‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 1 sur 207 · ESSAI DE MES MÉMOIRES · texte numérisé non relu

ESSAI DE MES MÉMOIRES

Il seroit à souhaiter pour leurs profits que les jeunes seigneurs, et même les simples gentilshommes qui entrent dans le service, fissent un journal exact de leurs campagnes et de leurs voyages; car, quel

1. Le manuscrit original de ces Mémoires a été libéralement communiqué à la Société de l'Histoire de France par le général Pierre-Élie Fabre, commandant la 57^ brigade d'infanterie, qui en est possesseur. Je le prie d'agréer ici mes remerciements et ceux de la Société. — Il m'arrivera fréquemment de citer dans mes notes l'édition des Mémoires de Saint-Simon entreprise dans la collection des Grands Ecrivains de la France. Il n'est que juste de dire ici que je n'indiquerai point tous les emprunts faits par moi au commentaire si abondant de M. de Boislisle. Ce commentaire des volumes déjà parus et les matériaux réunis sur la suite des Mémoires, matériaux que M. de Boislisle a bien voulu m'autoriser à utiliser, ont été le répertoire toujours sûr et précis où j'ai puisé la matière d'une bonne partie des notes biographiques, géographiques et historiques qu'on trouvera au bas des pages qui vont suivre.

plaisir n'auroient-ils pas, lorsque la santé, les blessures, l'âge avancé, et souvent une injustice, les ont obligés de se retirer, de lire de temps en temps des Mémoires qui retraceroient à leurs yeux, non seulement leurs actions, mais celles des officiers généraux, des officiers subalternes, et même celles des simples soldats! Chaque fois qu'ils lesliroient, ils renaîtroient pour ainsi dire.

J'ai fait les relations de mes campagnes* ; je me suis reproché mille fois de ne les avoir pas faites plus détaillées^. Pour réparer en quelque manière cette faute, je vais tâcher de me rappeler le mieux qu'il me sera possible les voyages, les campagnes, enfin toutes les particularités d'une vie qui a été assez traversée par bien des chagrins,- des contretemps, des inquiétudes et des embarras, malgré le mariage que j'ai fait, qui, selon les apparences, devoit me mettre en état de faire une fortune brillante^, secondé du

1. L'auteur des présents Mémoires est Joseph Sevin, chevalier, puis comte de Quincy, né vers 1678, mort chevalier de Saint-Louis et lieutenant de roi de l'Orléanais en 1749. C'est entre 1738 et 1742 qu'on en peut fixer la rédaction, ainsi que divers passages permettent de l'établir (ci-après, p. 27, note 4). Il perdit sa seconde femme en 1738, et c'est à la suite de son veuvage qu'il écrivit ses souvenirs.

2. Ces relations faites au jour le jour sont sans doute celles qu'il communiquait à son frère le marquis de Quincy, auteur de V Histoire militaire du règne de Louis le Grand (Paris, 1726, 7 vol. in-4°), ainsi qu'il le dira à diverses reprises, notamment dans le récit de la campagne de 1704.

3. Il veut sans doute parler de son premier mariage avec Madeleine de Sève (28 mai 1714), riche veuve d'Orléans, mais d'un âge déjà mûr, puisqu'elle avait trente-six ans lors du mariage, comme son mari. Voyez la Notice préliminaire qui sera placée en tête du volume.

zèle extrême que j'avois pour le métier de la guerre. Mais la suite fera voir que ces avantages ne sont rien, s'ils ne sont accompagnés d'un certain bonheur.

Comme j'écris pour moi, et non pour le public, car en vérité ces Mémoires ne méritent pas de lui être communiqués, j'écrirai le plus simplement, et surtout le plus fidèlement que je pourrai, car je n'ai pas encore oublié ce que j'ai lu dans Cicéron* : Quis nescit primam esse historiœ legem, ne quid falsi dicere audeat^ ne quid veri non audeatf

Je suis né d'un père^ qui étoit d'une ancienne noblesse de Languedoc, illustre dans l'épée, dans la robe, dans l'Église et dans l'ordre de Malte ^. Il avoit été chevalier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Il quitta la croix, parce qu'on lui refusa une commanderie qui étoit destinée à son frère ^, aussi chevalier de cet ordre, qui avoit été tué contre les Turcs en commandant un vaisseau de la Religion au combat des Dardanelles, en 1 656 ^ ;

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