SUR LE BARON DE BESENVAL. XXIII
lion légèrement satirique, intitulée le Salon de Bagnolet. Ce poëme, qui ne s^est pas retrouvé dans les papiers du baron , offrait des portraits dont la ressemblance serait perdue pour qous , mais dont la couleur devait être agréable et vive. Il esli permis de le présumer , diaprés le peu de vers imprimés dans un volume de mélanges littéraires , attribués à M. de Besenval. Nous citerons ici des fragmens d^une épUre à Damon , datée de Fontainebleau, 1761, et qui prouvent que, si le baron de Besenval a joué , pendant plusieurs années^ le rôle d'un beureux courtisan , sa vocation ne se prononçait pus encore.
Enfin , par la fraie entrâtes , Damon , me voUà done à la cour amené I #
Là , libre de tous ftolnB^ spectateur sans ivresse ^
De Forguei! ef de la bassesse
le vais ydit le jeu combine.
Quel étrange pays ! quel peuple ! quel tumulte S Quelle divinité demande ici le culte
De Tadorateur prosterne ?
Mais il est arrivé cet instant de détresse.
Où l'huissier, une liste en main ,
De vette loiule qui s'empresse
Fixera ce soir le destin :
Ce ne sont plus ces gens si gonflés d'insolence \ AegardeZ'les pressés, confondus, en silence,
Et le maintifn étndié , Mais surtout inquiets, dans la peur qui les frappe ,
' Que leur nom à Thuissier n'échappe ,
Ou que le roi ne Fait rayé.
^ On croirait que le bien où chacun d'enx aspire , Digne de leur recherche , a droit deles séd^ûre^ Par le prix (|u'oa attache à la réalité i
iXlV NOTICE
Non , d^ua triste souper Pennayeuse chimèrcr Est le bien précieux et l'attrait qu'exagère l<e^^ niisérable yanitë.
Mais parmi ces divers j^ectacles , Par l'indignation je me sens ëmouyoir, En voyant une femme (i) , arbitre des oracles ,
Profaner les droits du pouvoir ; Avilissant le sceptre où sa main participe , Écartant la vertu pour ëlever son sang, Avide de trésors que son faste dissipe , Et prête à su<)comber sous le poids de son rang.
Ici tout est calcul ^ tout y sent la contrainte : Tout visage est couvert du masque de la feinte; De son propre malheur chacun est l'artisan^
La jalousie et les disgrâces, Les contradictions qui germent sur ses traces ,
Voilà les jours d'un courtisan , etc. , etc,
L& Mariage de Figaro fut joué , pour la première foîs , à la fin d'avril 1784. On peut se rappeler que la représentation de cet ouvrage souiSTrit de grandes difficultés. Beaumarcliais , qui traitait de persécution une résistance trop bien fondée , mit tant de suite et d'adresse dans ses démarches , qu'on permît aux acteurs de la comédie d'essayer la pièce sur le théâtre de M. de Vaudreuil , à Génevilliers. L'intention de Tauteur était surtout Ressayer les spectateurs , tous gens de la cour , et de se faire des amis de ceux mêmes que ses peintures insultaient. Cet homme d'esprit les avait devinés. Ils trouvèrent Figaro très-piquant , très-gai ,' presqueidéeenl ,
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(i) Madame de Pompadour.
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et s'intéressèrent à ce que le public ne fut pas privé de ce qui devait Tamuser à leurs dépens. Vainement le baron de. Besenval présenta-t-il cette comédie comme la satire du gouvernement, brodée sur un fond licencieux qui complétait le scandale : il ne fut point écouté.
Beaumarcbais n'ignora point que M. de Besenval était à la tête de Topposition. Ils échangèrent quelques billets aigre-doux , où Beaumarchais n'eut pas toujours l'avantage.
Beaumarchais et madame Dubarry sont peut-être les deux personnages qui caractériseront le mieux leur siècle, aux yeux de la postérité.
L* Académie de peinture comptait le baron de Besenval au rang de ses membres honoraires. Il s'était fait un cabinet de tableaux choisis dans les trois écoles , et passait pour un très-bon juge. L'homme bien organisé n'a pas besoin d'une étude approfondie du dessin et de la théorie des arts. L'instinct du beau lui suffit. Il n'en sait pas assez pour se tromper.
M. le maréchal de Ségur et le vicomte de Ségur son filé ont hérité de cette précieuse collection.
M. de Besenval était passionné pour les jardins , non en amateur fantasque , mais en homme qui sent la nature. Il fit désirer à la reine de posséder et d'acclimater des arbustes étrangers \ et , peu de temps après , une colonie de végétaux précieux et rares^ fut envoyée de Schoênbrun, pour peupler Trianon. On adopta le goût et l'exemple de la reine. On construisit des serres ; on les garnit de plantes achetées à grands frais ; les fleurs entrèrent dans les spéculations du commerce. La fantaisie d'un souverain suffit pour créer une industrie. Quel
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aGcroissement de richesses la Flore française ne doit-ellcr pas à Tamour de Joséphine pour la botanique !
Depuis long-temps , M. 4e Besenval voyait la révolu^ tion s'avancer* Il s'en affligeait d'autant plus , qu'il près*sentait le sort du roi , dont il respectait les vertus, dont il chérissait la bonté , dont il connaissait le penchant à se défier de lui-même et des autres. « Rien , comme on l'a dit , ne rend plus faible que de sentir sa faiblesse. » Mais le baron de Besenval se trompait, en imputant cette grande insurrection aux livres des philosophes. N'assignons pour cause à la révolution , ni tel ou tel livre ha|*di , ni la guerre d'Amérique , ni l'état des finances y ni même les fautes du gouvernement ; mais toutes ces causes réunies. Le progrès des lumières la rendait plus que probable , et la corruption devait la rendre funeste.
L'instruction régulière du procès de M. de Besenval commença le 19 novembre 1789. Au nombre des pièces rassemblées sous ses yeux pour établir sa défense , il aperçut un ordre signé Louis , et portant ces mots : « Le baron de Besenval repoussera la force par la force. » Il s'empara de cet ordre et le déchira. « Quelle impm- I» dence l s'écria M. de 6. . . , procureur de l'accusé \ notre » » plus beau moyen !«*^Mon cher défenseur, lui répon- « dit M# de Besenval , ce bout de papier plairait trop aux » ennemis du roi ; n'ajoutons pas à ses malheurs. — H Mais, répliqua M. de B«.. , le roi n'est pas prisonir nier. -^ Etes-vous. bien sur de cela, reprit son géné- » reux client? » et, quoi qu'il pût dire, il n'ébranla poinjL l'homme de loi qui n'entendait rien «n sacrifices , et pour qui de pareils sentimctis étaient â peu près romanesques*