‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 89 sur 118 · LA POLITIQUE ALLEMANDE DE METTEUNICII · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE ALLEMANDE DE METTEUNICII

■'»-74. MeUornicli à Berstett, plénij)oteiitiaiie de Raile aux conléicnces de Vienne. Vienne, le k mai 1820.

474. Votre Excellence m'a fait part du désir qu a Son Altesse Royale le Grand-Duc de Rade de connaître aussi exactement que possible les idées du Cabinet impérial et royal sur la situation politique de rAllcmagne en général. Cette invita-

* On connaît, le losultat. Le Roi do Wnrteni1)er{; ne résista pas plus lonj^tcmps et autorisa son inprésenlant à signer l'acle d(':flniiiF. (No(e de l'Editeur.)

LA POLITIQUE ALLEMANDE DE iMETTEUNICU (1820)- :i!i7

tion, venant d'un prince qui donne journellement les preuves les plus louables de la ferme volonté qu'il a de favoriser le bien et de la profonde connaissance qu'il possède de rélémenl bostile qui veut en empêcher la réalisation, cette invitation, dis-je, est d'autant plus flatteuse pour moi qu'elle m'impose le devoir d'instruire Votre Excellence du point de vue auf[uel il faut nous placer pour examiner l'état actuel des choses.

Le temps marche au milieu d'orages perpétuels ; vouloir arrêter la tourmente serait une entreprise vaine. La modération, la fermeté, enfin l'union dans l'emploi de forces bien calculées, voilà les seules ressources dont puissent disposer encore les protecteurs et les amis de l'ordre; c'est en cela seul que consiste à cette heure le devoir de tous les Souverains et de tous les hommes d'Etat bien pensants. Celui-là seul aura mérité ce titre au jour du danger, qui, après s'être assuré de ce qui est possible et de ce qui est juste, ne se sera laissé détourner du noble l>ut de ses efforts ni par les vœux stériles ni parl'abaltement. Le but est facile à déterminer; à 1 heure actuelle, il ne consiste ni plus ni moins que dans le maintien de ce qui existe. L'atteindre, voilà le seul moyen d'assurer le salut de ce qui est ; c'est peut-être même le moyen le plus propre à faire reconquérir ce qui a été perdu. A cet effet, il faut que tous unissent leurs efforts, il faut que tous ceux qui sont guidés par un seul et même principe, par un seul et même intérêt, agissent d accord et prennent des mesures communes. Les matières incendiaires qui étaient préparées depuis longte^Tips se sont enflammées pendant l'époque qui s'est écoulée entre 1817 et 1820. La voie fausse qu'a suivie le ministère framais pendant Ces trois années; la tolérance qui a favorisé eu Allemagne ces théories dangereuses; la faiblesse qu'on a montrée en voulant réprimer les abus de la presse ; enfin la précipitation avec laquelle on a donné des constitutions aux Etats de l'Allemagne du Sud; toutes ces causes ont poussé aux plus funestes excès des partis que rien ne peut contenter.

Rien ne prouve mieux rimpossil)ilité de satisfaire ces partis que l'observation suivante : c'est que les menées les plus actives ont été constatées précisément dans (^elui des États où

l'on a montré la plus grande condescendance pour leurs prétendues aspirations.

Avant le Congrès de Carlsbad, le mal avait pris de telles proportions qu'il aurait suffi d'une complication politique même insignifiante pour bouleverser Tordre social. La sagesse du système adopté par les grandes Cours nous a préservés de ce danger, qui pourrait encore être mortel, même aujourd'hui. Quelle est donc la marche qu'un Gouvernement éclairé doit suivre dans cet état de choses? En posant cette question, on admet comme probable la possibilité du salut, et nous nous croyons pleinement autorisés à concevoir une pareille espérance.

Si maintenant nous examinons les moyens par lesquels on pourrrait atteindre un but aussi élevé, nous nous voyons ramenés au point d'où nous sommes partis. Ainsi, })Our ménager un avenir plus heureux, il faut être au moins assuré du présent; la conservation de l'ordre de choses existant doit, par conséquent, être la première et la plus grave de toutes nos préoccupations. Par là nous n'entendons pas seulement 1 ancien ordre de choses, en tant qu'il a été respecté de tout temps dans certains pays, mais encore toutes les institutions nouvelles créées légalement. L'importance qu'il y a à les maintenir et à assurer leur permanence ressort des attaques qu'on a dirigées avec un acharnement peut-être plus grand encore contre elles que contre les anciennes institutions. Dans les temps actuels, il y a tout autant de danger à passer de l'ancien ordre de choses à un ordre de choses nouveau, qu'à revenir des institutions nouvelles aux institutions disparues. L'un et l'autre également peuvent provoquer une explosion de troubles, chose qu'il faut éviter à tout prix.

Ne s'écarter en aucune façon de l'ordre de choses existant, quelle qu'en soit l'origine; n entre])rendre des changements, s'il pai'aît absolument nécessaire d'en faire, qu'en agissant avec une entière liberté et à la suite d'une résolution bien mùiie : voilà quel est le premier devoir d'un Gouvernement qui ne veut pas être entraîné dans les malheurs du siècle. Une telle résolution, quelque juste et naturelle qu'elle puisse être,

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