans les questions positives, car ce sont les seules vers lesquelles tende mon esprit.
Ce 17 décenil)re.
578. ... La marche des conférences allemandes continue à être on ne peut plus satisfaisante. La question la plus compliquée peut-être, savoir, l'interprétation de l'article XIII de l'acte fédéral, est presque terminée. Un travail court, mais précis, que j'ai soumis au comité chargé du rapport, comme hase du travail, a été adopté d'emblée et à l'unanimité. Tous
les corollaires qui ont dû en être tirés pour arriver au rapport ont été posés, débattus et arrêtés dans trois séances de ce comité ; le rapport a été fait par le comité dans une séance générale tenue hier, et adopté sauf quelques amendements proposés par de trop zélés amis de la bonne cause. Vous voyez que , bien que nous ne soyons ici que des représentants de Cabinets, nous avons aussi nos ultras. Je me vois de nouveau condamné au sort d'être quelquefois accusé de trop de libéralisme quand je ne défends que ce qui est juste et surtout que ce qui est possible et d'une utilité réelle. Plus heureux que lord Castlereagh, je n'ai d'adversaires à combattre que parmi les hommes qui veulent le bien véritable sur une ligne qui n'est pas toujours pratique. II n'est pas dans mon caractère de leur céder.