‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 46 sur 53 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

résulterait pour sa coostitutioa : il assurait lui-même n'avoir jamais travaillé avec plus de plaisir, et il avançait rapidement non^seulementy dans ses ouvrages déjà commencés, mais encore dans ceux quil préparait pour l'avenir. Le mardi 8 mai , il ouvrit au Collège de France la troisième et dernière partie de son cours sur l'histoire des sciences, en résumant tout ce qu'il avait dit dans ses leçons précé* dentés. Il s'éleva avec force contre cette hérésie en histoire naturelle , qui veut ramener tous les êtres de ce vaste univers à une pensée isolée et systématique, et faire des progrès du moment un temps d'arrêt et un obstacle pour l'avenir ( i ). Il indiqua ce qui lui restait à dire sur le globe et les changemens qu'il a éprouvés , et annonça son intention de développer sa propre manière d'envisager l'état actuel de la création , étude sublime dont la mission est de ramener l'intelligence humaine qui méconnaît les choses en les assujettissant h des systèmes étroits , à cette intelligence suprême qui les gouverne , les éclaire et les vivifie toutes, et leur donne leur indivi-

(i) Il i'agit ici de Tunité de com^MMÎtion. C« passage et les suivans sonl extraits de ce qu*a écrit, sur eelte admirable leçon, un des auditeurs les plus distingués, M. le baron de H.

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dualité parfaite , parce qu'elle ne laisse manquer aucune d'elles des conditions nécessaires à son existence , à cette intelligence enfin qui révèle tout et que tout révèle , qui renferme tout et que tout renferme. Il j avait dans cette dernière partie de la leçon un calme et une justesse de perception 9 une révélation franche de la vie intime et complète de l'observateur religieux , rappelant involontairement le livre qui parle de la création à tout le genre humain , la Genèse. Ce rapport plutôt évité que cherché , qui ne se trouvait pas dans les mots , mais dans les idées , parut se faire jour tout à coup lorsque le professeur prononça ces paroles : « Chaque être renferme en lui-même , dans une variété infinie et une prédisposition admirable y tout ce qui lui est nécessaire; chaque être est parfait et viable, selon son ordre, son espèceet son individualité.» Nulle part formulée , il y avait dans toute cette leçon une omniprésence de la cause suprême.

On touchait par l'examen du monde visible au monde invisible ; l'examen de la création évoquait nécessairement la présence du créateur; on eût dit que le voile qui la recouvre allait être déchiré , et que la science allait révéler la sagesse éternellç. Aussi les dernières paroles de

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cette leçon » les dernières que M. Cuvier devait adresser à ses nombreux auditeurs , furent en quelque sorte prophétiques , et lorsqu'il dit : « Voilà » Messieurs , quel sera l'objet de nos investigations 9 si le temps, mes forées et ma santé me permettent de les continuer et de les finir avec vous ; » ceux qui connaissent les destinées des hommes virent qu'il avait placé son action hors de ce monde, et venait de lui dire adieu. Si près d'être appelé devant le redoutable et dernier tribunal , quelles autres expressions eût-il pu employer, plus propres à faire connaître combien il était préparé à y comparaître ?

On assure que l'émotion profonde produite par ce discours fut universelle, et que peu de personnes quittèrent la salle sans éprouver un sentiment vague de tristesse et de respect impossible à décrit^. Le même jour, M. Guvier assista, comme do/coutume , au conseil d'administration du Jyain des Plantes, et donna des' soins , qui furent les derniers , à ce magniBque établissemeçii , qui doit une si grande partie de ses richesrés à son active sollicitude et à sa générosité y<( Tour à tour protégé et protecteur , i) y avfft échappé aux vicissitudes politiques qui av/jienf tout changé hors de cet asile sacré, les

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bomuiQS et les choses. Il faut avoir mérité er obtenu uae grâce spéciale de la Proyidenec pour rester, pendant trente ans de réTolations, à une même place et à une oième affaire. La grandeur d'ame, la pureté des intentions et le désintéressement du cœur, peuvent seules opérer de pareils miracles. »

Le mardi soir, M. Cuvier sentît dans le bras droit un peu d'engourdissement dont il attribua la cause à un rhumatisme. Le mercredi 9, il présida « aveo son activité et sa sagacité accoutumées, le comité de l'intérieur. A l'heure du dîner, l'engourdissement du bras avait augmenté, et en même temps il éprouva une difficulté dans la déglutition. Les personnes présentes k ce dîner n'oublieront jamais le regard et la question qu'il adressa à son neveu lorsqu'il s'aperçut qu'il ne pouvait avaler le pain , non plus que le calme avec lequel il envoya son assiette à madame Guvier , en disant : « Il faut alors- que je mange un peu plus de soupe , » afin de dissiper Tinquiétude qui se peignait sur les visages des convives. M. Frédéric le jeune sortît pour chercher up médecin , et , pendant la nuit , une application de sangsues eut lieu , mais sans amener aucune amélioration. Le jour suivant,

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