‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 147 sur 207 · Actuellement hameau de la commune de Roncoferraro · texte numérisé non relu

Actuellement hameau de la commune de Roncoferraro

3. Les Bollandistes [Acta Sanctorum, avril, t. Il, p. 18) disent en effet que l'entrevue eut lieu sur le Mincio, mais sans préciser l'endroit.

4. Fortification à trois saillants et deux rentrants, dont les côtés extrêmes se rétrécissent du côté de la place.

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un chemin couvert et un bon fossé. Ce fut par cet endroit que nous fîmes notre attaque. La tranchée fut ouverte le même jour que nous arrivâmes. Le 1 8 au matin, nous entendîmes un grand feu de mousqueterie sur notre droite : c'étoit nos dragons et nos grenadiers qui escarmouchoient contre un gros corps de troupes ennemies aux ordres du prince Eugène, qui venoit au secours de Governolo au delà du Mincio. J'eus la curiosité de les voir passer. Comme nous étions campés derrière une digue qui est le long de cette rivière au-dessous de Governolo, et qu'il n'y avoit que le Mincio entre eux et nous, je montai sur la digue, et, voyant qu'ils étoient à découvert, je fus prendre un fusil aux faisceaux de notre compagnie pour tirer sur eux. Après que j'eus escarmouche pendant quelque temps, un des caporaux de la compagnie s'aperçut, malheureusement pour lui, que je me servois de son arme. Il vint à moi : « Jeune homme, « me dit-il, rendez-moi mon fusil; je m'en servirai « aussi bien que vous. » Je ne lui eus pas plus tôt rendu qu'il tira sur un soldat que je vis tomber du coup ; mais, en même temps, mon pauvre caporal reçut un coup de fusil, dont il tomba mort à mes pieds. Je l'ai bien regretté, d'autant plus que sa mort fut la cause de celle d'un capitaine du régiment, nommé k Tignac, qui fut tué l'après-dîner, en allant examiner

l'endroit où le caporal avoit été tué. Nous lui avions donné à dîner, et, pendant le repas, nous ne parlâmes que du caporal : ce qui l'engagea de se transporter à ce fatal endroit, où il reçut une balle qui lui fracassa l'os au-dessus du coude ; il mourut dix jours après. Ainsi je fus la cause innocente de la perte de

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ces deux braves gens. Il y eut une trentaine de grenadiers et de dragons tués dans cette escarmouche. On me tint parole : je fus nommé à la compagnie du malheureux Tignac.

Revenons au siège. Le 19, une batterie de sept pièces de canon commença à tirer à la pointe du jour sur la cassine retranchée et sur les autres qui étoient en deçà du Mincio; elle ne discontinua pas de tirer jusqu'au %% au matin. Ce jour-là, M. de Vendôme ayant tenu un conseil de guerre, il y fut résolu, attendu la saison et le mauvais temps qu'il faisoit, et malgré le sentiment de M. de Chartoigne, lieutenant général très reconnu pour un excellent officier général d'infanterie, d'attaquer la cassine retranchée. Il est certain que M. de Chartoigne pensoit juste, et en homme qui sait son métier ; cette cassine n'étoit nullement attaquable pour le présent ; mais le marquis de Vaubecourt réfuta ses raisons avec tant de vivacité, que tous les généraux acquiescèrent à son avis. Il dit, entre autres raisons, qu'il y avoit des temps où il falloit aplanir les difficultés, au lieu de vouloir les augmenter.

L'attaque étant résolue, on répandit le long de la parallèle plusieurs piquets d'infanterie, pour faire un feu continuel, afin de protéger l'attaque. J'étois de l'un de ces détachements. Ainsi je vis à mon aise l'action. Les deux compagnies des grenadiers du régiment marchoient à la tète de toutes les autres compagnies. Bibion, lieutenant des grenadiers du régiment^, marchoit le premier, l'épée à la main, à la

1. Il dira plus loin (p. 265) que cet officier était d'Arles. La

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tête de dix grenadiers. Coudras^, son capitaine, suivoit avec le reste de sa compagnie, et la seconde compagnie des grenadiers du régiment avec toutes les autres compagnies de grenadiers commandées. M. de Vendôme fut témoin de cette attaque avec les officiers généraux. Bibion, ayant fait mettre une seule planche sur le fossé, le passa promptement avec les dix grenadiers, et il monta le retranchement si précipitamment, suivi de tous les grenadiers, qu'il surprit les ennemis, dont la moitié étoit endormie. Il entra pêlemêle avec eux dans la cassine. Tout fut sabré, à l'exception d'une trentaine de grenadiers, qui furent faits prisonniers. Nous eûmes plusieurs des nôtres de tués et de blessés. Coudras fut du nombre des derniers, et si dangereusement, qu'il mourut de sa blessure en même temps que le pauvre Tignac. Ainsi il y eut deux compagnies vacantes, dont j'eus la première et fiibion la seconde. Coudras étoit frère de M. de Boyveau, alors lieutenant de roi des Invalides et commandeur de l'ordre de Saint-Louis, qui avoit perdu un bras, étant capitaine au régiment, au siège de Grave 2, dont la défense fit tant d'honneur à M. de Chamilly^,

Gazette de 1703 (p. 12) l'appelle M. du Buisson, et il est nommé Vibion dans la lettre du Roi indiquée ci-après, p. 264, note 4.

1. N. de Boy veau, sieur de Coudras, d'une famille de Bourgogne.

2. Ville forte du Brabant, sur la Meuse. Assiégée par le prince d'Orange en 1674, la ville ne se rendit que sur l'ordre réitéré du Roi, après une défense admirable. {Mémoires de Saint- Simon, éd. Boislisle, t. IX, p. 8.)

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