‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 199 sur 207 · Au sud, entre Mortara et Casai · texte numérisé non relu

Au sud, entre Mortara et Casai

[Mars 1704] DU CHEVALIER DE QUINCY. 359

ses cavaliers, et il se mit en état, ayant reconnu le peu d'hommes que son ennemi avoit, d'attaquer le château ; mais, le capitaine l'ayant reçu avec la même fermeté avec laquelle il avoit marché à lui, il ne songea plus qu'à faire retraite : grande mortification pour un officier général qui avoit déjà une très grande réputation, d'autant plus qu'il y perdit un de ses capitaines, plusieurs grenadiers et plusieurs dragons*. La nouvelle de cette action fit un véritable plaisir à M. de Vendôme, qui en informa aussitôt la cour. M. de Campanelle eut une pension de quatre cents francs et la croix de Saint-Louis. Il seroit à souhaiter, pour le bien du service, que l'on n'accordât ce dernier honneur qu'à de pareilles actions. Il y en auroit peu; mais ceux qui en seroient revêtus seroient plus distingués, et le proverbe qui dit qu' « il est honteux de « l'avoir et de ne l'avoir pas » n'auroit pas lieu. M. de la Neuville fut fait capitaine, et il eut trois cents francs de pension. l^v..-.

Le jour auparavant que je fus relevé de cette cassine près de Novare, M. d'Espinay eut ordre d'aller, avec ses cinquante maîtres, enlever la femme d'un trésorier de M. de Savoie que son mari menoit à Verceil. Cette femme, qui avoit volé sa caisse, s'en étoit enfuie à Milan accompagnée de son amant. Son mari, l'ayant suivie, eut l'adresse de la faire mettre dans une chaise de poste, dans laquelle, comme je l'ai dit, il la ramenoit à Verceil, où, certainement, la pauvre femme auroit passé de mauvais jours ; mais son ga-

1. Les Mémoires militaires (t. III, p. 365) mentionnent ce fait d'armes, mais sans aucun détail.

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lant, conduit et conseillé par l'amour, en vint donner avis au comte d'Estaing, en lui disant que sa maîtresse avoit des choses très importantes à lui communiquer. Notre général envoya promptement M. d'Espinay après elle. En partant, il me pria de m'avancer avec mon détachement à une lieue de notre cassine du côté de Verceil, afin de favoriser sa retraite. Je laissai dix hommes dans mon poste, et je m'en allai m'embusquer. Un peu plus tard, le capitaine auroit manqué son coup ; la chaise étoit déjà au delà de la Sesia, à deux cents pas de Verceil, lorsque dix maîtres, qu'il avoit envoyés devant lui, tombèrent heureusement sur la chaise. Qui fut bien contente? ce fut Madame la trésorière ; elle se voyoit délivrée de son mari par l'homme du monde qu'elle aimoit le plus, car son amant avoit marché à la tète des dix cavaliers. M. d'Espinay ne leur donna pas le temps de s'embrasser; il s'en revint très vite, après avoir fait mettre pied à terre au pauvre mari, qui avoit un passeport et qui donna l'alarme à Verceil. Il n'eut pas plus tôt repassé la Sesia, qu'il vit sortir de la place un gros de cavalerie. Lorsqu'il eut passé d'un certain espace l'endroit où je m'étois embusqué, il s'arrêta. Je vis, un moment après, paroître les ennemis, qui s'arrêtèrent aussi, se doutant bien qu'il y avoit de l'infanterie embusquée. Après que j'eus fait boire un coup à Madame la trésorière, qui étoit très jolie, nous nous en retournâmes dans notre poste. M. d'Espinay mena les deux amants au comte d'Estaing à Novare. Il étoit revenu de sa conquête de Robbio ^ La dame lui

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