Guillaume-Hyacinthe, prince de Nassau-Siegen
4. C'est le même que le comte de Vondenberg marqué ci-dessus parmi les morts. Notre auteur tombe dans la même erreur que V Histoire militaire et que la Gazette, qui l'indiquent de même parmi les prisonniers et parmi les morts. La Gazette d'Amsterdam, n° Lxni, le compte seulement comme tué.
5. Il a été question de ces deux officiers, ci-dessus, p. 133.
6. Il dira plus loin (p. 152) qu'il commandait un régiment à la solde de l'évêque de Miinster.
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Denain un butin très considérable. On y trouva beaucoup de munitions de guerre et de bouche, et douze pièces de canon.
Pendant ce combat, nous étions toujours sur les hauteurs de Neuville, non sans beaucoup d'inquiétude de ce qui se passoit. Cependant nous apercevions que le feu de la mousqueterie se replioit du côté de Denain et sur l'Escaut : ce qui nous fît juger que les retranchements étoient forcés. Quelque temps après, nous vîmes paroitre la tête de l'infanterie du prince Eugène qui marchoit droit à Prouvy, où étoil le pont des ennemis, à la tète duquel il y avoit une redoute. Nous ne fûmes pas longtemps sans entendre un feu terrible. Le prince Eugène, outré, comme on peut bien se l'imaginer, de ce qui venoit de se passer, fit attaquer par une partie de ses grenadiers, soutenus par l'autre et par plusieurs bataillons, la redoute dont M. d'Albergotti venoit de s'emparer; mais nos troupes qui étoient dedans, et la brigade de Navarre répandue à droite et à gauche de cet ouvrage, sur le bord et au delà de la rivière, firent un feu si vif et si continuel, que les ennemis perdirent dans cette attaque beaucoup de grenadiers et de soldats. On prétend que, sans la représentation que lui firent les députés des États-Généraux, il auroit sacrifié une partie de son infanterie.
Le feu ayant cessé, nous mangeâmes un morceau, mes camarades et moi. Ensuite, je m'en allai me promener du coté de la rivière de la Selle pour faire boire ma petite chienne. Dans le moment qu'elle buvoil, j'entendis une décharge de mous(|ueterie des plus furieuses qui venoit du côté de Denain. Nous apprîmes
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depuis que ie maréchal de Villars, après avoir donné les ordres nécessaires pour empêcher les ennemis de passer l'Escaut, et avoir remis en bataille les bataillons qui avoient attaqué les retranchements, avoit pris un de ses pistolets (par parenthèse, notre général étoit un peu ratier de son naturel), et, l'ayant tiré en l'air, il se mit à crier : « Vive le Roi ! » Cette infanterie, à son exemple, fit une décharge générale, dont il y eut plusieurs chevaux des officiers généraux de tués. Ma chienne eut si grand'peur de cette décharge, qu'elle se mit à fuir du côté de l'armée des alliés, la Selle entre eux et moi. Je fis bien trois cents pas auparavant de pouvoir l'attraper. Enfin, dans le temps que je la mettois sous mon bras, je vis un homme qui venoit du côté de Denain et qui me fit signe avec son chapeau. Lui ayant fait le même signe, il s'approcha de moi, et il me demanda s'il y avoit bon quartier. « Oui, « Monsieur, lui dis-je, bon quartier; je vous en donne « ma parole, » Lorsqu'il fut près de moi, je vis un jeune homme, âgé environ de vingt-quatre ans, bien fait et d'une aimable figure. Il avoit un habit uniforme blanc dont les revers des manches étoient bleus, un gilet rouge brodé en or, la culotte de la même couleur, aussi bien que ses bas, qui étoient de soie, dont les coins brodés en or, des souliers de maroquin avec des talons rouges, sa perruque bien poudrée, enfin paré comme un petit-maître. En arrivant auprès de moi et me présentant son épée : « Je me rends, me « dit-il, votre prisonnier. » Je ne voulus point recevoir son épée; je lui demandai d'où il venoit si bien ajusté. « Eh, Monsieur, me répondit-il, de cette triste « tragédie. Certainement nous ne vous attendions
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« point. J'élois prié aujourd'hui, cotitinua-t-il, à dîner « chez M. le comte d'Albumarle, notre général; il « devoit y avoir, après le dîner, un concert et un bal « après. Mais Messieurs les François nous ont entiè- « rement dérangés dans nos plaisirs. » Il me dit ensuite qu'il avoit admiré l'ardeur avec laquelle nos bataillons avoient marché à leurs retranchements, leur bon ordre, et la promptitude avec laquelle ils les avoient franchis. Il me raconta ensuite de quelle manière il s'étoit sauvé : « En voulant, poursuivit-il, « gagner le pont comme les autres fuyards, je m'aper- « çus qu'il étoit rompu, ce qui m'a fait prendre le « parti de longer l'Escaut sur ma droite ; j'ai trouvé a par bonheur, en deçà d'un moulin, deux troncs a d'arbre étendus sur cette rivière, sur lesquels il y « avoit des fascines ; j'y ai passé, et ensuite, ayant « marché encore sur ma droite, j'ai vu vos troupes « sur cette hauteur. Je les ai prises pour celles de « l'armée du prince Eugène. Je n'ai reconnu ma faute « que lorsque je vous ai aperçu : ce qui m'a engagé « de me rendre votre prisonnier, craignant de tom- « ber entre les mains de vos soldats. » Je le menai à notre brigadier, qui le conduisit lui-même, après que nous eûmes passé l'Escaut, au maréchal de Villars. C'étoit le comte de la Lippe\ d'une des meilleures maisons de l'Allemagne ; il étoit colonel d'un régiment au service de l'évéque de Munster.
