‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 84 sur 207 · En blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

En blanc dans le manuscrit

2. François de Bonne, marquis de Créquy, maréchal de France le 8 juillet 1668, mort en 1687.

[Août 4701] DU CHEVALIER DE QUINCY. 157

Espagnols à la paix de Ryswyk, en 1697. Elle a donné le nom à une des plus grandes maisons de l'Europe, qui a été fondue depuis dans celle de Montmorency- Luxembourg*. Cette maison de Luxembourg descendoit de Henri P^ comte de Limbourg, qui vivoit en 1071 2, et un de ses descendants, Waleran, second du nom, comte de Limbourg, épousa Ermenson de Namur, comtesse de Luxembourg^.

Après avoir fait tout le tour de la place en examinant exactement les remparts et les ouvrages extérieurs, nous fûmes à la comédie, où il arriva du tapage de la part des mousquetaires, dont plusieurs étoient gris : ils alloient embrasser et caresser les comédiennes jusque sur le théâtre, ils les empéchoient de jouer leur rôle, et cela en présence du comte d'Autel, gouverneur de la place*. Le lendemain 6, lorsque nous fûmes en bataille, M. de Rigo ville fit à la compagnie une réprimande des plus sévères, et il menaça les mousquetaires qui avoient fait le désordre d'en écrire à la cour; il en étoit si touché et si pénétré, qu'il en écumoit de rage. Il avoit bien raison, cette

1. Par le mariage de M. de Montmorency-Bouteville avec l'héritière de Luxembourg. [Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. II, p. 20-43.)

2. Henri I*"" succéda à son père Waleran I*' en 1081 et mourut en 1118.

3. Waleran III (et non II) de Limbourg épousa Ermansette ou Ermesinde, fille de Henri l'Aveugle, comte de Luxembourg, et réunit ainsi les deux comtés.

4. Jean-Frédéric, comte d'Autel (1645-1706), colonel d'un régiment allemand au service d'Espagne, était, depuis 1697, gouverneur et capitaine général des ville et duché de Luxembourg et comté de Chiny; il recevra la Toison d'or en 1706.

m MÉMOIRES [Août 1701]

scène s' étant passée dans un pays étranger. Nous passâmes en revue devant le comte d'Autel; nous battîmes la marche dès qu'on l'aperçut, ce que la compagnie n'avoit jamais fait pour les maréchaux de France, quoiqu'ils commandassent l'armée. Nous fûmes camper près d'un petit village à quatre lieues au delà de Luxembourg. 11 semble même que le ciel étoit irrité de ce qui s'étoit passé dans cette ville ; car, à deux heures après midi, il y eut un si grand orage, accompagné de grêle mêlée dans la pluie, de tonnerre, et d'un vent si violent et si impétueux, que toutes nos tentes en furent renversées. Une grande partie de nos chevaux se détacha des piquets. Les éclairs étoient si continuels qu'on auroit pu lire à leurs clartés. Enfin, il sembloit que cet événement nous annonçoit la fin du monde. Cet orage étoit au moins aussi terrible que celui que nous avions essuyé entre Schlestadt et Strasbourg; il dura encore plus longtemps. Aussitôt qu'il fut passé et qu'il fut jour, nous fûmes occupés à chercher et à faire chercher nos chevaux, et ce ne fut pas sans peine que je trouvai les miens. Le désordre avoit été si grand par tout le camp de la Maison du Roi, que nous décampâmes deux heures plus tard que l'ordre avoit été donné d'en partir. Ce fut dans ce triste endroit que nous entrâmes dans les Ardennes, pays des plus pauvres qu'il y ait dans le monde. On n'y voit que des landes; les villages sont éloignés les uns des autres de deux bonnes lieues ; le paysan n'y vit que de blé noir. On nomme ce pays Ardennes, qui vient du mot latin arduus, c'est-à-dire rude et âpre^

Page 1