Dangeau, t. VI, p. 124; Gazette, p. 182. — Charles-Emma
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Je ne manquois pas un seul jour de parcourir avec mes camarades toutes les tranchées et de les examiner toutes jusqu'à la moindre particularité. J'étois charmé de voir et d'apprendre tout ce qui se passe pour l'attaque d'une place. Il y avoit à profiter, puisque la matiière avec laquelle le grand Vauban conduisoit les attaques de ce siège a été regardée par les plus habiles comme la plus savante et la plus parfaite. Nous y allions en si grand nombre, que nous embarrassions les tranchées : ce qui nous attira un ordre qui nous défendit, sous peine d'aller en prison, de n'y pas mettre les pieds. Malgré cet ordre rigoureux, j'y étois depuis le matin jusqu'au soir. Un matin, comme j'étois à la tête de la sape, arrivent, sur les onze heures, le maréchal de Catinat et le marquis de Vins, assez près de moi; ils s'assoient; je me cache derrière un boyau. J'attendois avec impatience qu'ils décampassent, d'autant plus que notre détachement de voit monter à cheval l'après-dîner, pour porter la fascine. Quelqu'un me dit que, selon toutes les apparences, ils y resteroient longtemps. Mon embarras augmentoit ; je ne savois quel parti prendre : ou il falloit passer à l'endroit où ils étoient, ou passer sur le revers de la tranchée. Je ne me serois pas soucié d'essuyer quelques coups de fusil ; mais ces Messieurs m'auroient aperçu, et, en ce cas, je n'aurois pas évité la prison. Il étoit temps cependant de
nuel de Watteville, marquis de Conflans, était lieutenant général des armées d'Espagne et gouverneur d'Ath. La Gazette d'Amsterdam (n*** xlu et xliv) dit que c'est son fils, Maximilien-Emmanuel, marquis d'Usiès, qui fut pris après être resté trois jours dans l'armée française sans être reconnu.
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prendre un parti; voici celui que je pris. Il passa près de moi un garde de M. de Catinat; comme il avoit plu, il avoit sa casaque. Je lui contai mon embarras; je le priai instamment de me la prêter. « Je veux bien, me dit-il ; l'on ne verra point si vous € êtes mousquetaire oui ou non, et vous la remettrez « à un palefrenier qui tient le cheval de Monsieur le « maréchal à la queue de la tranchée. » Je la pris promptement ; je passe devant ces Messieurs. J'étois déjà à dix pas; je me croyois sauvé, lorsque j'entendis M. de Catinat qui cria : « Garde, venez me par- « 1er. » Je fis la sourde oreille. Il ne cessa de crier : < Garde, êtes-vous sourd? Venez donc me parler. » Il fallut enfin obéir; j'étois consterné. Lorque je fus près de lui, il me dit : « Qui êtes-vous? Je ne vous « connois pas. » Dans le moment qu'il me parloit et que je ne savois que répondre, M. de Vins m'envisage, et, m'ayant reconnu : « Je crois bien, Monsieur « le maréchal, dit-il, que vous ne le connoissez point : « c'est un de mes mousquetaires. Ah! parbleu! Mon- « sieur le chevalier, en m'adressant la parole, vous « irez en prison. » Le maréchal, m'entendant nommer, dit au marquis : « Monsieur, il faut que vous « lui pardonniez, c'est un de mes parents ^ et je suis « persuadé que cela ne lui arrivera plus. N'est-ce pas, « Monsieur? me dit-il. » Je lui promis bien fort, et je lui fis mes très humbles remerciements. Cette petite aventure me fit connoître de ce maréchal, qui me témoigna dans la suite bien des bontés. Je lui faisois
1. Les Catinat étaient, comme les Sevin, une famille parlementaire; mais nous n'avons pu découvrir quel lien de parenté existait entre eux.
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ma cour régulièrement, et surtout lorsqu'il alloit à la tranchée ; il en avoit demandé pour moi la permission à M. de Vins : ainsi, je ne craignois plus rien. Cette connoissance cependant, qui naturellement devoit contribuer à ma fortune, n'a servi qu'à me faire éviter cette prison. M. de Gatinat, orné de toutes les qualités qui forment les grands hommes, n'a jamais voulu faire plaisir à personne, et surtout à ceux qui av oient l'honneur de lui appartenir.
Revenons au siège. La nuit du 29 au 30, on attaqua le chemin couvert, qui fut emporté sans aucune résistance. Le 30, on travailla à la descente du fossé, et, la nuit du 31 mai au 1®' juin, l'on commença à jeter des fascines pour le combler. Le pont étant achevé à cinq heures du soir, on se logea sur l'angle saillant de la demi-lune. Les ennemis, à la faveur d'un grand feu des remparts, voulurent nous en chasser; mais les grenadiers du régiment de Vermandois^ les repoussèrent avec beaucoup de perte 2.
Le 3, à onze du matin, le capitaine qui commandoit dans le réduit de la demi-lune se rendit à discrétion. Le 5, les brèches étant parfaites aux deux bastions, les ennemis demandèrent à capituler. Le maréchal leur accorda une capitulation honorable'. Lorsque cette garnison sortit, ce général fit arrêter le prince
1. Créé en 1669, sous le nom de régiment Amiral, il fut transféré en 1671 au service de terre. (Susane, Histoire de t infanterie, t. IV, p. 295.)
2. Tout ce paragraphe est conforme au récit de la Gazette, p. 190-191 ; voyez aussi, sur le siège d'Ath, Y Histoire militaire de Quincy, t. III, p. 297-307.
3. Les conditions de la capitulation sont données dans la Gazette, p. 198, etdans les Mémoires de Catinat, t. III, p. 55-58.
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de Ghimay^ un lieutenant-colonel^, un major et deux capitaines, en représailles de cinq officiers de la garnison de Naraur qui étoient encore retenus.
Pendant que M. de Gatinat faisoit réparer les fortifications de cette place et qu'il faisoit combler les tranchées, M. de Yilleroy passa la Dendre avec son armée; il appuya sa gauche près de Papignies^ et la droite aux bois de Lessines. Celle de Boufflers la joignit la marche d'après. Le projet de ces deux généraux étoit d'occuper le poste d'Anderlecht* près Bruxelles. Mais, malgré la diligence que les deux armées firent, le prince d'Orange l'occupa devant nous^. Si nous avions pu nous en emparer, nous aurions pris facilement cette belle et grande ville, Vilvorde® et le fort appelé les Trois-Trous ''' ; nous
1. Charles -Louis -Antoine de Hennin d'Alsace, comte de Bossut et prince de Chimay, grand d'Espagne, lieutenant général et chevalier de la Toison d'or. Veuf en premières noces d'une fille du duc de Nevers, il se remaria en 1722 avec Charlotte de Rouvroy-Saint-Simon, fille de l'auteur des Mémoires, et mourut le 2 février 1740.