‹ Mémoires du chevalier de GramontChapitre 56 sur 62 · A H. MOREAU · texte numérisé non relu

A H. MOREAU

Le vin , grossier, rouge , insipide ,

Ne peut qu’avec peine couler ;

Et je ne saurais avaler Ce vilain Cotignac liquide Sans avoir peur de m’étrangler.

Ce petit dîner, je t’assure ,

Nous tient demi-heure pourtant ;

Mais ne t'en étonne pas tant ,

C’est que Bénédicité dure Un quart d’heure , et Grâces autant.

Après dîner, c'est l'ordinaire ,

Pour aider la digestion II y a récréation ,

Où l’on emploie une heure entière En quelque conversation.

Ces conversations chrétiennes , Vraiment dignes de ces oisons ,

Sont, par cent sortes de raisons ,

De me prouver que les Antiennes Valent mieux que les Oraisons.

Que-tous les jours ma faim soit grande, Mon dîner te le fait juger ;

Cependant , pour ne point charger Mon estomac de trop de viande ,

Mon souper n'est pas moins léger.

Enfin , monsieur, quoi que j'en dise,

J’en dis bien moins qu’il n’y en a ;

Mais il faut finir, car voilà L’heure qui m’appelle à l’église ,

Où les autres chantent déjà.

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