‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 72 sur 203 · Tome I, p · texte numérisé non relu

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72 MÉMOIRES [Juillet 17H)

M. de Gassion laissa dix escadrons à une demi-lieue de cette dernière place, pour favoriser sa retraite. Il arriva le 10, à la petite pointe du jour, sur le camp ennemi, qui ne s'attendoit pas à être réveillé si matin, et sur-le-champ il lâcha tous nos housards et la moitié de nos dragons dans ce camp. Ils n'eurent pas grande peine à massacrer tous ceux qui se présentèrent, cavaliers, soldats, (jui tàchoient de se sauver en chemise vers Douay. Le camp fut pillé, et ensuite on y mit le feu. L'alarme se répandit bien vite dans Douay. On fit beaucoup de prisonniers, et on amena à notre armée environ quatorze cents chevaux. Nous prîmes trois étendards et un drapeau*. Un de nos housards revint de cette expédition dans une berline tirée par quatre beaux chevaux, qu'il avoit prise ; il passa devant notre régiment et devant toute notre infanterie : ce qui nous fit beaucoup rire, en voyant la gravité de ce personnage.

Après cette affaire finie, le comte de Gassion se retira à Bouchain, sans être nullement inquiété. Il perdit peu de monde. M. de Coëtmen, colonel réformé de dragons^, fut tué, et le baron de Ratsky blessé. Pour assurer davantage l'expédition de M. de Gas-

1. Voyez les rapports officiels du maréchal de Villars et du comte de Gassion sur cette affaire, et la lettre de félicitation du Roi, dans les Mémoires militaires, p. 621-62(3, et dans les Mémoires du maréchal, p. 113-117, les récits de V Histoire militaire, p. 509-518, de la Gazette, p. 898-400, de la Gazette d'Amsterdam, n" lvi et Extraordinaire, et des Mémoires de Sourches, t. Mil, p. 152-154.

2. Il commandait un r«'f»iment de dragons depuis juin 1708. Son frère, qui devait devenir maréchal de camp en 1748, lui succéda.

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sion et sa retraite, le maréchal avoit envoyé M. d'Albergotti au village d' Aubigny ' , situé au delà du Genset et vis-à-vis d'AubencheuP, à la tête de deux mille grenadiers, et il fit attaquer les grandes gardes de cavalerie de l'armée ennemie, afin d'attirer l'attention de Marlborough de ce côté-là.

Je ne sais point la raison pour laquelle le maréchal de Villars ne fit point attaquer en même temps le poste de Chantereine, d'autant plus que toute notre infanterie étoit sous les armes, à qui on fit faire, pendant presque tout ce jour-là, toutes sortes d'évolutions. La retraite de M. de Gassion auroit été plus assurée par Arleux, et il auroit épargné par là six lieues au moins à faire à nos troupes. Il lui étoit cependant très important d'enlever ce poste à l'ennemi le plus tôt qu'il lui seroit possible. L'affaire de Douay fut très bien projetée et très bien exécutée.

Le château de Chantereine repris sur l'ennemi. — Le 23, le maréchal ayant appris que les ennemis avoient décampé pour aller le 20 à Bruay^ et le 21 à Lillers, et que M. de Marlborough avoit rappelé une partie des troupes qui composoient le camp sous Douay, il profita de cet éloignement pour reprendre le château de Ghantereine. Il chargea le maréchal de Montesquieu de cette besogne, qui se trouva, à la petite pointe du jour, le 24, avec vingt-cinq bataillons et vingt-six escadrons devant ce poste, que les ennemis avoient très bien fortifié^, et dans lequel ils

1. Aubigny-au-Bac, dans le canton d' Arleux, qu'il ne faut pas confondre avec Aubigny-en-Artois (ci-dessus, p. 31).

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