Le maréchal de Villars n'avoit cessé, auparavant le combat et après, d'envoyer des aides de camp pour avoir des nouvelles de l'arrière-garde de notre armée;
1. Un des fils de Simon-Henri, comte de la Lippe, peut-être Auguste- Wolfard, né en 1688.
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et c'étoit avec juste raison ; car le prince Eugène pouvoit aisément passer la Selle, ou il y a plusieurs gués, pour le charger, d'autant plus que notre armée étoit séparée en deux par l'Escaut.
Nous perdîmes dans ce combat le marquis de Tourville, colonel, qui fut tué*; il étoit le fils unique du maréchal de Tourville, un des plus grands et un des plus célèbres hommes de mer que la France ait jamais eus. Il y eut quatre cents hommes, tant grenadiers que soldats, de tués, et environ huit cents de blessés, parmi lesquels se trouvèrent le chevalier de Tessé^, colonel du régiment de Champagne^, le marquis de Meuse'* et M. de Gensac^, tous deux colonels d'infanterie, et beaucoup d'officiers particuliers tant tués que blessés.
Jamais projet n'a été si bien conçu, ni mieux exécuté. Dès ce moment, les affaires de France changèrent de face. Notre guerre de défensive, dans laquelle nous avions été obligés, malgré nous, de rester pen-
1. Louis-Alexandre de Cotentin, comte de Tourville, était colonel d'un régiment de son nom depuis février 1709; il n'avait que vingt-deux ans.
2. René-François de FrouUay, ûls cadet du maréchal (1687- 1734), commanda d'abord le régiment de Tessé (1703), puis celui de la Couronne. Il venait d'avoir le régiment de Champagne en février 1712.
3. Ce régiment, le quatrième des vieux corps, avait été formé dès 1569 avec les vieilles bandes de Champagne.
4. Henri-Louis de Choiseul, marquis de Meuse, commandait depuis 1704 le régiment d'Agenois; en récompense de sa belle conduite à Denain, il eut le régiment du comte de Tourville. Il devint lieutenant général en 1738.
5. Gilles-Gervais de la Roche-Lomagne, marquis de Gensac, colonel depuis 1703.
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dant plusieurs années, se tourna tout à coup sur l'offensive^.
Plusieurs personnes ont voulu donner l'honneur de cette entreprise au maréchal de Montesquiou^. Cependant il m'a été dit que le maréchal de Villars ne lui en avoit fait part que le soir précédent (il est à remarquer que ces deux généraux étoient mal ensemble). Et voilà de quelle manière la chose m'a été racontée : que le maréchal de Villars, l'ayant pris en particulier, lui avoit demandé son amitié par rapport au Roi et à la patrie, et en même temps son conseil touchant ce projet, qui étoit de tâcher, en dérobant une marche au prince Eugène, de se poster entre Denain et Marchiennes. « Et, par cette posi- « tion, lui dit-il, j'empêcherai les ennemis de faire le « siège de Landrecies, ayant toutes leurs provisions et € de guerre et de bouche à Marchiennes, dont il nous « sera aisé de faire le siège; » que, sur ce propos, le maréchal de Montesquiou avoit répondu : « Mais, que « ferez- vous de Denain? » — « Denain, lui répliqua « M. de Villars, ne m'est d'aucune conséquence; les « alliés n'oseront jamais déboucher par ce camp en « présence de notre armée. »
1. Ce qui est surtout remarquable, c'est l'importance des suites de la victoire de Denain, étant donné le petit nombre des troupes engagées. Les alliés n'eurent en ligne que seize bataillons sur cent cinquante-cinq, et leur cavalerie resta intacte; du côté des Français, quarante bataillons seulement prirent part au combat, sur cent trente-neuf.
2. Le général Pelet [Mrinoirrs militaires, p. 70) a adopté cette opinion; mais elle semble contredite par les correspondances officielles publiées en appendice dans le Journal de Dangcau, t. \IV, p. 290-314.
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Il est certain que, si nous ne nous étions pas rendus maîtres du camp de Denain, le principal dessein du maréchal de Villars auroit aussi bien réussi par rapport à la levée du siège de Landrecies ; mais l'action n'auroit pas été aussi éclatante, ni si brillante. On prétend donc que ce fut M. de Montesquieu qui conseilla à M. de Villars d'attaquer le camp de Denain.
Enfin, deux heures avant la nuit, nous passâmes l'Escaut pour gagner le camp. Notre armée avoit sa droite au village de Marquette* et sa gauche à la censé de Hurtebise, l'Escaut devant nous. Notre brigade étoit campée vis-à-vis de Bouchain, à deux portées de canon de cette place.
Le maréchal de Villars, n'ayant plus rien à craindre de la part du prince Eugène, fit partir pour la cour, qui étoit alors à Fontainebleau, le marquis de Nangis, et ensuite il envoya M. d'Albergotti, à la tète de la brigade de Bourbonnois, avec dix pièces de canon, pour s'emparer de l'abbaye de Saint-Amand, dans laquelle il y avoit six cents hommes, qui se rendirent le lendemain à discrétion^.
Notre général, sans perdre un moment de temps, avoit envoyé, en même temps que M. d'Albergotti, le comte de Broglie pour se rendre maître, avec un gros détachement, de l'abbaye d'Anchin, nommée autrement les Quatre-Glochers. Il y avoit dedans deux cents hommes, qui se rendirent à discrétion^, aussi bien que les troupes qui étoient dans l'abbaye de Hasnon et dans le bourg de Mortagne, qui se rendirent