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304 MÉMOIRES [Août 1708]
A mesure que nous montions, nous sentions que le froid nous saisissoit. Enfin nous gagnâmes le sommet, qui a une lieue de chemin, que nous traversâmes, ayant dix pieds de neige sous nos pieds. Il fallut ensuite descendre par un défilé aussi affreux que celui dont nous nous étions servis pour gagner le sommet. A mesure que nous descendions, la chaleur nous gagnoit imperceptiblement. Elle devint enfin si violente et si insupportable, lorsque nous fûmes en bas de la montagne, que nous regrettions le froid que nous venions de quitter.
Nous apprîmes, en arrivant dans la vallée de Monestier^, que les ennemis a voient voulu passer la petite rivière de [la Glarée^], mais que M. d'Artagnan^, qui commandoit de ce côté-là, avoit envoyé deux bataillons aux ordres d'un lieutenant-colonel, dont je suis bien fâché d'avoir oublié le nom, pour s'opposer à ce passage. Ces deux bataillons arrivèrent si à propos, et ils se présentèrent avec une si belle contenance, qu'ils firent repasser la rivière à l'avant-garde de l'armée ennemie, M. de Savoie croyant qu'ils étoient soutenus par toute notre armée, qui étoit encore bien éloignée de là. Le Savoyard, persuadé que le maréchal de Villars arriveroit plus tôt que lui à Briançon, prit le parti de se rendre sur le mont Genèvre, où il y a un petit village, qu'il fit brûler. Il est certain que ce prince y seroit arrivé plus tôt que nous, sans la
1. Le village de Monestier est situé à quelques kilomètres au nord-est de Briançon.
2. Petit affluent de la Durance. — Le nom est en blanc dans le manuscrit.